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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301446

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301446

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, Mme A E B, représentée par Me Soulas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er avril 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen complet de sa situation, notamment au regard de sa vie privée et familiale ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son activité d'auto-entrepreneur lui permet de disposer de revenus stables et conséquents ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 janvier 2023, Mme B a été admise au bénéfice de

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E B, ressortissante sénégalaise née le 8 octobre 1979, est entrée régulièrement en France le 2 avril 2018, munie de son passeport en court de validité et d'une carte de résident longue durée portant la mention " UE " avec une validité permanente, délivrée le 21 juillet 2009 par les autorités italiennes. Ayant sollicité le 20 juin 2018 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée, elle a fait l'objet, par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 décembre 2019, d'un premier refus de séjour assorti d'une mesure d'éloignement, qu'elle n'a pas exécutée. Le 3 août 2021, Mme B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 421-5 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 1er avril 2022, dont Mme B sollicite l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n°31-2021-325, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour vise les textes applicables et fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le refus de sa demande. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé, notamment en ce qui concerne la vie privée et familiale de Mme B, à un examen réel et sérieux de sa situation.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par Mme B en application des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne a relevé que l'intéressée ne justifiait pas être en possession du visa long séjour requis par les dispositions de l'article L. 412-1 du même code. Dès lors que Mme B ne justifie, ni même n'allègue, disposer d'un tel visa, le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

8. M. B fait état de ce qu'elle est entrée en France pour la dernière fois en 2018 et y séjourne depuis lors de manière habituelle avec ses deux filles, nées à Toulouse les 30 juin 2010 et 28 juin 2017, qui sont scolarisées, et qu'elle a créé une entreprise sous le statut d'auto-entrepreneur. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le caractère habituel du séjour en France de Mme B depuis 2018 n'est pas établi, alors que l'intéressée dispose d'une carte de résident à validité permanente, délivrée le 21 juillet 2009, par les autorités italiennes, et qu'en tout état de cause l'ancienneté du séjour en France de l'intéressée résulte de son seul maintien sur le territoire national en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 décembre 2019. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est pas dépourvue de liens personnels et familiaux au Sénégal, où résident toujours un de ses enfants mineurs, ainsi que sa mère et deux de ses frères, ni même en Italie, où résident son père et une sœur. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale composée de Mme B et de ses enfants se reconstitue dans l'un de ces deux pays, où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. La circonstance que Mme B a créé une entreprise en qualité d'auto-entrepreneur ne permet pas de lui conférer un droit au séjour, alors qu'elle ne produit que quatre déclarations de chiffre d'affaires mensuelles au titre des mois d'avril 2019, janvier 2020, janvier 2021, janvier 2022, ne faisant au demeurant apparaitre que des chiffres d'affaires nuls ou minimes, qui ne sont pas de nature à regarder l'activité en cause comme économiquement viable à la date de la décision préfectorale en litige. Dans ces conditions, et alors même que Mme B serait active sur le plan associatif, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs opposés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle ou professionnelle de Mme B constituerait un motif exceptionnel ou relèverait de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que si les deux filles de Mme B résident en France et y sont scolarisées, il n'est pas établi qu'elles ne pourraient pas poursuivre leur scolarité hors de France. En outre, la mesure contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme B de ses filles, qui pourront la suivre en Italie ou au Sénégal. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations précitées du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision préfectorale du 1er avril 2022.

Sur les autres conclusions de la requête :

14. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B, à Me Soulas et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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