mardi 25 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ESCUDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 13 mars et 4 mai 2023, M. B D A, représenté par Me Escudier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'ensemble de l'arrêté :
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour
- elle méconnaît l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au vu de ces dispositions ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français
- elle est illégale dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas tenu compte de la présence en France de membres de sa famille et de son état de santé ; elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
- il n'a pas été informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen, en méconnaissance de l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil en date du 20 décembre 2006 ;
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Des pièces complémentaires produites par M. D A le 20 juin 2023 n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pétri.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant algérien né le 21 novembre 1988, déclare être entré sur le territoire français le 25 novembre 2018. Il a formé, le 7 janvier 2019, une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile rendue le 29 juillet suivant. Par un arrêté du 7 novembre 2019, une obligation de quitter le territoire français a été édictée à son encontre. Il a sollicité, le 20 septembre 2022, son admission au séjour pour motif humanitaire au regard de son état de santé. Par un arrêté du 23 février 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :
2. Selon l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait en outre mention d'éléments circonstanciés relatifs à la situation personnelle du requérant, tels que son parcours depuis son entrée sur le territoire français, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 19 janvier 2023, la nature de ses attaches familiales en France et dans son pays d'origine, la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 7 novembre 2019, ou encore la circonstance qu'il n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Dès lors que l'acte en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, il doit être regardé comme étant suffisamment motivé.
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour
4. En premier lieu, selon l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".
5. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D A résiderait habituellement en France, dès lors qu'il ne produit aucune pièce de nature à le démontrer, alors même qu'il indique être présent sur le territoire national depuis l'année 2018. D'autre part, s'il est établi que l'intéressé est atteint de troubles psychotiques depuis cinq ans, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 19 janvier 2023 précise toutefois que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si le requérant se prévaut d'un certificat médical du 24 octobre 2022 par lequel le Docteur C indique que le traitement dont il bénéficie a été renforcé, de plusieurs ordonnances lui prescrivant du Tegretol(r) et du Risperidone(r), ainsi que d'un certificat médical du même médecin, postérieur à la décision attaquée, indiquant que l'état de santé de son patient nécessite un suivi psychiatrique sur le long terme par ses soins, M. D A n'établit toutefois pas que l'absence de prise en charge médicale entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, et la seule circonstance qu'il ait noué un lien de confiance avec son médecin est à cet égard sans influence et ne suffit pas à infirmer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il se prévaut également d'un rapport de l'Organisation mondiale de la santé intitulé " Etat des lieux des troubles mentaux et de leur prise en charge en Algérie ", établi en 2022, ce document, à caractère général, n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par ce même collège, dès lors qu'en tout état de cause, le défaut de soins ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit.
6. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.
7. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Pour justifier de sa vie privée et familiale en France, M. D A se prévaut de la présence en France de sa sœur, de nationalité française, et de deux de ses frères, de ce qu'il est hébergé chez l'un de ses frères, de ce qu'il est présent sur le territoire depuis 2018, ou encore de la relation de la confiance qu'il a nouée avec son médecin et de son état de santé. Toutefois et ainsi que cela a été dit précédemment, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir sa présence en France depuis l'année 2018 et n'établit pas que l'absence de prise en charge de son état de santé entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, la circonstance que sa sœur et deux de ses frères résident en France n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour, alors même qu'il ne produit aucune pièce de nature à démontrer la réalité, la continuité, la stabilité et l'intensité de ses liens familiaux et qu'il n'est pas privé d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où résident notamment son père et trois autres de ses frères et sœurs. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée au droit de M. D A au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 8, relatifs à la motivation de l'acte attaqué et à sa vie privée et familiale, que M. D A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas tenu compte de la présence en France des membres de sa famille et de son état de santé et méconnaîtrait ainsi le droit au respect de sa vie privée et familiale.
12. En second lieu, l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. ".
13. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée, en particulier de la rubrique relative aux informations qui lui ont été délivrées, que le requérant a été informé de ce qu'il faisait l'objet d'un " signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de séjour ". Par suite, celui-ci n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été informé de ce qu'il a fait l'objet d'un tel signalement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. D A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.
La rapporteure,
M. PETRI
Le président,
T. SORIN
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026