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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301069

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301069

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023 et un mémoire enregistré le 7 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, de demander à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de produire les extraits Themis relatifs à l'instruction de son dossier et toute preuve de la tenue d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle respectant l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 permettant d'établir la collégialité de la délibération du collège de médecins de l'Office, ainsi que tout document ou certificat médical qui a fondé l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et l'entier dossier démontrant qu'il peut bénéficier d'un traitement au Mali ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de ce jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dès lors qu'il n'est pas justifié que le collège de médecins a délibéré de manière collégiale, ni que la délibération par conférence audiovisuelle ou téléphonique respecte les dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et les termes de l'ordonnance du 6 novembre 2014 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il ne peut pas bénéficier effectivement de soins dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- la décision porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête de M. D est irrecevable en raison du caractère tardif de son enregistrement au tribunal ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 janvier 2023, M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Par ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 24 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014,

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quessette, rapporteur,

- et les observations de M. D, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité malienne, né le 11 janvier 2001, est entré en France, selon ses déclarations, le 12 octobre 2017. L'intéressé a fait l'objet d'une ordonnance de placement en urgence en date du 20 octobre 2017 auprès de l'aide sociale à l'enfance, confirmée par un jugement en assistance éducative en date du 23 mars 2018 du tribunal pour enfants de C. M. D a bénéficié d'un titre de séjour, valable du 7 mai 2020 au 6 mai 2021, en qualité de mineur isolé confié au service de l'aide sociale à l'enfance. Sa demande d'admission au séjour du 25 octobre 2021 en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée, après un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 13 janvier 2022, par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 2 février 2022, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon son article R. 425-13 : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Enfin, aux termes de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial : " I. - La validité des délibérations organisées selon les modalités prévues aux articles 2 et 3 est subordonnée à la mise en œuvre d'un dispositif permettant l'identification des participants et au respect de la confidentialité des débats vis-à-vis des tiers. () ".

3. Les dispositions citées au point 2, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 13 janvier 2022 concernant la situation de M. D porte la mention, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, " Après en avoir délibéré, le collège de médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège. La circonstance que ces trois médecins exercent dans des villes différentes est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet de la Haute-Garonne au vu de cet avis, les médecins signataires de l'avis n'étant pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux. De même, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de la garantie liée au caractère collégial de la délibération du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté, sans que le requérant ne puisse utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial dès lors que ces dispositions ne régissent pas la procédure d'élaboration de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office. En outre, la circonstance que, dans le cadre d'autres demandes, l'OFII ait indiqué que " la collégialité n'est ni présentielle ni contemporaine, il n'y a pas d'audience ", n'est pas de nature à priver le requérant d'une garantie, en particulier dans la présente instance, ni à remettre en cause le caractère collégial de la procédure suivie au sens des dispositions précitées. Enfin, la circonstance que les débats parlementaires préalables à l'adoption de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France aient mentionné la nécessité du caractère collégial du collège des médecins de l'OFII est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de mettre en œuvre les mesures d'instruction sollicitées, dès lors notamment que l'entier dossier médical du requérant lui a été communiqué à sa demande le 23 janvier 2023, le vice de procédure tiré de ce qu'il ne serait pas établi que les médecins du collège de l'OFII auraient collégialement délibéré doit être écarté, dans toutes ses branches.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité que la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. En l'espèce, pour refuser à M. D le titre de séjour qu'il sollicitait, le préfet de la Haute-Garonne, qui pouvait légalement s'approprier les termes de l'avis du collège de médecins, a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le Mali, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il pouvait voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier médical de l'intéressé fourni par l'OFII à sa demande, que M. D souffre d'un lupus érythémateux systémique avec atteinte articulaire, détecté en 2018, et se manifestant par des douleurs articulaires inflammatoires résiduelles des mains et des pieds, ainsi que par des douleurs rachidiennes, traité par kinésithérapie deux fois par semaine pour le rachis et les chevilles, ainsi que par un traitement constitué de metoject, plaquenil et speciafoldine. L'intéressé allègue que ce traitement médicamenteux n'est pas disponible dans son pays d'origine, en produisant la nomenclature nationale des médicaments à usage humain autorisés au Mali. Si le requérant n'est pas contredit sur ce point, toutefois, il n'établit pas que ces trois médicaments ne seraient pas substituables par d'autres molécules thérapeutiques disponibles au Mali, ni que la combinaison de ces médicaments peut à elle seule lui assurer un traitement ou un équilibre thérapeutique, ni qu'il serait dans l'impossibilité d'accéder de manière effective à des médicaments aux effets thérapeutiques appropriés dans son pays d'origine. Si M. D verse également au dossier l'avis médical d'un praticien hospitalier du service de médecine interne de l'hôpital Purpan de C, en date du 24 janvier 2023, en tout état de cause postérieur à la décision en litige mais qui se prononce sur son état de santé antérieur, qui atteste que, " en l'absence de suivi ou de traitement, cette maladie peut se compliquer à tout moment d'une néphrite lupique mettant en jeu le pronostic vital. D'autres complications sont possibles : myélite lupique mettant en jeu le pronostic vital, anémie hémolytique auto-immune mettant en jeu le pronostic vital ", ce document n'est pas de nature, à lui seul, à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII s'agissant de la disponibilité des soins au Mali. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'admission au séjour est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, il est constant que M. D a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade et il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné son droit au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sont inopérants.

8. En quatrième et dernier lieu, pour les motifs exposés précédemment, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision du 2 février 2022 lui refusant son admission au séjour en qualité d'étranger malade est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la prise en compte de son état de santé et de sa prise en charge médicale en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. D n'établit pas qu'il ne pourrait pas, compte tenu de sa pathologie, être suivi médicalement, de façon appropriée, dans son pays d'origine. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen est écarté.

12. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, selon les termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

13. Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

14. M. D soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à sa vie privée et familiale, en ce que, entré en France en 2017 à l'âge de 16 ans, il a bénéficié d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et d'un contrat jeune majeur, qu'il a obtenu un baccalauréat professionnel en 2021 et qu'il ne peut travailler en raison de son état de santé, étant bénéficiaire d'une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé jusqu'en 2024. Toutefois, célibataire et sans charge de famille, le requérant est arrivé récemment sur le territoire national après avoir vécu l'essentiel de son existence au Mali, où résident ses parents, bien que séparés, ainsi que son frère et sa sœur, et où sont nécessairement ancrées ses attaches culturelles et sociales. Si l'intéressé se prévaut d'attestations émanant notamment de travailleurs sociaux soulignant son effort d'intégration, il ne fait pas valoir une perspective d'insertion socioprofessionnelle. Il ressort par ailleurs des éléments développés précédemment que l'état de santé de M. D ne nécessite pas son maintien sur le territoire français. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

15. En troisième et dernier lieu, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant et des conséquences sur sa situation personnelle pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui ont été précédemment exposés.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

17. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Si M. D soutient qu'un retour au Mali aurait des conséquences irréversibles sur son état de santé, le risque allégué n'est pas établi pour les raisons explicitées au point 6 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

20. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 2 février 2022. Sa requête doit être rejetée.

Sur les conclusions accessoires :

21. Par voie de conséquence de ce qui précède, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. D, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative combinées avec les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Tercero.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lequeux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2301069

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