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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301240

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301240

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 mars et 15 novembre 2023, M. E A, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " Séjour Permanent - article 50 TUE/Article 18(1) de l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE ", dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la rétribution de l'Etat prévue en la matière.

Il soutient que :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 28 du décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020 et d'une erreur manifeste d'appréciation sur la menace qu'il pourrait constituer pour un intérêt fondamental de la société ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Par une ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2023.

Le préfet de la Haute-Garonne a produit un mémoire complémentaire enregistré après clôture, le 29 novembre 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant anglais né le 29 décembre 1953, déclare être entré sur le territoire français dans le courant de l'année 2011. Il a sollicité son admission au séjour devant les services de la préfecture de l'Aude le 14 décembre 2018 puis, devant les services de la préfecture de la Haute-Garonne le 9 septembre 2021. Par une décision du 8 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2023, sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 6 avril 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné une délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions relatives au refus d'admission au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 du décret du 19 novembre 2020 concernant l'entrée, le séjour, l'activité professionnelle et les droits sociaux des ressortissants étrangers bénéficiaires de l'accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique : " Sous réserve des dispositions de l'article 28, un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " Séjour permanent - Article 50 TUE/Article 18(1) Accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE " est délivré de plein droit au ressortissant étranger mentionné aux 1° à 4° de l'article 3 s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° Il lui a été délivré, avant le 1er janvier 2021, un titre de séjour permanent en application de l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 2° Il a résidé en France pendant cinq années et y séjourne régulièrement conformément aux dispositions des articles 13 à 19. / () ". Aux termes de l'article 28 du même décret : " L'entrée sur le territoire français et la délivrance des titres de séjour et documents de circulation prévus par le présent décret peuvent être refusées si la présence du demandeur constitue une menace pour l'ordre public./ Si le comportement à l'origine de cette menace s'est produit avant le 1er janvier 2021, l'entrée et la délivrance du titre de séjour ou du document de circulation peuvent être refusées à la condition que ce comportement représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présenté par M. A, le préfet de la Haute-Garonne a estimé que le comportement du requérant constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, au sens des dispositions précitées de l'article 28 du décret du 19 novembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé a été déclaré par un arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Montpellier du 2 juillet 2020, pénalement irresponsable pour les faits, à raison desquels il avait été poursuivi, d'homicide sur la personne de sa mère, cette circonstance est sans incidence sur la qualification de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société conférée à ces faits, qui procède de considérations objectives. Par ailleurs, si M. A soutient que les faits en cause, dont la matérialité n'est au demeurant pas contestée, seraient isolés et survenus le 9 mai 2019, soit antérieurement à la date du 1er janvier 2021 prise en compte par les dispositions précitées, ils caractérisent toujours à la date de la décision attaquée, eu égard à leur gravité et à leur caractère relativement récent, l'existence d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société, quand bien même le requérant serait placé depuis septembre 2021 dans une unité de soins de longue durée et y bénéficierait d'un suivi psychiatrique régulier. Dans ces conditions, et alors que M. A a été interdit de paraitre sur le département de l'Aude ou d'entrer en contact de quelque manière que ce soit avec sa sœur et ses quatre neveux pour une durée de vingt ans, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation sur la menace que constitue le requérant, ni d'erreur de droit au regard des dispositions précitées du décret du 19 novembre 2020.

6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'alors même qu'il a été jugé pénalement irresponsable, les faits de meurtre commis par M. A, dont la matérialité n'est pas contestée, représentent une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Si l'intéressé soutient être entré sur le territoire français en 2011 et être dépourvu d'attache dans son pays d'origine, ces affirmations ne ressortent d'aucune des pièces du dossier. A l'inverse, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est divorcé depuis 2010 et dont les deux enfants majeurs résident en Espagne, ne possède pas le centre de ses intérêts privés en France, dès lors qu'il lui a été interdit d'entrer en contact de quelque manière que ce soit avec sa sœur et ses quatre neveux pendant vingt ans et qu'il ne se prévaut d'aucun autre liens familiaux ou amicaux sur le territoire national. Par ailleurs, M. A, qui est placé sous curatelle renforcée et réside en unité de soins de longue durée à raison de ses problèmes psychiatriques, ne bénéficie d'aucune insertion sociale. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant la décision attaquée. Par suite, le moyen invoqué tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision préfectorale du 8 novembre 2022.

Sur les autres conclusions de la requête :

9. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions présentées par M. A tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.En A, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Copie en sera adressée pour information à Mme F.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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