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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301255

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301255

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBONNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, M. B D, représenté par Me Bonneau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne au réexamen de sa situation, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement, avec délivrance d'un récépissé correspondant au ancien statut " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont distraction au profit de son conseil, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit faute pour le préfet d'avoir répondu à sa demande d'admission au séjour ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux des conséquences de la mesure au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment en ce que le préfet n'a pas pris en compte son mariage ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle a des conséquences disproportionnées avec la réalité de la situation en France de l'intéressé et de son droit à mener une vie privée et familiale normale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a des conséquences disproportionnées avec la réalité de la situation en France de l'intéressé et de son droit à mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2022. Par un arrêté en date du 6 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. D demande l'annulation des décisions attaquées.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les dispositions et stipulations dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle que M. D déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français au cours de l'année 2022, dépourvu des documents et visas exigés et n'a jamais sollicité de titre de séjour. L'arrêté vise également les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1°, 4°, 6° et 8°. Il vise ensuite les articles L. 612-6 et L.612-10 et précise qu'eu égard à son entrée récente en France et à la nature et l'ancienneté de ses liens en France, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. D au regard de sa vie privée et familiale. Il indique, enfin, que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. D soutient que le préfet n'a pas répondu à la demande d'admission au séjour qu'il a formulée antérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir l'existence d'une telle demande. Au surplus, le préfet produit en défense un extrait de consultation de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF), édité le 31 mars 2023, qui indique que l'intéressé n'a pas déposé de demande de titre de séjour en France. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'une illégalité en ne prenant pas en compte sa demande d'admission au séjour.

6. En quatrième et dernier lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2022, de manière irrégulière. Par ailleurs, il est sans enfant et s'il soutient que son épouse réside sur le territoire français, il n'apporte toutefois aucun élément permettant de l'établir. Enfin, il ne justifie pas avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux sur le territoire français, alors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai départ volontaire :

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au regard du but poursuivi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de douze mois, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au regard du but poursuivi.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Bonneau la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Bonneau et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le magistrat désigné,

N. A Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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