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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301422

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301422

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantZOUAOUI SID AHMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 16 mars, 1er août et 22 novembre 2023, ces dernières pièces n'ayant pas été communiquées, M. D A, représenté par Me Zouaoui, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;

- il a méconnu l'obligation de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il a entaché la décision attaquée d'une erreur de fait en estimant qu'il n'existait pas de communauté de vie entre lui et son épouse et commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-3 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 et du 6° de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Zouaoui, représentant M. A, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant béninois né le 25 avril 1990, est entré régulièrement en France le 24 août 2018, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour. A la suite de son mariage avec une ressortissante française le 3 avril 2019 à Maurens (Haute-Garonne), il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable du 2 septembre 2019 au 1er septembre 2020, puis d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 2 septembre 2020 au 1er septembre 2022. M. A a sollicité le 26 juillet 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux trois décisions :

2. Par un arrêté du 30 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-041, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les décisions d'éloignement, ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à M. A le renouvellement de son titre de séjour vise les textes applicables à sa demande et fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le refus de sa demande. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Enfin, selon son article L. 423-6 : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / () ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a bénéficié, à la suite de son mariage avec une ressortissante française, d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable du 2 septembre 2019 au 1er septembre 2020, renouvelé une fois sur le fondement de l'article L. 423-3 du même code par un titre pluriannuel valable du 2 septembre 2020 au 1er septembre 2022. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de la demande de M. A de renouvellement de son titre de séjour, qui a été examinée par le préfet de la Haute-Garonne sur le fondement des articles L. 423-3 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une enquête des services de la gendarmerie nationale a été diligentée sur la communauté de vie des époux. Il ressort du rapport établi le 27 septembre 2022 à la suite de la visite du domicile déclaré du couple le 5 août 2022 et de l'entretien séparé des époux dans les locaux de la brigade de gendarmerie le lendemain, que l'épouse de M. A a déclaré que, dès leur aménagement à Villefranche-de-Lauragais en juin 2020, son mari se serait quotidiennement absenté du domicile, qu'elle n'aurait eu avec lui que des contacts téléphoniques, l'intéressé ne venant la voir que deux à trois fois par mois. Elle a ajouté être convaincue que son époux l'aurait séduite et épousée afin d'obtenir la régularisation de sa situation administrative et qu'elle a déjà signalé un abandon du domicile conjugal par une main courante déposée en gendarmerie le 2 novembre 2021. M. A a quant à lui déclaré, lors de son entretien du 6 août 2022, que ses absences résulteraient d'un cumul d'emplois qu'il exerce à Toulouse. Le rapport fait état, qu'alors que M. A était absent lors de la visite domiciliaire, aucune photo du couple n'a pu être constaté dans l'appartement, que la chambre conjugale comporte une armoire contenant des affaires féminines et seulement un petit tas de vêtements qui appartiendraient au requérant sur un meuble situé à côté de l'armoire, enfin que la salle de bains ne contient que des objets de toilettes féminins. Les enquêteurs, qui ont constaté que l'épouse de M. A était " délaissée " par son mari, très peu présent au domicile et en général dans son quotidien, ont conclu à l'impossibilité d'établir l'existence d'une communauté de vie réelle du couple et ont en conséquence émis un avis défavorable à la demande de renouvellement de titre présentée par M. A. Si ce dernier produit divers documents adressés à son nom et celui de son épouse à leur adresse commune, ainsi que trois attestations de son épouse, en date des 9 mars, 26 juillet et 7 novembre 2023, revenant sur ses déclarations antérieures et certifiant désormais l'existence d'une vie commune, ainsi que trois photographies, dont la date n'est pas certaine, une attestation d'un médecin généraliste du 8 mars 2023 reconnaissant suivre les intéressés sur le plan médical et l'avis d'impôt sur les revenus de 2022 établi le 11 juillet 2023, ces pièces ne suffisent pas, compte tenu des constats effectués par les services de la gendarmerie, à caractériser une communauté de vie effective à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité. Il en est de même des affirmations selon lesquels le couple aurait fait un voyage commun au Bénin en mai et juin 2022 dans l'optique de préparer leur mariage traditionnel, et ferait des " escapades amoureuses ", dès lors, en tout état de cause, qu'il ressort des pièces du dossier que les époux ont pris des vols séparés pour aller au Bénin, et que la facture produite au nom de l'épouse du requérant pour une nuitée d'hôtel à Fleurence le 18 février 2023 n'est pas de nature à établir la présence de M. A. Dans ces conditions, en l'absence de maintien d'une communauté de vie au moment où le préfet de La Haute-Garonne a adopté la décision de refus de séjour en litige, M. A n'est pas fondé à invoquer que celle-ci serait entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles L. 423-3 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

8. M. A fait état de ce qu'il séjourne en France de manière habituelle depuis le 24 août 2018, qu'il est marié avec une ressortissante française et bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent de service. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, le maintien de la communauté de vie entre les époux n'est pas établi et qu'aucun enfant n'est né du mariage. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où résident toujours ses parents et ses frères et sœurs. Dans ces conditions, et alors même que le requérant dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 12 février 2022 et qu'il n'est pas allégué qu'il constituerait une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus opposé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler un titre mentionné à l'article L. 423-1, du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A ne remplit pas les conditions pour bénéficier du renouvèlement de son titre de séjour prévu aux articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne était tenu de saisir la commission du titre de séjour, et à invoquer, en conséquence, l'existence d'un vice de procédure. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, la décision litigieuse, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

14. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 8, les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

16. Il résulte de ce qui précède que le requérant s'est légalement vu refuser le renouvellement de son titre de séjour. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Enfin, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions du 6° de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées à l'article L. 823-4, qui sont inapplicables en l'espèce.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. La décision fixant le pays de renvoi vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. A, qui est un ressortissant béninois, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 précitée en cas de retour dans son pays d'origine, au vu notamment de l'absence de demande de protection internationale. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 février 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Dc A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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