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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301041

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301041

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 février 2023, sous le n° 2301041, M. B C, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que leur conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'illégalité dès lors que son signataire n'a pas reçu de délégation à effet de signer pareille décision ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins a été rendu dans des conditions irrégulières ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en ce qu'elle est basée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 23 février 2023, sous le n° 2301042, Mme F D épouse C, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que leur conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'illégalité dès lors que son signataire n'a pas reçu de délégation à effet de signer pareille décision ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins a été rendu dans des conditions irrégulières et n'est pas produit par le préfet ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en ce qu'elle est basée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D épouse C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par décisions du 14 juin 2023, M. C et Mme D épouse C ont été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'oral.

Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme D épouse C, ressortissants algériens nés respectivement le 20 octobre 1987 à Alger et le 10 novembre 1990 à Béni Messous, déclarent être entrés sur le territoire français le 15 mars 2020 munis d'un passeport algérien accompagné d'un visa de court séjour valable du 15 mars 2020 au 13 avril 2020. En raison de l'état de santé de leur enfant mineur, G A C né le 10 juin 2016, ils ont bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour du 8 janvier au 7 juillet 2021. Le 30 mars 2022, M. et Mme C ont demandé le renouvellement de leur droit au séjour et la délivrance d'un certificat de résidence algérien en raison de l'état de santé de leur fils mineur. Par deux arrêtés du 22 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, a prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Par leur requête, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. Les requêtes de M. et Mme C enregistrées sous les numéros 2301041 et 2301042, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre et d'y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par arrêté réglementaire du 18 octobre 2022, publié le 19 octobre 2022 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-355, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme I E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit ainsi que les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

4. En premier lieu, M. et Mme C font état de l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 1er août 2022, sur lequel le préfet s'est fondé pour édicter les arrêtés attaqués. Toutefois, aucune obligation législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de communiquer cet avis aux requérants. En tout état de cause, le préfet de la Haute-Garonne a produit cet avis à l'instance. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des autres pièces des dossiers, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière des requérants.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Selon l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

7. Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Si dans le cadre de ce pouvoir discrétionnaire, il est simplement loisible au préfet de consulter pour avis le collège médical de l'OFII, le respect de la procédure relative à l'édiction de cet avis s'impose alors à lui lorsqu'il a décidé de procéder à cette consultation. Doivent ainsi être notamment respectées dans une telle hypothèse les dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles la décision préfectorale doit être précédée d'un avis rendu collégialement par trois médecins de l'OFII sur la base d'un rapport médical rédigé par un autre médecin. Le collège des médecins de l'OFII doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de cet office. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Pour refuser un titre de séjour à M. et Mme C en qualité de parents d'enfant malade, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis émis le 1er août 2022 par le collège de médecins de l'OFII, aux termes duquel l'état de santé de leur fils, G A, né le 10 juin 2016, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers le pays d'origine. Il ressort des pièces des dossiers que le fils de J et Mme C, qui ont levé le secret médical, souffre d'un syndrome lymphoprolifératif et d'une complication biliaire à type de sténose en suite d'une transplantation du foie réalisée en 2017 en Turquie qui nécessite une prise en charge en radiologie interventionnelle. Pour contester la pertinence de l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 1er août 2022, les requérants produisent plusieurs certificats médicaux, dont l'un a été réalisé le 8 février 2022 par un praticien hospitalier exerçant au service de gastro-entérologie, hépatologie et maladies héréditaires du métabolisme pédiatrique au sein de l'hôpital des enfants de H qui précise que son " état de santé nécessite une prise en charge spécialisée et des soins réguliers. A l'heure actuelle, cette prise en charge et les soins qu'il nécessite, ne peuvent être effectués dans son pays d'origine l'Algérie ", ainsi qu'un certificat d'un médecin du service pédiatrie du Centre hospitalier universitaire d'Alger daté du 8 octobre 2020 duquel il ressort que lors des deux complications suite à la greffe du foie il n'avait pu trouver d'équipe chirurgicale spécialisée pour le prendre en charge en Algérie. Toutefois, ces documents ne permettent pas de remettre en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII rendu le 1er août 2022 alors qu'il n'est pas établi que sa prise en charge, sur laquelle au demeurant aucune précision n'est apportée, ne serait pas effective en Algérie. Ainsi, faute pour M. et Mme C d'apporter des éléments de nature à contredire l'appréciation portée par le préfet sur la possibilité pour leur fils d'être suivi et traité dans leur pays d'origine, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 425- 9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C, qui sont présents en France depuis 2020, soutiennent être totalement investis dans la prise en charge et le suivi de leur enfant. Toutefois, sans remettre en cause leur investissement, il ne ressort pas des pièces des dossiers, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que leur fils ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Alors que les requérants ne bénéficient d'aucune insertion particulière en France, ni ne se prévalent de la présence d'autres membres de leur famille, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine où résident leurs parents respectifs. Dans ces conditions, et compte tenu de la courte durée de leur séjour en France, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elles méconnaitraient les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Dès lors que les décisions attaquées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer M. et Mme C de leur enfant, que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale soit reconstituée en Algérie et, ainsi qu'il a été dit au point 10, qu'il ne ressort pas des pièces des dossiers que le jeune G ne pourra bénéficier effectivement dans ce pays d'un traitement approprié, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour.

14. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées aux points 10 et 12 du présent jugement, en obligeant les requérants à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il n'a pas non plus entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, les décisions attaqués visent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indiquent que M. et Mme C ne démontrent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les décisions sont suffisamment motivées et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. En second lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les requérants, qui n'ont d'ailleurs pas présenté de demande d'asile auprès des autorités compétentes, seraient, en cas de retour en Algérie, effectivement et personnellement exposés à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement des sommes que demandent M. et Mme C au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2301041 et 2301042 de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à Mme F D épouse C, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2-230104

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