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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300829

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300829

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 27 février 2023, Mme B C, représentée par Me Cohen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français à l'exception du département de Mayotte, dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation du caractère sérieux de ses études ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet aurait dû rechercher si elle ne pouvait pas prétendre à un titre de séjour sur un fondement autre que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions des 2°, 3° et 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle réside habituellement sur le territoire français depuis qu'elle a atteint l'âge de treize ans et réside régulièrement en France depuis au moins dix ans ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire qui est entachée d'illégalité ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne peut pas être éloignée sur une partie du territoire national ; n'étant pas titulaire d'un titre de séjour, elle n'est pas légalement admissible sur le territoire de Mayotte ;

- la décision attaquée emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et familiale dès lors que la décision attaquée fixe comme pays de renvoi les Comores qu'elle a quitté à l'âge d'un an.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les observations de Me Cohen, représentant Mme C, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante comorienne née le 11 octobre 1998, est entrée en France métropolitaine le 14 août 2017, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant ". Puis, elle a bénéficié, à compter du 15 novembre 2017, d'un titre de séjour en qualité d'étudiante régulièrement renouvelé jusqu'au 14 novembre 2022. Le 28 septembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français à l'exception du département de Mayotte dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme C ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023, ses conclusions tendant à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme C avant de prendre la décision de refus de séjour attaquée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an./ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier le caractère réel et sérieux des études poursuivies.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu son baccalauréat à Mayotte, Mme C s'est inscrite pour l'année universitaire 2017-2018 en première année de licence bi-disciplinaire " économie-sociologie " et a été admise. Puis elle s'est inscrite, pour l'année universitaire 2018-2019, en deuxième année de cette même licence et a redoublé avant d'obtenir sa deuxième année de licence au titre de l'année universitaire 2019-2020. Enfin, elle a été inscrite pour les années universitaires 2020-2021 et 2021-2022 en troisième année de licence qu'elle n'a pas obtenue à la date de la décision attaquée. Il ressort des bulletins de note produits par le préfet de la Haute-Garonne à l'appui de ses écritures en défense que Mme C n'a validé que les deux premières années de licence bi-disciplinaire " économie et sociologie " en redoublant chacune de ces années et n'a pas obtenu, malgré un redoublement sa troisième année de licence. Il ressort également de ses relevés de notes que la requérante était absente à une épreuve d'admission en troisième année de licence au titre de l'année 2021-2022, à quatre épreuves d'admission en troisième année de licence au titre de l'année 2020-2021 et à deux épreuves d'admission en deuxième année de licence au titre des années 2019-2020 et 2018-2019. Si Mme C se prévaut des grèves liées aux réformes relatives à " Parcoursup et la fusion des universités " et aux retraites en 2018 et 2019, elle n'établit pas avoir été empêchée de poursuivre normalement ses études. Elle n'établit pas non plus, par les éléments qu'elle produit, que le contexte sanitaire lié à la pandémie de Covid-19 et son emploi, qu'elle occupe seulement depuis le 27 juin 2022, ne lui auraient pas permis de valider ces années de licence. Par suite, en l'absence de progression notable de nature à démontrer le caractère réel et sérieux de ses études depuis 2020, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité d'étudiante. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Mme C, ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre d'une décision refusant un titre de séjour demandé uniquement en qualité d'étudiant, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen est inopérant.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que celui de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu d'examiner d'office si l'intéressée pouvait prétendre à une autorisation de séjour au regard de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme C avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () " et aux termes de l'article L.611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()/ 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ;/ 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ;/ 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; ".

13. Mme C se prévaut d'une résidence habituelle sur le territoire français avant l'âge de treize ans, d'une résidence régulière sur le territoire français de plus de dix ans et d'une résidence régulière depuis plus de vingt ans. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que, à supposer établi que Mme C réside à Mayotte depuis l'âge d'un an en y étant entrée en 1999, les dispositions du code de l'entrée et du séjour du droit d'asile n'étaient pas applicables à Mayotte avant l'entrée en vigueur, le 26 mai 2014, de l'ordonnance du 7 mai 2014 portant extension et adaptation à Mayotte du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la requérante ne peut être regardée comme résidant en France, au sens du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que depuis le 26 mai 2014, soit depuis l'âge de seize ans. Par suite, à la date de la décision attaquée le 26 janvier 2023, elle ne peut être regardée comme résidant habituellement en France depuis qu'elle a atteint au plus l'âge de treize ans, ni comme résidant régulièrement en France depuis plus de dix ans ou depuis plus de vingt ans. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne en l'obligeant à quitter le territoire n'a pas méconnu les dispositions du 2°, 3° et 4° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

14. En dernier lieu, Mme C soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si la requérante a vécu à Mayotte avec sa grand-tante maternelle, avant de venir en métropole en août 2017 afin d'y poursuivre ses études, elle ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national. Si Mme C se prévaut de la présence de son père, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de validité et de ses frères et sœurs de nationalité française sur l'ile de la Réunion, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'intensité de cette relation familiale. Par ailleurs, la requérante est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte excessive à son droit au respect à la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen selon lequel la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

16. Si par l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Garonne a obligé Mme C à quitter le territoire français à l'exception du département de Mayotte, ni les dispositions citées au point précédent ni aucune autre du même code ne permet d'éloigner un étranger d'une partie seulement du territoire national. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait obliger la requérante à quitter le territoire français à l'exception du département de Mayotte.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre les décisions attaquées, que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a fixé le pays de destination.

Sur les frais liés au litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cohen, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État, le versement à Me Cohen de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de MmeCa tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 26 janvier 2023 fixant le pays de destination est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cohen une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cohen renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme BCa, à Me Cohen et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La Rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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