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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301138

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301138

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. B A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes et a fixé le pays de destination dans les six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Haute-Garonne de le prendre en charge en attendant le traitement de sa demande d'asile par les autorités françaises ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités italiennes :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de preuve de la saisine des autorités italiennes dans le délai de deux mois à compter de la consultation du fichier Eurodac ;

- la preuve d'un accord implicite des autorités italiennes n'est pas rapportée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en raison de sa vulnérabilité ;

- il appartenait à l'administration de tenir compte de sa vulnérabilité, en application de l'article L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'administration préfectorale ayant appliqué l'article 18 du règlement UE n° 604/2013 à la place de l'article 17 ;

- l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 ne pouvant s'appliquer dans son cas, le préfet de la Haute-Garonne est compétent pour étudier sa demande d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination dans les six mois :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen en raison de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, qui informe la partie présente, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de se fonder sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation d'une décision fixant le pays de destination dans les six mois en raison de l'inexistence d'une telle décision,

- les observations de Me Gueye, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et abandonne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination dans les six mois. Il soulève un nouveau moyen tiré de l'erreur de droit en raison de ce que le préfet n'a pas fait application de l'accord bilatéral franco-guinéen,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 2 juin 1993 à Conakry (Guinée), s'est présenté à la préfecture de la Haute-Garonne le 21 novembre 2022 pour y formuler une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé que M. A avait fait l'objet d'un contrôle de police en Italie le 18 octobre 2022. Par un arrêté du 27 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé le transfert de M. A aux autorités italiennes.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 relatif à la présentation d'une requête aux fins de prise en charge dispose que : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 1560/2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement () 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne justifie avoir adressé, le 29 novembre 2022, aux autorités italiennes une demande de prise en charge de la demande d'asile de M. A via le réseau de communication " DubliNet ", soit dans le délai de deux mois à compter de la réception du résultat du relevé des empreintes décadactylaires le 21 novembre 2022 et que les autorités italiennes ont été destinataires le 1er février 2023 d'un constat d'accord implicite. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet ne justifie pas que les autorités italiennes ont été saisies par les autorités françaises dans les délais imposés par le règlement (UE) n° 604/2013 et que la preuve d'un accord implicite n'est pas rapportée doivent être écartés.

6. Si M. A soutient qu'il est dans une situation de grande vulnérabilité compte-tenu de son état psychologique et des maladies chroniques dont il est atteint, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, de sorte qu'il ne démontre pas qu'il serait dans une situation qui imposerait d'instruire sa demande d'asile en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste de la situation du requérant.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives au schéma national des demandeurs d'asile, est inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision de transfert.

8. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré récemment sur le territoire français le 11 novembre 2022 est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'établit pas, par la seule circonstance qu'il travaillerait dans une boulangerie depuis quelques semaines, qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière (). ".

11. Il ressort des pièces produites en défense que les recherches effectuées sur le fichier Eurodac à partir du relevé décadactylaire de M. A établi le 21 novembre 2022 ont permis de constater que les empreintes de ce dernier sont identiques à celles relevées le 18 octobre 2022 par les autorités italiennes. Dès lors, et en l'absence de commencement de preuve contraire, le requérant doit être regardé comme ayant franchi irrégulièrement la frontière italienne dans les douze mois précédant sa demande d'asile. Dans ces conditions, en applications des dispositions citées au point 10, l'Italie était responsable de sa demande de protection internationale, alors même qu'il n'a pas présenté de demande d'asile dans ce pays. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, en l'absence de demande de reprise en charge du requérant, le moyen tiré de l'erreur de droit en raison de ce que le préfet aurait fait application de l'article 18 de ce règlement en lieu et place de son article 17 ne peut qu'être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de droit en n'appliquant pas l'accord bilatéral franco-guinéen, ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant à l'encontre d'un arrêté portant transfert aux autorités italiennes en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 27 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Gueye la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 202Le magistrat désigné,

B. C La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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