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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301531

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301531

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, Mme A D, représentée par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à tout le moins une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au profit de son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- la signataire de l'acte est incompétente ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- la décision attaquée est illégale car elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2023.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 26 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka, rapporteur,

- et les observations de Me Renard, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante marocaine, déclare être entrée sur le territoire français le 8 avril 2018, munie d'un passeport revêtu d'un visa trente jours délivré par les autorités espagnoles. Le 20 décembre 2022, elle a sollicité son admission au séjour en France en qualité de conjointe de ressortissant français. Par l'arrêté attaqué en date du 21 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 31-2023-01-30-00015, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des prescriptions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Et aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, ne vivant pas en polygamie, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Ces dispositions sont applicables aux ressortissants marocains en vertu de l'article 9 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987.

5. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 412-1 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à un étranger marié avec un ressortissant de nationalité française est, en principe, subordonnée à la détention d'un visa de long séjour. En application des termes mêmes de l'article L. 423-2 du même code, il n'est dérogé à cette condition qu'en faveur d'un étranger " entré régulièrement " sur le territoire national.

6. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-1 aux motifs, non contestés, qu'elle ne détient pas de visa long séjour et qu'elle est entrée irrégulièrement sur le territoire français faute d'avoir souscrit à la déclaration obligatoire pour tout étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et en provenance directe d'un Etat partie à la convention Schengen. Le préfet pouvait, sur ces deux seuls motifs, refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour en qualité de conjointe de ressortissant français, le préfet de la Haute-Garonne a entaché la décision en litige d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, Mme D est entrée en France le 8 avril 2018, à l'âge de trente-et-un ans, sans justifier de sa présence habituelle sur le territoire national depuis cette date. Par ailleurs, si la requérante s'est mariée le 22 octobre 2022, soit seulement quatre mois avant la date de l'arrêté attaqué, avec un ressortissant français avec lequel elle indique vivre depuis le printemps 2021, les pièces versées au dossier permettent au mieux de justifier d'une communauté de vie depuis le mois de janvier 2022, soit treize mois à la date de la décision attaquée. En outre, l'intéressée ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle en France et si elle fait valoir que sa présence est essentielle pour l'éducation de la fille mineure de son époux, elle ne l'établit par la seule production d'une lettre datée du 1er septembre 2022 signée par les parents de sa belle-fille et attestant que celle-ci demeurait à la charge de son père et au domicile de ce dernier. Enfin, il est constant que Mme D dispose de la possibilité de régulariser sa situation en sollicitant auprès du consulat de France au Maroc la délivrance d'un visa correspondant à sa situation. Par suite, eu égard au caractère provisoire de la séparation des époux, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

9. La requérante, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour, n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. La requérante, n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Renard la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Renard.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme C, magistrate honoraire,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

Le rapporteur,

N. ZABKA

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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