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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300806

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300806

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2023, M. A B, représenté par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur protégé par les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des risques auxquels il se trouverait exposé en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité géorgienne, est entré irrégulièrement en France et y a sollicité l'asile le 2 août 2019. A la suite du rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 novembre 2019, le préfet de Tarn-et-Garonne a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement le 17 janvier 2019, qui n'a pas été exécutée. Le 14 janvier 2021, M. B a sollicité la régularisation de sa situation au titre de son insertion professionnelle mais par un arrêté du 31 mars 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 19 mai 2022, la préfète du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B s'est cependant maintenu sur le territoire français et a fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement le 6 août 2022. Par un jugement du 12 août 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de sa situation. Par un arrêté du 18 janvier 2023, le préfet du Tarn, après avoir examiné les droits au séjour de M. B au regard notamment des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 28 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par arrêté n° 81-2023-01-02-00002 du 3 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Fabien Chollet, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de son arrêté, le préfet du Tarn a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. B ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. B, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. En outre, le délai de trente jours accordé par le préfet à M. B pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français étant le délai de départ de droit commun fixé par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celui-ci n'était pas tenu de motiver spécifiquement cette décision. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui rappelle la nationalité de M. B, mentionne qu'il n'établit pas y être exposé à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de prendre son arrêté.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B qui est entré en France en juin 2019, y résidait depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée et s'y est maintenu alors qu'il ne disposait plus d'aucun droit au séjour et avait fait l'objet de deux mesures d'éloignement. Son épouse, qui ne l'a rejoint qu'en 2022 avec leur fille et dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 août 2022, est également en situation irrégulière sur le territoire français. M. B ne justifie pas avoir noué des liens d'une intensité particulière en France. Il ne fait valoir aucun obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine, où il a vécu la plus grande partie de son existence et y dispose d'attaches familiales importantes. Il ne se prévaut d'aucune qualification ou expérience professionnelle et ne justifie pas d'une intégration particulière par les seules circonstances qu'il effectue du bénévolat dans différentes associations caritatives et suit des cours de français. Enfin, il n'apparait pas que la décision en litige serait de nature à compromettre la scolarité de la fille de M. B, qui n'était en France que depuis neuf mois lorsque le préfet du Tarn a pris son arrêté. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Tarn a entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

8. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Tarn doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.

9. En troisième et dernier lieu, le requérant soutient que sa fille est scolarisée en classe de 3ème et que son intérêt commande qu'elle puisse poursuivre son année scolaire en France, auprès de ses professeurs et camarades de classe. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de M. B, qui, à la date de la décision attaquée, n'était en France que depuis neuf mois, ne pourrait poursuivre sa scolarité en Géorgie. Par suite, et alors que la décision de refus de titre de séjour n'a pas pour effet de séparer les membres de la famille B, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle de M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Francos et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAU La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2300806

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