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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301195

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301195

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et deux mémoires, enregistrés respectivement, sous le n°2301195, les 4 mars, 20 mars et 8 novembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme D épouse B, représentée par Me Naciri demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle le préfet du Tarn a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de renvoi.

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Naciri, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation sur sa situation personnelle ;

- le préfet du Tarn n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York ;

En ce qui concerne la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 novembre 2023 par une ordonnance du 26 octobre précédent.

Mme D épouse B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

II- Par une requête et deux mémoires, enregistrés respectivement, sous le n°2301196, les 4 mars, 20 mars et 8 novembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B, représenté par Me Naciri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle le préfet du Tarn a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de renvoi.

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Naciri, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- le préfet du Tarn n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demandé ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York ;

En ce qui concerne la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 novembre 2023 par une ordonnance du 26 octobre précédent.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- et les observations de Me Naciri, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse B, ressortissante géorgienne née le 22 mars 1983, et M. B, ressortissant géorgien né le 20 mai 1980, ont déclaré être entrés en France, accompagnés de leurs trois enfants, le 9 octobre 2017. Leur demande de protection internationale ayant été définitivement rejetées, le 15 décembre 2022, ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour, au titre de la vie privée et familiale pour chacun d'entre eux et au titre du travail pour M. B. Par deux décisions du 15 février 2023, le préfet du Tarn a rejeté leur demande, leur a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ et le pays de renvoi. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler ces décisions du 15 février 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2301195 et n° 2301196 concernent les deux membres d'un même couple et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par une même décision.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées

3. En premier lieu, les décisions en litiges été signées par M. Fabien Chollet, secrétaire général de la préfecture du Tarn, qui disposait d'une délégation accordée par le préfet de ce département par un arrêté du 2 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 81-2023-007, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, les décisions en litige indiquent les textes dont il est fait application et mentionnent les étapes du parcours de M. et Mme B ainsi que les éléments essentiels de leur situation personnelle et familiale. Elles exposent les raisons pour lesquelles le préfet du Tarn a refusé leur admission au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ et le pays de renvoi. Ces décisions comportent ainsi l'ensemble des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de ce qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. M. et Mme B ont déclaré être entrés en France, accompagnés de leurs trois enfants, le 9 octobre 2017. S'ils se prévalent de la présence sur le territoire français de leurs deux enfants majeurs qui poursuivent leurs études, de leur connaissance de la langue française, de leur implication dans le bénévolat, de quelques mois d'emploi de Mme B et du contrat à durée indéterminée proposé à M. B, de telles circonstances ne sont toutefois pas suffisantes pour constituer un motif exceptionnel ou une considération humanitaire. Dans ces conditions, en rejetant leur demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet du Tarn, qui a examiné leur demande aussi bien au titre de la vie privée et familiale pour le couple qu'au titre du travail pour M. B, n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application de l'article L.435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur leur situation et les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'il n'aurait pas procédé à un examen sérieux de leurs demandes.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. et Mme B ont déclaré être entrés sur le territoire français le 9 octobre 2017 où ils demeurent de manière irrégulière. Si leur fils mineur est scolarisé depuis cette date, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en dehors de France, en particulier en Géorgie leur pays d'origine, où ce dernier pourrait poursuivre sa scolarité, et ce d'autant plus que leurs deux autres enfants, devenus majeurs, ne sont autorisés à résider en France que le temps de leurs études et que le couple a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, outre que la situation de menaces et de danger pour leur intégrité physique dans leur pays d'origine dont ils se prévalent n'est corroborée par aucune pièce du dossier, ils n'établissent pas avoir noué des attaches privées importantes en France et ont en outre vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine où vivent encore les parents de Mme B et la mère de M. B. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Les décisions attaquées n'ont pas pour objet de séparer les requérants de leur fils mineur, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité en Géorgie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour à l'encontre de celles portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux points 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 §1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent être accueillis.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D épouse B et M. B ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse B et M. B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 15 février 2023 qu'ils contestent.

Sur les conclusions accessoires :

15. Le présent jugement ne faisant pas droit aux conclusions à fin d'annulation, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 34 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D épouse B et M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E épouse B, à M. C B, à Me Naciri et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

Nos 2301195, 2301196

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