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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301573

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301573

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2023, M. B A, représenté par Me Bachet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à tout le moins de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry,

-et les observations de Me Bachet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 26 avril 2000, est entré en France le 28 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour " mineur scolarisé " valable du 25 septembre 2017 au 24 novembre 2018. Il a été mis en possession d'un certificat de résidence d'un an en qualité d'étudiant le 22 septembre 2018, renouvelé jusqu'au 23 novembre 2021. M. A a sollicité le 31 mai 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 18 octobre 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-355 du 19 octobre 2022 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A et l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

7. Tout d'abord, en application des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation d'une demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence en qualité d'étudiant le 31 mai 2022, soit plus de six mois après la date d'expiration de son titre de séjour, survenue le 23 novembre 2021. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur de droit, opposer au requérant l'absence du visa de long séjour requis par les stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien.

9. Ensuite, il appartient au préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies par l'intéressé.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit pour l'année universitaire 2017-2018 en première année de licence " mécanique " à l'université Toulouse III Paul Sabatier. Le requérant n'a validé à l'issue de cette première année qu'une matière, et, après s'être réinscrit les trois années universitaires suivantes à la même formation, a été ajourné à l'issue de l'année universitaire 2018-2019, déclaré défaillant en 2019-2020 et ajourné à la fin de l'année universitaire 2020-2021. Ainsi, et même s'il a validé une matière la première année de son parcours et d'autres matières en 2020-2021, M. A n'a pas validé sa première année de licence après quatre années de formation. Si l'université lui a permis de s'inscrire en deuxième année de licence pour l'année universitaire 2021-2022, tout en poursuivant son cursus de première année, il ne justifie par aucun élément du sérieux de sa scolarité et des résultats obtenus. Si M. A soutient que sa scolarité aurait été perturbée par ses difficultés de santé, il n'en justifie pas par la seule production d'un certificat médical au demeurant non daté faisant état de ce qu'il présenterait une anxiété importante. Par suite, et sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de la circonstance que le préfet a précédemment renouvelé son titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation de la situation de M. A au regard des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

12. Si M. A soutient que la décision refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et violerait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision de refus de séjour attaquée. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que M. A est entré en France en septembre 2017, à l'âge de 17 ans et a été muni d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui ne lui donne pas vocation à demeurer en France. Célibataire et sans charge de famille, il ne justifie d'aucune attache privée et familiale sur le territoire français. Il n'établit pas non plus être isolé en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dès lors, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. A en qualité d'étudiant, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cette décision. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur dans l'appréciation de la situation du requérant au regard de ces stipulations doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

15. En second lieu, pour l'ensemble des motifs énoncés précédemment, et alors que M. A ne produit aucun élément à l'appui de la requête pour justifier de ce que la décision attaquée obèrerait ses chances d'obtenir son diplôme et de finaliser son projet professionnel, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation du requérant doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. Les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les dépens :

20. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bachet et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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