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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300979

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300979

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, M. K, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités roumaines ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée maximum de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, le paiement d'une somme de 1 500 euros et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités roumaines :

- la décision en litige est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de vice de procédure et méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que l'administration ne démontre pas avoir accompli les formalités afférentes à la notification de l'ensemble des informations prévues à cet article ;

- elle est entachée de vice de procédure méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 faute d'entretien individuel ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que la demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités roumaines ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 compte tenu de son état de vulnérabilité lié à sa qualité de demandeur d'asile et à la difficulté de son parcours migratoire.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de démonstration d'une perspective raisonnable d'éloignement ;

- elle est privée de base légale.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens soulevés par M. I ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations de Me Mercier, représentant M. I, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre qu'en l'absence d'informations quant à la prise de fonctions de M. B, préfet de la Haute-Garonne, la délégation accordée par M. A à Mme E était caduque à la date de l'arrêté attaqué ; que l'arrêté méconnaît la chose jugée par le tribunal dans son jugement n° 2207044 du 19 décembre 2022, qui impliquait que l'administration réexamine intégralement la situation du requérant et le convoque à nouveau ; que, jusqu'à la date de notification de ce jugement, le délai d'exécution de la décision de transfert était suspendu, de telle sorte qu'aucun nouvel arrêté de transfert ne pouvait être édicté ; que l'administration a demandé à tort la reprise en charge de M. I sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors que le requérant ne se trouvait pas dans cette situation, comme le montre l'accord des autorités roumaines, intervenu sur le fondement du d) du 1 de cet article ; qu'eu égard aux contradictions entachant les heures de consultation de la base de données Eurodac et le numéro de référence Eurodac, il n'est pas certain qu'il ait été personnellement identifié comme demandeur d'asile en Roumanie dans la base de données Eurodac, de telle sorte que l'arrêté de transfert méconnaît les articles 9, 23 et 24 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 et l'article 23 et 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; qu'il est probable que le requérant soit refoulé à l'extérieur des frontières de l'Union européenne, de telle sorte que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

- les observations de M. I, assisté de Mme D, interprète en langue bengali, qui répond aux questions du magistrat ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. I, ressortissant bangladais, né le 12 février 1997 à Moulvibazar (Bengladesh), a déclaré être entré irrégulièrement en France le 3 novembre 2022 en provenance d'un autre Etat membre de l'Union européenne. Le 24 octobre 2022, il a sollicité son admission au titre de l'asile auprès de la préfecture de la Haute-Garonne. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait effectué une demande de protection internationale en Roumanie. Par deux arrêtés du 8 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités roumaines et l'a assigné à résidence pour une durée maximum de quarante-cinq jours. Par un jugement n° 2207044 du 19 décembre 2022, le magistrat désigné par la président du tribunal a annulé ces deux arrêtés et enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de M. I. Par deux arrêtés du 18 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a de nouveau prononcé son transfert aux autorités roumaines et l'a assigné à résidence pour une durée maximum de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités roumaines :

S'agissant de la légalité externe :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 18 octobre 2022, publié le même jour au recueil administratif spécial, M. C A, préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les mesures de transfert et les décisions les assortissant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, nommé préfet de la Gironde par un décret du 11 janvier 2023, aurait, à la date de l'arrêté attaqué, quitté ses fonctions dans le département de la Haute-Garonne ni que son successeur, M. H B, nommé préfet de la Haute-Garonne par un décret du 11 janvier 2023, aurait effectivement pris ses fonctions. Dans ces conditions, la délégation de signature consentie par M. A à Mme E continuait à produire ses effets. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés contestés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et mentionne les circonstances de fait qui justifient le transfert du requérant aux autorités roumaines au regard de ce règlement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, M. I fait valoir qu'il existe un doute sur l'existence d'une demande d'asile le concernant en Roumanie en raison de contradictions entre son horaire de convocation au guichet unique des demandeurs d'asile et l'heure de transmission des données de consultation de la base Eurodac, d'une part, et entre les numéros de référence Eurodac utilisés par la préfecture pour consulter ce système d'information et solliciter son transfert, d'autre part, et que la décision est dès lors entachée de vice de procédure. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si la demande de reprise en charge adressée aux autorités roumaines par le préfet de la Haute-Garonne comportait un numéro de référence Eurodac différant d'un chiffre de celui-ci ressortant de la fiche Eurodac, cette demande mentionnait la date de demande d'asile de l'intéressé, son identité complète incluant sa date et lieu de naissance, ainsi que la date de la demande d'asile enregistrée en Roumanie ressortant de la consultation du fichier Eurodac. Par ailleurs, il résulte des termes de l'instruction du ministre de l'intérieur et des réformes administratives de Roumanie en date du 4 avril 2008, publiée sur le portail d'accès au droit de la République de Roumanie, que les dix derniers chiffres du numéro de référence Eurodac utilisé par les autorités roumaines se rapportent à la date et à l'heure de la présentation de la demande d'asile, de telle sorte que l'erreur affectant le numéro de référence transmis par les autorités françaises, qui portait sur le chiffre relatif au mois de la demande, ne pouvait entraîner aucune confusion quant à l'identité du requérant dès lors que leur demande mentionnait également de manière explicite la date de demande d'asile présentée par le requérant auprès des autorités roumaines. Enfin, la circonstance que le relevé Eurodac mentionne une heure de transmission des données à l'unité centrale antérieure à l'heure de convocation du requérant au guichet unique des demandeurs d'asile n'est pas, par elle-même, en l'absence de tout autre élément, de nature à établir que la consultation du fichier Eurodac aurait été menée dans des conditions irrégulières ou, compte tenu de ce qui vient d'être dit, aurait abouti à une confusion entre le requérant et un autre demandeur d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure soulevé sur ce point par M. I doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n 'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout état de cause, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de l'examen de sa demande d'asile. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de cette information, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. I s'est vu remettre le 9 novembre 2022, contre signature, la brochure dite " A " (" J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ") et la brochure dite " B " (" Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' "), rédigées en langue bengali, pièces dont il n'est pas contesté qu'elles comportaient l'ensemble des éléments d'information énumérés par les dispositions ci-dessus reproduites. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien le 9 novembre 2022. Le procès-verbal de cet entretien mentionne que celui-ci a été mené par un agent qualifié de la préfecture de la Haute-Garonne avec l'aide d'un interprète en langue bengali, et il en ressort que le requérant a pu présenter, lors de cet entretien, toutes les observations pertinentes sur son itinéraire et sa situation personnelle. Le moyen tiré de ce que la décision portant transfert édictée par le préfet de la Haute-Garonne méconnaîtrait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit donc être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

11. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la décision litigieuse serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. I. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par la circonstance que la demande d'asile relevait des autorités roumaines et qu'il n'aurait pas examiné l'opportunité de faire application des dispositions lui permettant à titre dérogatoire de faire procéder à l'examen de la demande d'asile du requérant par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Dès lors, le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point par M. I doit être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte des termes des points 3 et 4 et de l'article 2 du jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal en date du 19 décembre 2022 que ce jugement, qui a procédé à l'annulation d'un précédent arrêté de transfert en raison d'une absence d'examen de la situation personnelle de l'intéressé, motif de légalité interne ne remettant pas en cause la procédure menée auparavant par le préfet de la Haute-Garonne, impliquait seulement que celui-ci statue à nouveau sur la situation de M. I. Celui-ci n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'autorité de la chose jugée par le tribunal en se dispensant de reprendre intégralement la procédure d'examen de sa demande d'asile.

14. En quatrième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 5 du présent jugement que la procédure de consultation du fichier Eurodac suivie par le préfet de la Haute-Garonne n'était pas de nature à créer une confusion entre le requérant et un autre demandeur d'asile ou à faire douter de l'existence d'une demande d'asile le concernant en Roumanie. M. I n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 9 et 24 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 23 du règlement (UE) 604/2013 qui subordonnent la possibilité de procéder au transfert d'un demandeur d'asile à l'identification certaine de celui-ci.

15. En cinquième lieu, la circonstance que le préfet de la Haute-Garonne, qui ignorait le sort réservé à la demande d'asile de M. J les autorités roumaines à la date de demande de reprise en charge, ait formulé celle-ci au titre du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors que les autorités roumaines ont accepté leur responsabilité sur le fondement du d) du 1 de l'article 18 après avoir relevé que la demande d'asile du requérant avait été rejetée est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.

16. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformé ment au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 () ".

17. Ces dispositions ont trait au délai dans lequel est enfermée l'exécution matérielle du transfert et ne régissent pas le délai imparti aux autorités de l'Etat membre sollicitant la prise en charge pour édicter une décision de transfert. Le moyen tiré leur méconnaissance doit donc en tout état de cause être écarté comme inopérant à l'encontre de la décision attaquée.

18. En septième et dernier lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

19. M. I fait valoir que sa situation relève des dérogations prévues par les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 dans la mesure où, d'une part, il présenterait une vulnérabilité particulière et où, d'autre part, il n'aurait bénéficié d'aucune prise en charge ou assistance en Roumanie, où il aurait été contraint de fournir ses empreintes et où il encourrait le risque de refoulement violent à l'extérieur des frontières de l'Union européenne. Néanmoins, le requérant, qui est âgé de vingt-six ans, est célibataire, n'est pas accompagné d'enfants et n'apparaît atteint d'aucune pathologie, n'établit aucune autre forme de vulnérabilité que celle résultant de sa condition de demandeur d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas établi par M. I qu'à la date de la décision attaquée, les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en Roumanie seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure à l'existence de risques suffisamment réels et concrets, pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale et indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel extrême. Enfin, le requérant n'établit pas qu'il encourt un risque personnel et réel d'être soumis, dans ce pays, à des traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, en prenant la mesure de transfert litigieuse, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités roumaines à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence.

21. En deuxième lieu, l'arrêté mentionne les textes sur lesquels il se fonde, dont l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les circonstances de fait qui le fondent. Par suite, il est suffisamment motivé.

22. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () ".

23. Contrairement à ce que soutient M. I, il existe une perspective raisonnable d'exécution de la décision de transfert dès lors, notamment, que les autorités roumaines ont accepté de le reprendre en charge et que le délai de six mois imparti par l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 pour exécuter ce transfert n'est pas écoulé. Le requérant n'est par suite pas fondé à soutenir que cet arrêté serait entaché d'erreur de droit.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés en date du 18 janvier 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a ordonné son transfert aux autorités roumaines, responsables de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

25. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions qu'il présente aux fins d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés à l'occasion du litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. I demande, sur le fondement combiné de ces dispositions et de celles de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. I est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. K, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2022.

Le magistrat désigné,

P. F Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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