mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | AMARI-DE-BEAUFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 16 mars 2023 et le 30 mars 2023, M. A B, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 25 novembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle d'une durée de quatre-vingt-onze jours minimum et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 15 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
-l'urgence est présumée satisfaite dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'un refus de renouvellement de titre de séjour dès lors qu'une telle décision a pour effet de faire basculer la personne intéressée dans une situation de séjour irrégulier ;
-au surplus, la décision attaquée le prive du bénéfice de l'allocation pour adulte handicapé et de l'allocation logement et conduira à sa radiation de Pôle emploi alors qu'il devait intégrer une formation qualifiante de peintre en bâtiment le 6 mars 2023 ;
-l'absence de récépissé le place à nouveau en grande précarité faute de ressources financières pour subvenir à ses besoins vitaux ;
-alors que son état de santé nécessite une prise en charge médicamenteuse, psychologique et sociale, la décision contestée a une incidence directe sur cet état dans la mesure où son insertion dans la société par le biais de l'emploi contribuait grandement à l'améliorer ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
-la décision en litige est entachée d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie substantielle dès lors qu'il n'est pas établi que les médecins composant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ont effectivement délibéré collégialement pour rendre leur avis, les signatures n'ayant ni été apposées par eux-mêmes, ni été faites électroniquement au sens du décret n° 2017-1416 du 28 décembre 2017 et que la preuve d'une délibération contemporaine et d'échanges contemporains entre les médecins, tels qu'exigés par les dispositions combinées des articles L. 425-9 et R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est ainsi pas rapportée ;
-cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ;
-il ne lui appartient pas, à l'occasion d'une instance contentieuse portant sur la légalité d'un refus de titre, de porter une appréciation sur les modes auxquels l'OFII a recours pour consigner les délibérations émises par ses médecins ;
-la collégialité n'implique pas nécessairement une réunion en présentiel ;
-la circonstance que les signatures apposées sur l'avis soient des fac-similés n'est pas de nature à remettre en cause la collégialité de la procédure ;
-la production de certificats médicaux sélectionnés par le requérant pour les besoins de la cause, sans être accompagnés du dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins et qui synthétise l'ensemble de l'état de santé et des traitements reçus, ne permet pas un véritable débat contradictoire et ne permet pas au juge d'exercer son office de manière éclairée, de sorte qu'il ne saurait être fait droit à sa requête sans que le rapport médical de l'OFII soit préalablement versé au dossier par l'intéressé et discuté contradictoirement ;
-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
-les autres pièces du dossier ;
-la requête n° 2301047 enregistrée le 23 février 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mars 2023, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
-le rapport de M. C,
-les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. B, qui a repris ses écritures, en insistant particulièrement sur le fait que le cadre social, qui fait partie des soins dans ce contexte psychiatrique spécifique, est particulièrement important,
-et les observations de M. D, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui a repris ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, née le 7 décembre 1995 à Conakry (Guinée), de nationalité guinéenne, serait selon ses déclarations entré sur le territoire français le 8 juillet 2016. Le 1er février 2018, il a sollicité son admission au séjour en invoquant son état de santé. Par arrêté du 21 mars 2019, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 17 novembre 2020, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de délivrer à l'intéressé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêt du 15 juin 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté l'appel formé par le préfet contre ce jugement. M. B s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire d'un an, valable du 5 août 2021 au 4 août 2022. Le 10 juin 2022, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté en date du 25 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté en tant qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Au vu des termes de sa requête et des pièces qu'il produit dans l'instance, M. B doit être regardé comme demandant à être provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur cette requête, de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. En l'espèce, il est constant que M. B a bénéficié en qualité d'étranger malade d'une carte de séjour temporaire d'un an, valable du 5 août 2021 au 4 août 2022, et que la décision contestée porte refus de renouvellement de ce titre. L'intéressé bénéficie ainsi de la présomption d'urgence tel que le prévoit le point précédent et aucun des arguments invoqués par le préfet en défense soit, d'une part, le fait que sa présence en France est uniquement motivée par son état de santé et que le titre de séjour dont il a bénéficié ne présentait, en tant que tel, aucune garantie de renouvellement, d'autre part, le fait que son état de santé s'est amélioré au point que le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis indiquant que l'absence de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, enfin le fait que la décision en litige n'emporte aucune incidence sur la poursuite des soins pour le temps que l'intéressé se maintient en France, n'est de nature à renverser cette présomption. La condition tenant à l'urgence doit dès lors être regardée comme satisfaite.
Sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. " Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. () ".
7. En vertu des dispositions citées au point précédent, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 cité au point précédent, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Il ressort des pièces versées dans l'instance par M. B, particulièrement du certificat médical confidentiel établi le 17 juin 2022 par le docteur de Lassat, médecin psychiatre exerçant à l'hôpital Gérard Marchant de Toulouse, ainsi que d'un courrier complémentaire rédigé le 18 août 2022 par ce même praticien, tous deux adressés au médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dans le cadre de la procédure prévue par les dispositions des articles L. 425-9 et R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celui-ci est atteint de troubles primitifs d'allure psychotique apparus à l'adolescence avec de la désorganisation psychique, un vécu hallucinatoire à prédominance cénesthésique, des sensations d'éclatement du crâne, des hallucinations acoustiques et verbales, troubles qui auraient motivé son départ en Europe et qui ont connu une évolution chronique, compliquée d'un état de stress post traumatique sévère consécutif à son parcours migratoire. Le praticien précise que " l'état clinique initial était donc un mélange de reviviscences traumatiques et de ces manifestations du trouble primitif donnant un tableau clinique particulièrement sévère avec un contact aliéné très notable ". Il ajoute que " Au fil de sa prise en charge, son état s'est largement amélioré avec une régression très satisfaisante de la symptomatologie. Il apparait donc primordial de poursuivre ses soins du fait du caractère chronique de sa pathologie (probable trouble schizophrénique). Depuis l'obtention de son titre de séjour, on observe également une nette amélioration sur le plan social. M. D pratique le théâtre, a pu se produire au festival d'Avignon avec l'association d'aide aux migrants où il pratique et commence à se projeter sur un devenir professionnel, ce qui apparaissant inenvisageable au début de ses soins. Ce jour, son état clinique est très bien stabilisé. ". Le courrier du 18 août 2022 mentionne le traitement médicamenteux prescrit, composé notamment d'un antipsychotique, d'un antidépresseur et d'un anxiolytique. L'ensemble de ces éléments a été repris par le médecin rapporteur de l'OFII dans son rapport établi le 8 octobre 2022, que M. B s'est procuré et qu'il a également produit dans l'instance. En conclusion de ce rapport, dans la rubrique libellée " perspectives et pronostic au vu du dossier médical fourni et de la visite médicale, le cas échéant ", le médecin rapporteur de l'OFII a indiqué " stabilisation ". C'est donc notamment sur le fondement de ce rapport que le collège de médecins a rendu son avis, en date du 25 octobre 2022, aux termes duquel il a estimé que si l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.
