mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité et/ou un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre en tout état de cause au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation à l'aune du jugement à intervenir, dans le délai de 30 jours suivant la notification de ce jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, outre que la requête est recevable, que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait été émis de manière collégiale ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet aurait dû prendre en compte les circonstances humanitaires exceptionnelles dont il se prévaut ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- elle méconnait les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais né le 15 décembre 1984, est entré en France selon ses déclarations le 17 août 2018. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 janvier 2020. M. A a été muni le 1er février 2021 d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, renouvelée jusqu'au 31 janvier 2023. Il a sollicité le 28 novembre 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./ Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé./ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. La décision attaquée a été prise après avis du 3 février 2023 du collège de médecins de l'OFII, lequel a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque. Compte tenu des termes de cet avis, il appartient au requérant de démontrer en quoi le défaut de traitement est susceptible d'entraîner des conséquences d'une extrême gravité.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a levé le secret médical, souffre d'une hépatite virale B chronique. Il produit un certificat médical établi par un médecin spécialiste des maladies de l'appareil digestif le 27 mars 2023, certes postérieur à l'arrêté attaqué, mais faisant état de circonstances antérieures, qui indique que la pathologie du requérant est traitée au long cours par du Tenofovir, ce traitement étant indispensable pour éviter une aggravation de sa maladie, sous peine d'entraîner une fibrose puis une cirrhose ainsi qu'un cancer du foie. Les conséquences d'une extrême gravité découlant d'une absence de traitement de cette pathologie sont également confirmées par un certificat du médecin traitant du requérant, qui évoque un risque de cirrhose du foie et de survenue d'un cancer hépatique. Ainsi, alors au demeurant que M. A a bénéficié auparavant d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade du fait de la pathologie dont il est atteint, le collège de médecins de l'OFII ayant alors considéré que le défaut de prise en charge de sa maladie était susceptible d'entraîner des conséquences d'une extrême gravité, les éléments apportés par M. A doivent être regardés comme remettant en cause l'avis émis par le collège de médecins le 3 février 2023. Par suite, en considérant que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 16 février 2023 refusant de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions obligeant le requérant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, privées de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
9. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué du 16 février 2023, implique seulement mais nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation, que le préfet de la Haute-Garonne procède à un nouvel examen de la demande de M. A, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les dépens :
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laspalles de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M.Au tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 février 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la demande de M.Au dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Laspalles la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M.Bu, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SARRAUTE
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026