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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300928

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300928

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGONTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. D B, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 février 2023 portant maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît la procédure contradictoire ;

- les dispositions de l'article L.754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas conformes aux objectifs des directives 2013/32/UE et 2013/33/UE et plus particulièrement de l'article 9.3 de la directive 2013/33/UE ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation portée sur le caractère dilatoire de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Gontier, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la motivation est erronée et n'est pas relayée par des éléments de preuve, qu'elle mentionne une demande d'asile en 2022 alors qu'elle a été présentée en 2021, qu'on ne peut reprocher à l'intéressé de n'avoir aucune démarche alors qu'il a présenté deux fois l'asile, que le préfet ne peut retenir que la seconde demande n'a été présentée qu'en vue de faire échec à l'éloignement alors qu'il a déjà demandé l'asile dix-huit mois auparavant, qu'enfin la préfecture invoque l'existence d'un vol le 25 février 2023 dont elle ne démontre pas l'existence, qu'aucune des décisions du juge des libertés et de la détention ne mentionne l'existence de ce vol, que la motivation est donc lacunaire et erronée,

- les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue albanaise, qui répond aux questions du magistrat,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, né le 20 novembre 1981 à Berat (Albanie), a fait l'objet le 23 décembre 2022 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il a été placé en rétention administrative le 10 février 2023. Le même jour, l'intéressé s'est vu notifier ses droits en matière de demande d'asile. Le 15 février 2023, le requérant a formulé une demande d'asile. Par un arrêté du 16 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son maintien en rétention administrative. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu, par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 30 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, délégation de signature à l'effet de signer les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté de maintien en rétention vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment les dispositions des articles L. 754-3 à L. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les éléments essentiels de la situation personnelle de M. B et expose les raisons de fait pour lesquelles le préfet a estimé que sa demande d'asile présentée après son placement en rétention devait être regardée comme ayant été introduite à titre dilatoire dans le seul but de se soustraire à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment motivé en droit et en fait sa décision de maintien en rétention.

5. En troisième lieu, il résulte des articles L. 754-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative maintient un étranger en rétention administrative. Dès lors, les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent des règles générales de procédure, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une décision portant maintien en rétention administrative.

6. En quatrième lieu, aux termes du point 3 de l'article 9 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Lorsque le placement en rétention est ordonné par les autorités administratives, les États membres prévoient un contrôle juridictionnel accéléré de la légalité du placement en rétention d'office et/ou à la demande du demandeur. Lorsqu'il a lieu d'office, ce contrôle est décidé le plus rapidement possible à partir du début du placement en rétention. Lorsqu'il a lieu à la demande du demandeur, il est décidé le plus rapidement possible après le lancement de la procédure pertinente. À cette fin, les États membres définissent dans leur droit national le délai dans lequel ont lieu le contrôle juridictionnel d'office et/ou le contrôle juridictionnel à la demande du demandeur () ".

7. Le recours contre la décision de maintien en rétention prévu à l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui doit être introduit dans un délai de 48 heures suivant la notification de la décision litigieuse et qui doit être jugé dans un délai de 96 heures à compter de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel doit statuer dans un délai de 96 heures suivant sa saisine par le demandeur, constitue un contrôle juridictionnel répondant à l'objectif de célérité fixé par les dispositions précitées de la directive 2013/33/UE. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les objectifs de l'article 9 de la directive 2013/33/UE.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 754-3 de ce même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ".

9. M. B déclare être entré sur le territoire français en janvier 2021. La demande d'asile présentée par M. B le 31 août 2021 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mai 2022. M. B n'a pas présenté de recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre cette décision. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 23 décembre 2022. Dans ces conditions, la demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 15 février 2023 à 14 heures 30, cinq jours après son placement en rétention et alors que le juge des libertés et de la détention avait ordonné le 12 février 2023 la prolongation de sa rétention et que la cour d'appel avait confirmé le 15 février 2023 à 8 heures 50 cette prolongation, doit être regardée comme ayant été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement et revêt un caractère dilatoire.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023. Par voie de conséquence, sa demande d'injonction sous astreinte et celle relative aux frais de procédure doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Gontier et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 28 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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