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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301390

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301390

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCAMBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 15 mars, 7 août, 9 octobre et 13 novembre 2023, Mme C B, représentée par Me Cambon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet subordonne à tort la délivrance du titre de séjour à l'autorisation spéciale mentionnée par les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation et celle de sa fille.

Par deux mémoires enregistrés les 17 juillet et 19 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante comorienne née le 4 avril 2000, est entrée sur le territoire français le 11 octobre 2016 sous couvert d'un passeport en cours de validité et d'un document de circulation pour étranger mineur, valable jusqu'au 31 mars 2019, délivré par le préfet de Mayotte. Le 10 novembre 2022, Mme B a sollicité son admission au séjour pour motif familial en qualité de mère d'un enfant français. Par une décision du 24 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 juillet 2023, ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision vise les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquels le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser d'admettre au séjour Mme B. Elle indique notamment que la requérante a sollicité le 10 novembre 2022 son admission au séjour en qualité de mère d'un enfant français née le 3 octobre 2020 à Toulouse et précise que celle-ci n'apporte pas la preuve de la contribution du père de l'enfant à son éducation et son entretien. Elle ajoute que la requérante ne démontre pas avoir créé sur le territoire français des liens personnels et familiaux d'une intensité et d'une stabilité telles qu'ils pourraient justifier sa régularisation. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment fait état des motifs de fait et de droit l'ayant conduit à refuser le séjour à Mme B. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Si la décision attaquée fait mention de ce que le père de la requérante résiderait à Mayotte, alors que celui-ci est en réalité décédé le 18 janvier 2023, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, alors que ladite mention résulte des propres indications données par la requérante dans sa demande de titre de séjour et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait été tenu informé de ce décès. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. " Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

6. L'alinéa 1er de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile limite la validité territoriale des titres de séjour délivrés à Mayotte, en disposant que " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. ". Aux termes du deuxième alinéa de ce même article : " Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 () des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'État, par le représentant de l'État à Mayotte () ". Aux termes de l'article R. 441-6 du code : " L'étranger qui sollicite le visa prévu à l'article L. 441-7 présente son document de voyage, le titre sous couvert duquel il est autorisé à séjourner à Mayotte, les documents permettant d'établir les conditions de son séjour dans le département de destination () / Sauf circonstances exceptionnelles, ce visa ne peut lui être délivré pour une durée de séjour excédant trois mois () ". Enfin, les Comores figurent sur la liste établie à l'annexe 1 au règlement communautaire n° 539/2001 des États dont les ressortissants sont assujettis à l'obligation de visa au franchissement des frontières extérieures de l'espace Schengen.

7. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.

8. Il s'ensuit que, dès lors qu'il n'est pas contesté par la requérante qu'elle est entrée sur le territoire métropolitain de la France, en 2016, sans être titulaire du visa prévu par les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans méconnaître ces dispositions, ni celles de l'article L. 423-7 du même code, refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de mère d'enfant français au motif qu'elle ne détenait pas, lors du dépôt de sa demande de titre, de visa de court séjour délivré à Mayotte pour le franchissement de la frontière extérieure de l'espace Schengen. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si Mme B est entrée en France en 2016 sous couvert d'un passeport en cours de validité et d'un document de circulation pour étranger mineur, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'ancienneté de son séjour sur le territoire national lui aurait permis de bénéficier d'une insertion particulière notamment sur le plan professionnel, l'intéressée étant domiciliée chez sa tante et sans ressources autonomes. Si le père de sa fille française née le 7 octobre 2021 à Toulouse et cette dernière sont présents sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante entretiendrait des liens d'une particulière intensité avec le père de son enfant, quand bien même tous trois auraient passé ensemble une journée au zoo à une date au demeurant postérieure à la décision attaquée. Il n'est pas davantage établi que le père de l'enfant, qui a reconnu celle-ci six mois après sa naissance et réside dans un autre département, participerait à l'éducation et l'entretien de sa fille, par la seule production d'attestations non circonstanciées de celui-ci et de quelques proches, ainsi que de relevés de compte bancaire portant mention de virements bancaires au profit de la requérante et de sa tante à partir du 31 mars 2022 jusqu'à une période postérieure à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside toujours sa mère, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est entachée pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de la requérante et celle de sa fille.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à obtenir l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les autres conclusions de la requête :

12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Cambon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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