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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300835

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300835

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2023, et un mémoire enregistré le 30 mai 2023, M. B A, représenté par Me Bouix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de prendre une décision dans le délai de quatre mois, et, en tout état de cause et dans l'attente, de lui remettre dès notification de ce jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la même somme à M. A.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 422-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas procédé à un examen en deux temps de la demande de titre de séjour comme l'y invitait pourtant la décision du Conseil d'Etat n° 424336, du 11 décembre 2019, qu'il ne démontre pas son absence d'intégration et qu'il a considéré, à tort, qu'il disposait d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine avec lesquelles il conservait des liens importants et réguliers au seul motif que son jugement supplétif d'acte de naissance avait été sollicité par son père en Guinée, après son arrivée en France, alors que le critère de l'isolement familial ne constitue pas un critère prépondérant pour l'octroi de ce titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie du caractère sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juin 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Une note en délibéré, enregistrée le 18 octobre 2023, a été présentée pour M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poupineau ;

- et les observations de Me Bouix, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, est entré en France le 3 avril 2018 selon ses déclarations et a fait l'objet d'un placement en assistance éducative auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de la Haute-Garonne par un jugement du 12 avril 2019 du juge de enfants près D de grande instance de Toulouse. Il a déposé, le 13 janvier 2022, une demande de titre de séjour en qualité d'étranger confié au service de l'ASE avant l'âge de seize ans, sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 8 février 2023,

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. "

4. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

5. D'une part, il est constant que M. A a été confié à l'ASE de la Haute-Garonne par un jugement du 12 avril 2019, alors qu'il n'avait pas encore 16 ans, qu'il a présenté sa demande de titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire et que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est inscrit en baccalauréat professionnel " maintenance des équipements industriels ". Le préfet de la Haute-Garonne a, dans son arrêté, remis en cause le caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, en raison de l'absentéisme et du manque d'assiduité de l'intéressé, qui, ainsi qu'il est mentionné dans les bulletins de note versés à l'instance, a totalisé 164 demi-journées d'absence au terme de l'année 2020/2021, et 47 demi-journées au cours du premier semestre de l'année 2021/2022, dont 27 non justifiées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et, en particulier d'une attestation rédigée par le chef d'établissement du lycée que M. A a intégré au titre de l'année 2021/2022, que durant cette année scolaire, ce dernier s'est particulièrement investi dans sa formation et a progressé de manière régulière, le proviseur indiquant également qu'il s'était donné les moyens d'obtenir son baccalauréat professionnel et même de poursuivre des études supérieures. M. A a d'ailleurs validé les épreuves de baccalauréat professionnel intermédiaire le 28 juin 2022, antérieurement à la décision de refus de titre de séjour attaquée, et l'entreprise dans laquelle il a effectué son dernier stage de terminale souhaite l'embaucher ou lui proposer un contrat d'apprentissage en vue d'une poursuite d'études en BTS dès qu'il aura obtenu son diplôme. De plus, le requérant justifie également par les pièces qu'il produit que les absences reprochées étaient en grande partie liées à des problèmes de santé, qui l'ont empêché de suivre sa formation dans de bonnes conditions. Dès lors, c'est à tort que le préfet a estimé que M. A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études. De même, et alors que les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'exigent pas que le demandeur soit isolé dans son pays d'origine, la seule circonstance que le père de M. A a, le 7 janvier 2019, quelques mois après l'arrivée du requérant en France, sollicité et obtenu la délivrance en Guinée d'un jugement supplétif pour justifier de l'identité de son fils, ne permet pas de considérer que ce dernier entretiendrait avec sa famille demeurée dans son pays d'origine des liens d'une particulière intensité. Enfin, la seule mention dans une note établie le 30 septembre 2021 par l'équipe éducative du dispositif d'hébergement de la maison d'enfants à caractère social (MECS) de l'Orangeraie, et relevée par le préfet dans son arrêté, aux termes de laquelle " la poursuite du soutien matériel et éducatif lui permettra de poursuivre son intégration dans la société française " ne saurait justifier, eu égard aux éléments ci-dessus rappelés, le refus opposé à la demande de titre de séjour de M. A. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant cette demande, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision contestée et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une décision de refus d'octroi d'un titre de séjour, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer ce titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bouix, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bouix de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 29 juin 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bouix, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bouix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bouix et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAULa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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