vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 février 2023 et le 6 mars 2023, Mme C B, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 19 février 2023 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer une attestation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder à l'effacement du signalement du fichier aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et d'en justifier quinze jours après la demande qui lui sera adressée, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme par application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence du signataire ;
- elles sont entachées d'une incompétence territoriale de la préfète de l'Ariège en application de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale dans la mesure où la décision de refus de délai de départ volontaire est elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés le 24 février 2023 et le 22 mars 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Tercero, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la préfète de l'Ariège n'est pas compétente faute pour celle-ci démontrer que l'irrégularité du séjour ait été constatée par la préfecture de l'Ariège, que la seule pièce produite est un procès-verbal d'audition de la police aux frontières à Blagnac, qui a permis de constater l'irrégularité du séjour de la requérante, qu'il appartenait donc au préfet de la Haute-Garonne de prendre cette décision,
- les observations de Mme B, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante gabonaise, née le 6 septembre 1997 à Libreville (Gabon), est entrée en France le 7 octobre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour du 2 octobre 2018 au 2 octobre 2019. Elle a bénéficié par la suite d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 2 octobre 2020. Elle a fait l'objet d'un arrêté du 23 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal de céans en date du 13 juillet 2022. Par un arrêté du 19 février 2023, la préfète de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois. Par sa présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, d'une part, il est constant que Mme B a été interpellée à Pamiers. Contrairement à ce que soutient la requérante, la préfète de ce département, où a donc été constatée l'irrégularité de la situation de Mme B, était compétente pour prononcer à son encontre une mesure portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois et fixant le pays de renvoi. D'autre part, par un arrêté en date du 26 août 2022, publié le même jour au recueil administratif spécial de la préfecture, la préfète de l'Ariège a donné délégation à M. F E, sous-préfet de l'arrondissement de Pamiers, lorsqu'il assure le service de permanence, à l'effet de signer toute décision nécessitée par une situation d'urgence notamment les décisions relatives aux mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été de permanence le dimanche 19 février 2023. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, Mme B est entrée sur le territoire français le 7 octobre 2018 où elle n'avait été autorisée à séjourner qu'en raison de ses études. L'intéressée, qui est célibataire et sans enfant, ne démontre pas que le centre de ses intérêts personnels se situerait désormais en France. En outre, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents. Enfin, la circonstance qu'elle occupe un emploi d'esthéticienne, au demeurant de manière illicite, ne permet pas de justifier d'une intégration particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, la préfète de l'Ariège n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle en édictant l'arrêté en litige.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
5. Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et selon son article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
6. Il résulte de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme B, la préfète de l'Ariège s'est fondée sur les dispositions précitées des 3°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. La requérante fait valoir qu'elle n'a pas respecté le délai de départ volontaire de la précédente mesure d'éloignement dès lors qu'elle exerçait son droit au recours contre cette dernière mesure. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'au 19 février 2023, date de la décision d'éloignement attaquée refusant tout délai de départ volontaire, le recours qu'avait présenté Mme B contre l'arrêté du 23 novembre 2020 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai d'un mois avait été rejeté par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 13 juillet 2022, que la décision d'éloignement avec délai de départ volontaire était donc redevenue exécutoire à la date de la décision attaquée et qu'ainsi le délai de trente jours imparti pour quitter le territoire volontairement était expiré à la date de la décision attaquée. Il suit de là que Mme B peut être regardée comme s'étant soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement au sens du 5° de l'article L. 612-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si la préfète produit à l'audience la photocopie du passeport de Mme B en cours de validité, celle-ci ne démontre pas justifier d'un lieu d'hébergement effectif et permanent, et, pour cette seule raison, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes au sens des dispositions précitées du 8° de l'article L. 612-3. Enfin, s'il est vrai que la requérante s'est maintenue sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour mais qu'elle en a demandé le renouvellement, de sorte que la préfète ne pouvait pas se fonder sur le 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la priver de délai de départ volontaire, il résulte toutefois de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision au regard des seules dispositions des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, la préfète, a pu légalement refuser d'accorder à Mme B un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, la décision en litige vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que Mme B est entrée récemment sur le territoire français où elle se maintient en toute illégalité au mépris d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle a conservé de fortes attaches au Gabon où elle reconnait avoir ses parents proches. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.
8. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Ariège date du 19 février 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives aux injonctions sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Tercero la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Tercero et à la préfète de l'Ariège.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
Le magistrat désigné,
F. A Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026