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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301441

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301441

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREGUIG KARIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Reguig, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté portant assignation à résidence est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 732-3 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante géorgienne, née le 9 juin 1972 à Zugdidi (Géorgie), déclare être entrée sur le territoire français le 17 mars 2018. Elle a introduit une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 septembre 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 26 juin 2019. Le préfet de la Haute-Garonne a pris le 25 juillet 2019 un premier arrêté l'obligeant à quitter le territoire français. Mme A a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a décidé de clôturer le 22 mars 2021. Le 30 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a pris un second arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assorti d'une interdiction de retour d'une durée de six mois. Mme A a sollicité son admission au séjour le 21 octobre 2021 auprès de la préfecture de l'Aveyron sur le fondement des article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a fait l'objet de deux arrêtés du 7 septembre 2022 par lesquels la préfète de l'Aveyron lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assignée à résidence, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 29 septembre 2022. Le 16 décembre 2022, le préfet de l'Aveyron a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme A a été placée dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire le 27 décembre 2022 et le lendemain, elle a fait l'objet d'un signalement au procureur de Bobigny au titre de l'article 40 du code de procédure pénale concernant son refus d'embarquer. Suite à l'ordonnance du 30 octobre 2022 rendue par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux portant refus de prolongation du maintien de Mme A dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, le préfet de l'Aveyron a édicté à son encontre un arrêté du 30 décembre 2022 par lequel il l'a assignée à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de l'Aveyron a renouvelé son assignation à résidence. Par sa présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article. ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

3. Sur le fondement de l'obligation de quitter le territoire français du 7 septembre 2022, Mme A, a fait l'objet d'un premier arrêté du même jour portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 16 décembre 2022, le préfet de l'Aveyron a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. La requérante a ensuite été placée en rétention administrative du 27 au 30 décembre 2022 avant d'être libérée sur décision du juge des libertés et de la détention. Par un arrêté du 30 décembre 2022, le préfet de l'Aveyron a, de nouveau, assigné à résidence Mme A pour une durée de quarante-cinq jours, prolongée par l'arrêté contesté du 8 mars 2023 pour la même durée. Il ressort des termes de ces quatre arrêtés qu'ils ont été pris pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 7 septembre 2022 sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles n'autorisent pourtant qu'un seul renouvellement d'assignation à résidence. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté du 8 mars 2023, qui procède au troisième renouvellement de son assignation à résidence est entachée d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions accessoires :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 250 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron a assigné Mme A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 2 : L'État versera une somme de 1 250 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Reguig et au préfet de l'Aveyron.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

Le magistrat désigné,

F. B Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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