9. Si, certes, les indications médicales transmises à l'OFII par le docteur de Lassat font état d'une amélioration significative de l'état de santé de M. B par rapport au début de sa prise en charge, en 2017, ce praticien précisait néanmoins expressément qu'il était primordial de poursuivre les soins en raison du caractère chronique de la pathologie dont est atteint l'intéressé. Dans un nouveau certificat médical établi le 20 février 2023, soit postérieurement à l'édiction de la décision attaquée et a fortiori à la date de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII mais qui reprend des informations antérieures, le docteur de Lassat avance plus nettement le diagnostic de schizophrénie et indique que M. B " doit pouvoir bénéficier d'une prise en charge médicamenteuse, psychologique et sociale dont aucun de ces aspects ne saurait être exclusif aux autres tant l'objectif de soins est de pouvoir maintenir M. D stable au niveau de ses symptômes et de lui permettre une insertion de qualité dans la société par le biais d'étayages sociaux. Il est nécessaire de rappeler que le traitement par olanzapine qui lui est prescrit constitue le traitement de fond principal de sa pathologie et que la grande disparité et variabilité entre les individus de réponse aux traitements antipsychotiques ne saurait le rendre substituable à d'autres traitements, M. D n'ayant pas répondu à d'autres traitement de cette classe telle que la rispéridone et l'halopéridol. En l'absence de ce traitement, l'évolution de la schizophrénie est péjorative avec un risque de recrudescence hallucinatoire, un déclin cognitif accéléré assimilé à un repli pseudo autistique et à une sorte de "démence précoce" qui ne permettrait pas à M. D d'assurer des gestes simples de la vie quotidienne et qu'en l'absence d'un accompagnement social il ne pourra bénéficier d'un étayage adapté à sa pathologie. Au vu de ces éléments, il apparait peu probable que M. D soit en mesure reconstituer ce type de prise en charge dans son pays d'origine. ".
10. Il ressort également du certificat médical établi le 20 janvier 2023 par le docteur F, médecin généraliste qui suit M. B à la case de santé à Toulouse, que " Le patient a nécessité plusieurs ajustements de thérapeutiques avant d'arriver à un début de stabilisation des symptômes. Depuis mai 2018 le patient est sous traitement anti-dépresseur, benzodiazépine et sous antipsychotique (olanzapine notamment). La délivrance des médicaments est réalisée par une infirmière à domicile. En effet même si M. adhère aux soins, il nécessite une tierce personne pour l'aider au quotidien dans sa prise en charge (délivrance des traitements, rappels des rendez-vous, etc..). En effet M. présente un trouble de l'attention invalidant inhérent à sa pathologie et aux traitements. Le patient est également régulièrement suivi au Centre médico-psychologique par son psychiatre le Dr E. Un cadre étayant et stable ainsi qu'un suivi médical et social soutenu permet d'améliorer lentement ses symptômes. Or les données actuelles de la science nous montrent qu'une rupture de continuité de soins que ce soit médicamenteuse ou relationnelle avec les différents intervenants mais aussi en lien avec le cadre social contenant mis en place est un facteur péjoratif majeur d'aggravation de la maladie pouvant conduire à des conséquences d'une extrême gravité. Par ailleurs actuellement aucun traitement anti-psychotique ou autre ont une action de guérison de la schizophrénie ou psychose primitive. Il s'agit d'une maladie que l'on caractérise de chronique qui nécessite un traitement et une prise en charge au long cours. Cette prise en charge et cet étayage est nécessaire en continue en France pour une durée indéterminée sans quoi il peut présenter une décompensation psychiatrique avec mise en danger de lui-même. () Au total le risque d'exceptionnelle gravité en l'absence de la prise en charge médicale requise chez ce patient est bien réel. Cette prise en charge n'étant pas disponible eu égard à l'offre de soins et au moyen effectif de ce patient, il est nécessaire qu'il puisse bénéficier de son renouvellement de titre de séjour pour soin sur le territoire français. ".
11. Les éléments médicaux produits par M. B, précis, circonstanciés et cohérents, expriment clairement que la stabilisation de son état de santé reste fragile et que l'interruption de sa prise en charge, telle qu'elle a été mise en place dans toutes ses composantes, pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, dont une partie n'a pas été portée à la connaissance du collège de médecins de l'OFII, et alors que le préfet, qui lui-même ne disposait d'aucune information à caractère médical concernant l'intéressé et qui a donc légitimement suivi l'avis rendu par le collège, ne conteste pas les affirmations documentées du requérant selon lesquelles les soins que son état de santé requiert ne seraient pas accessibles en Guinée, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation apparaît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
12. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 novembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. B, à titre provisoire, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Amari de Beaufort, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 25 novembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Me Amari de Beaufort au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 1 500 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Amari de Beaufort.
Fait à Toulouse, le 11 avril 2023.
Le juge des référés,
B. C
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026