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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301022

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301022

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 22 février 2023 sous le n° 2301022, M. D A, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de procéder à un réexamen de sa situation, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait lui opposer l'absence de visa de long séjour ;

- elle viole les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête enregistrée le 22 février 2023 sous le n° 2301023, Mme F B, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de procéder à un réexamen de sa situation, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait lui opposer l'absence de visa de long séjour ;

- elle viole les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées nos 2301022 et 2301023 présentées pour M. A et pour Mme B concernent la même cellule familiale, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

2. M. A et Mme B, ressortissants algériens respectivement nés les 25 mars 1973 et 7 juin 1976, sont entrés en France selon leurs déclarations en avril 2017. Mme B a fait l'objet le 15 mai 2017 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne l'obligeant à quitter le territoire sans délai dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif du 19 mai 2017 et par arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2017. M. A et Mme B ont sollicité le 1er décembre 2021 leur admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié. Par leurs requêtes, ils demandent l'annulation des arrêtés du 13 juillet 2022 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. M. A et Mme B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 8 mars 2023, leurs conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés attaqués pris dans leur ensemble :

4. Par arrêté réglementaire du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme Catherine Galinié, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". L'article 7 du même accord stipule : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

6. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A et Mme B, alors âgés respectivement de 44 ans et de 40 ans déclarent être entrés en France en avril 2017, en compagnie de leurs deux enfants mineurs nés en 2009 et 2011. Un troisième enfant est né de leur union le 5 novembre 2020 à Toulouse. Mme B a fait l'objet le 15 mai 2017 d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Si les requérants se prévalent de l'ancienneté de leur séjour en France, ils ne l'établissent pas. Ils ne justifient pas non plus, alors qu'ils sont au demeurant hébergés en dispositif d'urgence, d'une intégration particulière quand bien même ils ont présenté à l'appui de leur demande une promesse d'embauche. Enfin, ils ne font état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise en Algérie, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où il n'est pas établi que leurs enfants ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité. Par suite, en refusant leur admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché les décisions attaquées d'une erreur dans l'appréciation de leurs liens personnels et familiaux en France, au regard des stipulations précitées du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni d'une erreur de fait.

8. En deuxième lieu, il était loisible au préfet, dans le cadre de l'examen de la demande de délivrance d'un titre de séjour par les requérants, d'examiner d'office si ces derniers étaient susceptibles de se voir délivrer un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. En relevant qu'ils ne remplissaient pas les conditions permettant la délivrance d'un tel titre, faute de justifier de la possession du visa de long séjour prévu par les stipulations précitées de l'article 9 de cet accord, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour une promesse d'embauche et une demande d'autorisation de travail pour un poste à temps plein d'employé de vente en boucherie, sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée. A l'appui de sa demande, Mme B a présenté une promesse d'embauche et une demande d'autorisation de travail pour un poste à temps plein d'employée polyvalente dans la même société, sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée. Les requérants ne justifient pas qu'ils disposeraient d'une qualification particulière ou d'une expérience significative, de nature à démontrer que le préfet aurait commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir propre de régularisation en refusant de leur délivrer un titre de séjour pour ce motif.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Pour les motifs énoncés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A et de Mme B doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions attaquées en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour doit être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés précédemment s'agissant des décisions de refus de séjour, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation des requérants doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions obligeant M. A et Mme B à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

18. Les décisions attaquées, qui visent les textes sur lesquels elles se fondent, rappellent pour chacun des requérants leur nationalité et précisent que ces derniers n'établissent pas être exposés à des risques personnels en cas de retour dans leur pays d'origine, sont suffisamment motivées. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Les conclusions à fin d'annulation de M. A et de Mme B étant rejetées, leurs conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

21. Les conclusions des requérants tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A et de Mme B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme F B, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2301022, 2301023

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