vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SEIGNALET MAUHOURAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Seignalet Mauhourat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour mention " vie privée et familiale " sollicité ou de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Seignalet Mauhourat de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute de démontrer l'existence d'une fraude ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-8 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le père déclaré contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle remplit les conditions pour obtenir la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 ou L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour et une décision portant obligation de quitter le territoire français illégales.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 5 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.
Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 1er février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Michel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante camerounaise née le 11 septembre 1992, a déclaré être entrée en France le 15 août 2019. A la suite de la naissance de sa fille le 23 novembre 2020, laquelle a été reconnue par un ressortissant français, elle a sollicité le 6 mai 2021 son admission au séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 2 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est mère d'une fille, née le 23 novembre 2020, de nationalité française par filiation en raison de la reconnaissance de paternité effectuée le 17 août 2020 par un ressortissant français. Pour estimer que la demande d'admission au séjour de Mme C en qualité de parent d'enfant français était frauduleuse, le préfet s'est fondé sur l'absence de communauté de vie avec le père déclaré et le fait que ce dernier aurait reconnu au moins seize enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le père déclaré est marié à une autre femme et vit avec son épouse et ses enfants. Eu égard à ces circonstances et alors que les déclarations de l'intéressé et de Mme C sont concordantes quant à leur rencontre sur le territoire français, la nature adultère de leur relation et les circonstances dans lesquelles leur enfant a été conçu, le fait qu'ils n'aient jamais vécu ensemble ne saurait suffire à démontrer le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité en litige. En outre, le préfet se borne à affirmer que le père déclaré aurait reconnu au moins seize enfants sans apporter aucun élément de nature à corroborer cette allégation et sans apporter au demeurant aucune précision sur la période au cours de laquelle ces reconnaissances multiples auraient eu lieu ou sur le statut des mères concernées et alors qu'il n'est pas contesté qu'il est bien le père biologique de l'enfant de Mme C. Enfin, si la décision attaquée indique que le procureur de la République a été saisi le 30 mars 2022 en vue d'une enquête de paternité, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que cette saisine aurait donné lieu à l'engagement de poursuites ou à une condamnation pénale. Dans ces conditions, ni l'absence de vie commune du couple, ni l'affirmation non étayée du préfet selon laquelle le père déclaré serait à l'origine de reconnaissances multiples, ne sont de nature à caractériser l'existence d'une fraude dans la demande d'admission au séjour de Mme C en qualité de parent d'enfant français.
5. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le motif tiré de ce que la reconnaissance de paternité aurait un caractère frauduleux est entaché d'illégalité. Mais le préfet s'est également fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme C, sur le motif tiré de ce que le père déclaré ne contribuerait pas effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant et que l'admission au séjour de Mme C ne se justifiait pas au regard de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de l'enfant.
6. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 2 que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.
