vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2023, Mme B C, représentée par Me Durand, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mai 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la même somme au titre du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation en fait révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par décision du 11 janvier 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Benhamida substituant Me Durand, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de Mme C qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet du Tarn n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante géorgienne, née le 27 juillet 1988 à Batoumi (Géorgie), déclare être entrée sur le territoire français le 28 mars 2018 afin d'y rejoindre son époux, ressortissant géorgien, entré sur le territoire français le 1er février 2014. Elle a introduit une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 août 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 4 juillet 2019. Le 25 septembre 2019, Mme C a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Le préfet du Tarn a pris le 8 juillet 2020 un premier arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui n'a pas été exécuté. La requérante a ensuite sollicité, le 11 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre de son insertion professionnelle. Par un arrêté en date du 16 mai 2022, le préfet du Tarn a pris à son encontre une décision portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Par sa présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 14 février 2022 régulièrement publié le lendemain, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Fabien Chollet, secrétaire général, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions doit être écarté.
3. En second lieu l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite, le préfet du Tarn, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments applicables à la situation de Mme C a suffisamment motivé l'arrêté attaqué et a fait un examen circonstancié de la situation de la requérante. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doivent donc être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. Mme C soutient que la décision contestée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants. Toutefois, rien ne s'oppose à ce que ces derniers repartent avec elle et son époux en Géorgie, pays dont ils ont tous les quatre la nationalité et où ils pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
6. En second lieu, si Mme C soutient qu'elle a dû fuir son pays d'origine en raison des risques qu'elle y encourait pour sa propre sécurité, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2018, de ce qu'elle y justifie d'une excellente intégration personnelle et professionnelle notamment du fait d'une promesse d'embauche et d'une expérience de plusieurs mois en qualité d'employée de maison, ces éléments ne permettent pas d'établir l'existence de circonstances humanitaires ou exceptionnelles susceptibles de justifier que le préfet mette en œuvre son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort de pièces du dossier que Mme C est entrée sur le territoire français le 28 mars 2018 afin d'y rejoindre son époux, ressortissant géorgien, entré sur le territoire français en 2014. Si elle se prévaut de ce que ce dernier a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait, à la date de la décision attaquée, été admis à séjourner légalement sur le territoire français. La requérante se prévaut également de la présence de ses deux enfants sur le territoire français. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, dans leur pays d'origine dont ils ont tous les quatre la nationalité et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Si la requérante produit au dossier une attestation en date du 16 avril 2021 établie par la présidente de l'unité locale de la Croix Rouge faisant état de ce que l'intéressée est adhérente bénévole au sein de l'unité depuis le 9 novembre 2019 ainsi qu'une attestation en date du 22 novembre 2022 établi par le principal du collège de sa fille concernant sa participation au dispositif Ecole Ouverte aux Parents, ces éléments ne suffisent pas à établir que le centre des intérêts personnels et familiaux de Mme C se trouverait en France. Enfin, la requérante a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 8 juillet 2020 à l'exécution de laquelle elle s'est soustraite. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
12. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", et d'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
13. Mme C fait valoir qu'elle risque d'être exposée à des traitements contraires aux stipulations et dispositions précitées notamment en raison de ce que son époux est d'origine ossète. Toutefois, alors que tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont conclu au rejet de sa demande d'asile, elle ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels et directs qu'elle invoque. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn en date du 16 mai 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Durand la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Durand et au préfet du Tarn.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
Le magistrat désigné,
F. A Le greffier,
B. GALAND
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026