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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300847

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300847

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2023, M. B F A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée de vices de procédures et d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle quant à la réalité et du sérieux de son parcours universitaire et de son projet professionnel ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation mondiale de crise ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au respect dû à sa vie privée, universitaire et professionnelle et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence du signataire ;

- elle est privée de base légale dès lors que la décision de refus de séjour est entachée d'illégalités ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'alinéa 5 de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des risques qu'il encourt dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code du travail,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Gueye, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est arrivé en France le 4 octobre 2021, qu'en effet le visa lui a été délivré seulement à la fin du mois de septembre, qu'il n'a pas pu s'inscrire à l'université de Toulouse-Capitole car l'année universitaire était engagée, que les inscriptions étaient clôturées et n'a pas pu obtenir de dérogation administrative, en dépit de la saisine du doyen, qu'il a alors cherché une inscription à l'université de Lyon II en tant qu'auditeur libre car c'était le seul choix possible pour lui, que sur les conseils d'un ami, il a présenté une demande d'asile, que cette demande a été rejetée et il n'a pu faire de recours dans les délais impartis, qu'il a était contraint de travailler au-delà de la durée légale, que cette année, il s'est inscrit à l'université Toulouse I en économie-gestion, qu'il est très apprécié par ses professeurs, qu'il peut prétendre à un titre étudiant et est reconnu et remplit les conditions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet n'a pas tenu compte des difficultés qui ont été les siennes lors de sa première inscription,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Une note en délibéré, enregistrée le 28 mars 2023, a été produite pour M. A. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 22 avril 1998 à N'Djaména (Tchad), de nationalité tchadienne, est entré sur le territoire français le 4 octobre 2021 muni d'un passeport revêtu d'un visa long séjour " étudiant " valant titre de séjour, valable du 22 septembre 2021 au 22 septembre 2022. Le 4 octobre 2021, il a sollicité l'asile et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 23 décembre 2021. Le 20 juillet 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, les moyens tirés des vices de procédures et des erreurs manifestes d'appréciation de sa situation ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, par un arrêté du 18 octobre 2022 publié le lendemain au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". En vertu de l'article L. 432-9 du même code, la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 peut être retirée à l'étudiant étranger qui ne respecte pas la limite de 60 % de la durée de travail annuelle prévue au même article. Ces dispositions permettent au préfet, dans l'hypothèse où cette limite de 60 % n'est pas respectée par l'étudiant étranger, tant de retirer son titre de séjour que d'en refuser le renouvellement.

7. D'autre part, l'article R. 5221-26 du code du travail précise que : " l'étranger titulaire du titre de séjour () portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures ".

8. M. A soutient, d'une part, qu'il n'a pas été en mesure de s'inscrire à l'université de Toulouse pour l'année 2021/2022 en raison du retard dans la délivrance de son visa par les autorités consulaires, d'autre part, qu'il s'est finalement inscrit, au titre de cette année universitaire, à l'Université de Lyon II en qualité d'auditeur libre et enfin qu'il est actuellement étudiant en licence 2 d'économie et gestion à l'Ecole d'économie de Toulouse. Toutefois, le préfet pouvait refuser de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant au seul motif que M. A a travaillé 1 267,75 heures entre le 3 décembre 2021 et le 29 août 2022, ce qu'il ne conteste pas, en méconnaissance des dispositions combinées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-26 du code du travail qui limitent la durée de temps de travail autorisée pour les étudiants étrangers à 964 heures. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis une erreur de droit ni davantage une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la " situation mondiale de crise " n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Tout d'abord, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant en tant qu'il est dirigé contre la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. A, l'examen d'un tel droit au séjour n'appelant pas d'appréciation de la vie privée et familiale en France de l'étranger.

12. Ensuite, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 4 octobre 2021. Il est célibataire et sans charge de famille et ne démontre pas détenir des liens d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, il ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique. La décision contestée vise les conventions internationales et les dispositions légales dont il est fait application, comporte des éléments de faits relatifs à la situation de M. A et expose avec précision les raisons pour lesquelles le préfet a refusé de renouveler le titre de séjour sollicité. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

14. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

15. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de la décision contestée ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

16. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par le préfet de la Haute-Garonne à M. A n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

17. En cinquième et dernier lieu, pour les motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

18. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. M. A soutient craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la guerre civile qui a lieu depuis plusieurs années au Tchad et de l'appartenance de sa famille à une faction de résistance recherchée par le pouvoir politique centrale. Toutefois, ses allégations ne sont pas appuyées d'éléments qui permettraient de tenir pour établies la réalité et l'actualité de risques encourus personnellement par lui en cas de retour au Tchad, alors qu'au demeurant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

20. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 26 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Gueye la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F A, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le magistrat désigné,

F. C Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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