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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301159

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301159

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOURA

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 9 décembre 1984, est entré en France le 3 septembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 20 juillet 2015 au 15 janvier 2016. Suite à son mariage le 1e juillet 2017 avec une ressortissante française, il a été mis en possession le 25 janvier 2018 d'un certificat de résidence d'un an, régulièrement renouvelé jusqu'au 6 janvier 2023. M. B a sollicité le 15 février 2022 le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé de demande de titre de séjour en sa possession, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 30 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-041 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination et prononcer à son encontre une interdiction de retour d'un an. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ;/ () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". L'article 7 bis du même accord stipule : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a, au b, au c, et au g :/ a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2. et au dernier alinéa de ce même article () ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement d'un certificat de résidence d'un an, ou la délivrance ou le renouvellement d'un certificat de résidence de dix ans à un ressortissant algérien, en qualité de conjoint de français, est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié le 1er juillet 2017 avec une ressortissante française et a été muni à ce titre d'un certificat de résidence d'an, valable jusqu'au 6 janvier 2023. Si le requérant soutient satisfaire aux conditions permettant la délivrance d'un certificat de résidence algérien, il ne conteste pas la rupture de communauté de vie avec son épouse. Ainsi, en refusant de renouveler son certificat de résidence d'un an et de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans au motif de la rupture de communauté de vie, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit.

8. En second lieu, si M. B, qui est célibataire et sans charge de famille, se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de son intégration, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait de son casier judiciaire produit en défense, qu'il a été condamné le 16 décembre 2020 par le tribunal correctionnel de Toulouse à 200 euros d'amende avec sursis pour vol en réunion, le 14 janvier 2021 par le tribunal correctionnel de Saint-Gaudens à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour vol aggravé par deux circonstances, en réunion avec plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice dans un lieu d'entrepôt de fonds, valeurs, marchandises ou matériels, et le 10 janvier 2022 par le tribunal judiciaire de Toulouse à 105 heures de travaux d'intérêt général pour vente frauduleuse au détail de tabacs fabriqués sans qualité de débitant de tabac, de revendeur ou d'acheteur-revendeur. Ainsi, et alors au demeurant qu'il n'était pas tenu d'examiner la demande de M. B sur un autre fondement de l'accord franco-algérien, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant ni dans les conséquences de cette décision sur sa situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B.

11. En deuxième lieu, dès lors que la décision attaquée n'est pas fondée sur ce motif, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public.

12. En troisième lieu, pour les motifs évoqués précédemment, en décidant d'obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant ni de ses conséquences sur sa situation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

16. En premier lieu, tout d'abord, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Ensuite, dès lors qu'aucune décision de refus de départ volontaire n'a été prise à l'encontre de M. B, ce dernier ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité d'une telle décision.

17. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

19. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en septembre 2015, à l'âge de 30 ans. Il est séparé de son épouse de nationalité française, ne justifie pas de son insertion professionnelle et n'établit pas l'existence de liens privés ou familiaux en France. Ainsi, en décidant de prononcer à son encontre une interdiction de retour d'un an, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur dans l'appréciation de la situation de M. B.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les dépens :

22. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Moura et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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