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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300804

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300804

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 février et 19 avril 2023, M. C, représenté par Me Moly, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation dans les deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du préfet du Tarn une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il justifie de circonstances exceptionnelles ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant palestinien né le 26 février 1990, déclare être entré sur le territoire français le 7 octobre 2022 sous couvert d'un titre de séjour espagnol valable jusqu'au 2 août 2027 en qualité de réfugié. Le requérant a sollicité le 17 novembre 2022 un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 18 juin 2023, le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Espagne comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. M. C, qui déclare être entré sur le territoire français le 7 octobre 2022 à la suite d'un accident dont il aurait été victime à Hambourg le 26 septembre 2022, se prévaut de la présence régulière en France, en qualité de réfugiés, de son père et de ses deux frères. Toutefois, alors qu'il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait avec ses frères une relation d'une particulière intensité, il ne résidait, à la date de la décision attaquée, aux côtés de son père, que depuis quelques mois, après que tous deux aient vécu pendant des années dans des pays différents. Si M. C produit un courrier du 15 septembre 2022 de la Commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées attestant d'un handicap caractérisé par un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80%, ainsi que plusieurs certificats médicaux justifiant de la nécessité de soins intensifs et de la présence d'un tiers pour l'aider au quotidien, il n'est pas établi par les pièces du dossier qu'une tierce personne ne pourrait pas l'assister en Espagne, où il bénéficie d'un titre de séjour en qualité de réfugié et où réside également régulièrement un autre de ses frères, la seule circonstance que ce dernier soit gérant d'une société immatriculée au registre du commerce au Maroc ne suffisant pas à démontrer qu'il ne serait pas à même de fournir une assistance adaptée. Par ailleurs, M. C, célibataire et sans enfant à charge, ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sociale, ni de liens anciens et stables sur le territoire national. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne peut utilement se prévaloir du jugement du tribunal judiciaire d'Albi, postérieur à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, le plaçant sous curatelle renforcée et désignant son père en qualité de curateur pour une durée de soixante mois, la décision de refus de séjour attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispositions précitées de l'article, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle du requérant.

4. La situation personnelle et familiale du requérant, telle que décrite au point 3 du présent jugement, ne caractérise ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, à la supposer soulever doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Tarn aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 18 janvier 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

7. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Moly et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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