7. Il est constant qu'aucune décision de justice ne règle la question relative à la contribution de chacun des parents à l'entretien et à l'éduction de ce dernier. Il ressort des pièces du dossier que Mme C produit comme documents antérieurs à la décision contestée, attestant de la contribution du père déclaré à l'entretien de l'enfant, des preuves de transfert d'argent de 90 et 100 euros datés de juillet 2021, octobre 2021, novembre 2021, décembre 2021, janvier 2022 et février 2022, des billets de train au nom de Mme C pour des trajets aller/retour entre Toulouse et Paris sur les périodes de mai/juin 2021, septembre/octobre 2021 et janvier/février/mars/avril/mai 2022, des factures d'achat d'aliments, de vêtements et de médicaments pour nourrisson établies au nom du père déclaré entre mai 2021 et février 2022, des attestations du médecin de la direction départementale de la protection maternelle et infantile que le père était présent pour les consultations médicales de l'enfant au centre de protection maternelle et infantile les 3 mars 2021, 17 mars 2021 et 26 avril 2021, des attestations du frère et d'un ami de Mme C ainsi que des photographies. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les achats effectués entre mai 2021 et février 2022 ainsi que le versement entre juillet 2021 et février 2022 d'une pension alimentaire d'un montant variant de 90 à 100 euros présenteraient un montant et une périodicité suffisants en fonction des ressources du père déclaré et des besoins de l'enfant. En effet, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'apprécier ses propres ressources et celles du père déclaré et de déterminer si les besoins de l'enfant sont effectivement pourvus. Par ailleurs, si Mme C effectue des déplacements réguliers à Paris depuis mai 2021, il n'est pas établi que ces déplacements auraient pour objet de rendre visite au père déclaré et que celui-ci passerait du temps avec sa fille à ces occasions alors qu'il ressort de ses propres déclarations qu'elle est hébergée par un membre de sa famille quand elle s'y rend. A cet égard, les deux attestations produites, rédigées pour les besoins de la cause, et les photographies non datées sont dépourvues de valeur probante. Enfin, la légalité d'une décision administrative s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, les éléments produits par la requérante et postérieurs à la décision contestée du 2 juin 2022 sont sans influence sur sa légalité. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 et du premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que l'effectivité de la contribution du père de l'enfant de Mme C à son entretien et son éducation n'était pas établie.
8. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que, comme le prévoit le deuxième alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour de l'intéressée a été apprécié au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de l'enfant, le préfet ayant retenu que Mme C dispose de fortes attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et que l'enfant n'entretient aucun lien avec son père français. Il ressort de ce qui a été dit au point 7 qu'à la date de l'arrêté attaqué, le père déclaré ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le père et l'enfant entretiendraient des liens particuliers. En outre, si la requérante se prévaut de la présence d'un frère à Paris chez qui elle serait régulièrement hébergée, elle n'établit pas la réalité du lien de filiation entre eux alors qu'elle a indiqué être hébergée par un oncle lors de son entretien avec les services de la préfecture. La circonstance qu'elle serait installée de manière permanente chez son frère depuis décembre 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, l'intéressée, qui déclare être entrée en France le 15 août 2019 sans l'établir, n'allègue ni ne démontre être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas davantage méconnu les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que Mme C ne justifiait pas d'un droit au séjour au regard de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Eu égard aux motifs exposés au point 8 et eu égard notamment à la circonstance que Mme C ne justifie d'aucun obstacle à ce qu'elle puisse poursuivre sa vie familiale au Cameroun, accompagnée de son enfant âgée d'un an et demi à la date de l'arrêté attaqué, la requérante n'est pas fondée à soutenir la décision de refus de séjour contestée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. En troisième lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande de titre de séjour présentée uniquement sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre de séjour à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.
12. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office la possibilité de délivrer à Mme C un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne peut, par suite, utilement faire valoir que la décision de refus de titre de séjour méconnaîtrait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 désormais codifiées à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
14. Si le préfet a estimé que Mme C n'était pas protégée contre une mesure d'éloignement au regard du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la reconnaissance de son enfant mineur par un ressortissant français était entachée de fraude, il ressort de ce qui a été dit au point 4 que le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de l'enfant de Mme C n'est pas établi et ne peut donc être opposé à l'intéressée pour justifier le prononcé d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. La requérante, qui vit avec sa fille mineure de nationalité française et l'élève depuis la naissance, doit être regardée comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme C est fondée à demander l'annulation de cette décision. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. L'annulation des seules décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour à Mme C ni que sa demande de titre de séjour soit réexaminée. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Seignalet Mauhourat, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Seignalet Mauhourat de la somme de 1 250 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 2 juin 2022 est annulé en tant qu'il oblige MmeCt à quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi.
Article 2 : L'Etat versera à Me Seignalet Mauhourat une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Seignalet Mauhourat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme BCt, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Seignalet Mauhourat.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme A, magistrate honoraire,
Mme Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
L. MICHEL
Le président,
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026