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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300970

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300970

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJOULIE LISA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 février 2023, M. C A, représenté par Me Joulié, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français est incompétent ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée de vice de procédure car il n'a pas été entendu ni n'a pu faire valoir ses observations avec l'assistance d'un conseil en violation des dispositions de la directive du 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit faute d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision le privant d'un délai de départ volontaire est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée de vice de procédure car il n'a pas été entendu ni n'a pu faire valoir ses observations avec l'assistance d'un conseil en violation de la directive du 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit faute d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée de vice de procédure car il n'a pas été entendu ni n'a pu faire valoir ses observations avec l'assistance d'un conseil en violation des dispositions de la directive du 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée de vice de procédure car il n'a pas été entendu ni n'a pu faire valoir ses observations avec l'assistance d'un conseil en violation des dispositions de la directive du 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête de M. A a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud, vice-président, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud, vice-président, magistrat désigné,

- les observations de Me Joulié, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, indique qu'elle abandonne le moyen tiré du défaut d'audition du requérant, et soulève un nouveau moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. A, qui répond aux questions du magistrat désigné avec l'assistance de M. B D, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 9 juillet 1996 à El Mediha (Tunisie), a été interpellé par les services de la police nationale à l'occasion d'un contrôle d'identité le 18 février 2023 à Montpellier. Par un arrêté du 19 février 2023, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.08.DRCL.320 du 1er août 2022 publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 106 du 1er août 2022, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Pierre Castoldi, secrétaire général par intérim de la préfecture de l'Hérault et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département. Le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit donc être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les motifs de fait justifiant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A. Celui-ci n'est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée au regard des prescriptions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Hérault se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de l'éloigner, cette situation étant au contraire explicitement décrite dans l'arrêté attaqué. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. A fait valoir qu'une partie de sa famille, et notamment ses oncles paternels, réside en France, qu'il envisage d'épouser une jeune femme résidant en France et que son père réside en Italie, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France au début de l'année 2022 et n'a pas séjourné de manière stable en France depuis cette date. Par ailleurs, il n'établit pas entretenir de liens étroits avec les membres de sa famille résidant en France, ni le caractère sérieux et abouti de son projet de mariage, et demeure célibataire et sans enfant. Enfin, il a déclaré à l'audience que sa mère et ses frères et sœurs résidaient en Tunisie. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant, qui est sans domicile fixe et n'a connu aucune insertion socioprofessionnelle, a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an édictée par le préfet du Nord le 15 février 2022, puis d'un arrêté du préfet de la Côte d'Or du 7 octobre 2022 ayant porté cette interdiction de retour sur le territoire français à trois ans, mesure accompagnée d'une assignation à résidence que l'intéressé n'a pas respectée. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour ainsi qu'au caractère limité de ses liens personnels et familiaux en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a violé les stipulations précitées en l'obligeant à quitter le territoire français ni, pour les mêmes motifs, à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités qu'invoque M. A. Celui-ci n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire est privée de base légale en raison de l'illégalité de cette mesure.

10. En deuxième lieu, il résulte des termes de la délégation de signature conférée à M. E qu'elle l'habilitait à édicter une telle mesure. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

11. En troisième lieu, cette décision vise les dispositions pertinentes des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les motifs pour lesquels aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'intéressé. M. A n'est donc pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisamment motivée.

12. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Hérault se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

13. En cinquième et dernier lieu, à l'appui des moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, M. A, qui ne conteste pas être dépourvu de garanties de représentation, être sans domicile fixe, s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement, et présenter dès lors un risque de soustraction à l'éloignement au sens des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, invoque les mêmes arguments qu'à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. Ces moyens doivent donc être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités qu'invoque M. A. Celui-ci n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est privée de base légale en raison de l'illégalité de cette mesure.

15. En deuxième lieu, il résulte des termes de la délégation de signature conférée à M. E qu'elle l'habilitait à édicter une telle mesure. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

16. En troisième lieu, cette décision vise les dispositions pertinentes des articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les motifs pour lesquels l'intéressé peut être renvoyé vers son pays d'origine, et notamment l'absence de risque de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A n'est donc pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisamment motivée.

17. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Hérault se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de fixer le pays de destination de l'éloignement. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

18. En cinquième et dernier lieu, à l'appui des moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, M. A, qui ne fait état d'aucune circonstance qui empêcherait son retour en Tunisie, invoque les mêmes arguments qu'à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. Ces moyens doivent donc être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités qu'invoque M. A. Celui-ci n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de cette mesure.

20. En deuxième lieu, il résulte des termes de la délégation de signature conférée à M. E qu'elle l'habilitait à édicter une telle mesure. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

21. En troisième et dernier lieu, cette décision vise les dispositions pertinentes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la durée de présence en France de M. A, de la consistance de ses liens avec la France, de l'absence de mesure d'éloignement antérieure et de la menace à l'ordre public que le requérant représente selon l'administration. M. A n'est donc pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisamment motivée.

22. Ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, la présence en France de M. A est récente et ses liens privés et familiaux sur le territoire français et, plus largement, dans l'espace relevant de l'accord de Shengen, apparaissent limités en l'absence de démonstration d'une relation approfondie avec les membres de sa famille y résidant. Par ailleurs, et contrairement à ce qu'indique la décision attaquée, il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, mesure dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été exécutée. Enfin, l'arrêté mentionne, sans que M. A ne conteste ce point, plusieurs infractions pénales commises par l'intéressé. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans adoptée à son encontre constituerait une mesure disproportionnée au regard des objectifs poursuivis par les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 19 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Joulié, avocate du requérant, ou à celui-ci, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Joulié et au préfet de l'Hérault.

Lu en audience publique le 22 février 2023.

Le magistrat désigné,

P. GRIMAUD Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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