jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL KRIMI-LHEUREUX |
Vu la procédure suivante :
A une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. C B, représenté par Me Krimi-Chabab, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 en tant que la préfète de Tarn-et-Garonne a retiré sa carte de résident valable du 19 août 2011 au 18 août 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de renouveler sa carte de résident, ou à défaut, de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la motivation de l'arrêté est stéréotypée ;
- le refus de renouvellement de sa carte de résident devait être précédé de la saisine de la commission du titre de séjour, en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a présenté une demande de renouvellement de sa carte de résident, or l'arrêté attaqué est fondé sur les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui vise seulement le retrait d'un titre et non le refus de renouvellement ; la préfète assimile le retrait et le non renouvellement d'une carte de résident et ne pouvait pas lui retirer sa carte de résident, dont la validité était expirée depuis le 18 août 2021 ;
- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la préfète, qui s'est estimée en situation de compétence liée pour procéder au retrait de sa carte de résident et n'a pas usé de son pouvoir d'appréciation, a entaché son arrêté d'une erreur de droit ;
- la préfète s'est fondée sur des condamnations commises et réprimées pendant la durée de validité de sa carte de résident et jamais la préfecture n'a envisagé de lui retirer son titre pendant sa période de validité ;
- il est marié avec une ressortissante de nationalité française et père de deux enfants mineurs français ;
- il remplit les conditions pour pouvoir bénéficier du renouvellement de sa carte de résident.
La requête a été communiquée au préfet de Tarn-et-Garonne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1979, est entré régulièrement en France le 11 août 2008, muni d'un visa portant la mention de " famille de français ", à la suite de son mariage avec une ressortissante française. Le préfet lui a ensuite délivré un titre de séjour portant la mention " conjoint de français " valable jusqu'au 18 août 2011, puis une carte de résident valable du 19 août 2011 au 18 août 2021. Le 22 juillet 2021, l'intéressé a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. A une lettre du 21 juin 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne a informé M. B qu'elle envisageait de ne pas donner une suite favorable à la demande de renouvellement de sa carte de résident en application de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite des observations écrites de M. B du 7 juillet 2022 et de ses observations orales du 7 décembre 2022, par un arrêté du 9 décembre 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne a indiqué procéder au retrait de sa carte de résident et lui a accordé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. A la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté en tant que la préfète de Tarn-et-Garonne a retiré sa carte de résident.
2. La validité de la carte de résident de M. B ayant expiré le 18 août 2021, la décision du 9 décembre 2022 par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a cru pouvoir prononcer le " retrait " de la carte de résident du requérant doit être regardée comme constituant un refus de renouveler ce titre à la suite de la demande de renouvellement présentée par l'intéressé le 22 juillet 2021. A suite, les conclusions présentées par M. B doivent être regardées comme dirigées contre cette décision de refus de renouvellement de sa carte de résident.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne de manière précise et circonstanciée les conditions d'entrée et du séjour en France de M. B ainsi que sa situation personnelle et familiale. La préfète de Tarn-et-Garonne, qui a bien pris en compte les observations écrites et orales formulées les 7 juillet et 7 décembre 2022 par M. B, n'était pas tenue de préciser tous les éléments de la situation de ce dernier. A suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Une carte de résident est valable dix ans ". Aux termes de l'article L. 433-2 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". L'article L. 432-12 de ce code dispose que : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" lui est alors délivrée de plein droit ".
6. Il résulte de ces dernières dispositions que si aucune restriction tenant à 1'existence d'une menace à 1'ordre public n'est prévue au renouvellement, qui est de plein droit, d'une carte de résident, l'autorité administrative peut toutefois refuser ce renouvellement à un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion et qui fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles du code pénal mentionnés au point précédent, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui étant alors délivrée de plein droit.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 27 novembre 2019, d'une condamnation par la cour d'appel de Toulouse à une peine de 600 euros d'amende pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique ainsi que d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Montauban, le 13 novembre 2022, à un mois de détention à domicile sous surveillance électronique à titre principal, pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion et refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter. Ces deux condamnations définitives ont été prononcées sur le fondement des articles 433-5 alinéa 2 et 433-6 du code pénal. A suite, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant d'accorder à M. B le renouvellement de sa carte de résident, ce dernier ne pouvant utilement se prévaloir de ce que " l'existence de ces infractions () est assez largement compensée par [sa] vie privée et familiale (), marié avec une ressortissante française et père de deux enfants français ". A ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré de ce que la préfète aurait procédé à un " retrait " illégal de sa carte de résident est inopérant, de même la circonstance que la préfète n'avait pas procédé au retrait de sa carte de résident pendant sa période de validité.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que la préfète se serait estimée à tort en situation de compétence liée. A suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En quatrième lieu, il résulte des motifs de la décision attaquée comme des pièces du dossier que la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
11. Il résulte de ce qui précède que M. B ne pouvait prétendre au renouvellement de sa carte de résident. A suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. A l'arrêté contesté, la préfète de Tarn-et-Garonne a délivré à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui l'autorise à séjourner et travailler en France où résident son épouse et ses enfants, de nationalité française, et où il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, le refus de renouvellement de sa carte de résident ne porte pas, par lui-même, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à supposer qu'il soit soulevé, doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022. A suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Krimi-Chabab et au préfet de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
S. HECHT La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef ;
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026