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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300850

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300850

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête enregistrée le 15 février 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 21 février 2023, M. C A, représenté F Me Tercero, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 13 février 2023 F lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités maltaises et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de mettre un terme à la procédure de détermination de l'Etat responsable et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et un dossier de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatride dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros F jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, en particulier son point 5, dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien individuel ait été mené F une personne qualifiée en vertu du droit national, en l'absence de preuve de la délégation de compétence du préfet et d'éléments sur l'identité et la qualification de l'agent ; l'absence d'identification et de preuve de qualification de l'agent ayant mené l'entretien méconnaît également l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ; l'article 4 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ainsi que les articles 5 et 35 du règlement (UE) n° 604/2013 ne sont pas suffisamment transposés en droit interne ; la France est ainsi en infraction avec le règlement Dublin III et l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; une question préjudicielle pourrait être posée à la Cour de justice de l'Union européenne, sur le fondement de l'article 267 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, afin de déterminer si l'état du droit national français permet le contrôle F le juge du respect de la garantie procédurale prévue à l'article 5.5 ; le préfet ne démontre pas que la garantie de confidentialité de l'entretien relatif à l'asile a été respectée ;

- le préfet ne justifie pas avoir saisi les autorités maltaises dans les délais imposés F le règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, car les autorités maltaises ne peuvent être responsables de sa demande d'asile sur le fondement de ces dispositions sur la base d'empreintes relevées en 2019 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnait les stipulations des articles 3 et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est privé de base légale.

F un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués F l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Tercero, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins F les mêmes moyens,

- les observations de M. A, assisté F téléphone F M. B D, interprète en langue haoussa, qui répond aux question du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérien, né le 10 mai 2002 à Bosso (Niger), a déclaré être entré en France le 15 novembre 2022 en provenance d'un autre Etat membre. Le 21 décembre 2022, il a sollicité son admission au titre de l'asile auprès de la préfecture de Seine Saint Denis. F deux arrêtés du 13 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités maltaises et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée F la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens F lesquels le demandeur peut fournir ces informations / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données F écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 / () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

4. Il résulte de cet article que le demandeur d'asile doit se voir remettre une information complète sur ses droits, F écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application dudit règlement, et, en tout état de cause, avant la tenue de l'entretien individuel institué F l'article 5 du même règlement. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure commune prévue F les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de l'entretien individuel de M. A le 21 décembre 2022, les services préfectoraux de Seine-Saint-Denis lui ont remis le guide du demandeur d'asile et les brochures A et B " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne " et " Je suis sous procédure Dublin " constituant la brochure commune prévue au 3 de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, en deux exemplaires rédigés en langues anglaise et française. Or s'il ressort de l'entretien individuel que M. A comprend l'anglais et la langue haoussa, le requérant fait valoir qu'il a appris l'anglais oralement en vivant à Malte mais qu'il ne sait pas le lire, ce qui n'est pas contredit F les pièces du dossier. A cet égard, ni l'entretien précité, ni la page de garde des versions françaises et anglaises des brochures A et B qui lui ont été remises, et sur lesquelles seule la signature de l'intéressé attestant de la notification du document est apposée, ne mentionnent que ces brochures lui ont été lues en intégralité F un agent préfectoral et traduites F un interprète dans une langue qu'il comprend. F suite, le préfet ne met pas le tribunal en mesure de vérifier que M. A a effectivement reçu, a minima, l'ensemble des éléments d'information contenus dans la brochure commune et requis F les dispositions précitées de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue F ces dispositions. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 F lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités maltaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ainsi que, F voie de conséquence, l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Haute-Garonne procède au réexamen de la situation de M. A et le mette, dans l'attente, en possession d'une attestation de demande d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Tercero renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tercero de la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera directement versée à l'intéressé.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 13 février 2023 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans l'attente d'une attestation de demande d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Tercero renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Tercero, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le magistrat désigné,

B. E Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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