mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GUEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2023, M. E A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
-la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;
-cette décision, stéréotypée, est insuffisamment motivée ;
-étant convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse le 2 octobre 2023 pour une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, sa présence est donc indispensable et obligatoire et l'exécution de l'obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois qui lui est faite l'empêcherait de comparaître avec le risque d'être condamné par défaut ;
-la décision querellée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-en estimant que sa présence en France nécessite l'obtention d'un titre de séjour, le préfet a commis une erreur de droit et la décision contestée est par conséquent privée de base légale ;
-la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 200-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire supérieur à trente jours pour quitter le territoire, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 22 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 septembre 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Coutier,
-et les observations de Me Gueye, représentant M. A, qui a repris ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. A, né le 17 juillet 2004, de nationalité roumaine, demande l'annulation de l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision en date du 26 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a prononcé l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont dès lors sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le signataire de l'arrêté contesté, Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, bénéficiait d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de la Haute--Garonne en date du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, notamment pour ce qui concerne les décisions relatives aux refus de séjour et aux mesures d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet acte doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté fait mention des textes applicables à la situation de M. A, de la date et des conditions dans lesquelles celui-ci indique être entré en France et décrit de manière suffisamment détaillée l'examen de la situation personnelle et familiale de l'intéressé auquel a procédé le préfet. Ainsi, cet arrêté ne présente pas un caractère stéréotypé et est suffisamment motivé au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, la décision contestée a pour seuls objet et effet d'obliger M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours mais non pas de lui interdire d'y revenir ultérieurement. L'intéressé ne peut dès lors, et en tout état de cause, utilement soutenir que cette décision ferait obstacle à ce qu'il défère à la convocation devant le tribunal judiciaire de Toulouse dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité pour des faits de vol commis le 26 février 2023, convocation qui était fixée au 2 octobre 2023.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si M. A soutient qu'il vit en France depuis plusieurs mois avec son épouse en situation régulière sur le territoire national et fait valoir, de manière confuse, qu'il ou elle serait parent d'un enfant de 14 mois né à Toulouse le 12 Septembre 2019, ajoutant qu'il vit " avec son conjoint " depuis plus de deux ans, que toute sa famille et sa proche famille vivent en France, notamment à Toulouse, et qu'il a tissé des liens d'amitiés et de confraternité à Toulouse où il participe régulièrement aux différentes activités d'associations, il n'établit aucunement ces allégations, lesquelles apparaissent au demeurant en contrariété avec les déclarations qu'il a faites lors de son interpellation telles qu'elles ressortent des énonciations du procès-verbal d'audition en garde à vue établi par les services de police en date du 27 février 2023, lesquelles révèlent qu'il s'est dit, à cette date, hébergé par son frère depuis six mois dans une caravane installée dans un camp dans le quartier de Purpan à Toulouse après avoir séjourné dans plusieurs villes, à savoir Nice, Marseille et Bordeaux, qu'il a indiqué alors être marié depuis six mois avec une compatriote résidant en Roumanie, précisant par ailleurs que ses parents, un frère et une sœur résidaient également en Roumanie. M. A ne fait valoir en réalité aucune insertion particulière dans la société française, ne disposant selon ses affirmations d'autres sources de revenus que la mendicité et ayant indiqué ne pas comprendre, ni lire ni écrire, la langue française. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, au regard des buts poursuivis par l'administration, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; () ".
9. Il ne ressort pas des énonciations de la décision contestée, fondée notamment sur les dispositions précitées de l'article de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de la Haute-Garonne aurait estimé que la présence en France de M. A, qui est citoyen de l'Union européenne, nécessitait l'obtention d'un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit et aurait ainsi privé ladite décision de base légale doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 ; () ". Aux termes de l'article L. 200-2 du même code : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. / Les citoyens de l'Union européenne exercent le droit de circuler et de séjourner librement en France qui leur est reconnu par les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dans les conditions et limites définies par ce traité et les dispositions prises pour son application. ". Aux termes de l'article L. 200-6 dudit code : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. / Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. ".
11. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ;/ 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".
12. Si pour soutenir que l'arrêté contesté méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A se prévaut de ce qu'il est un citoyen européen arrivé récemment en France, que son casier judiciaire ne comporte aucune mention et que sa présence en présence en France ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, il n'établit cependant ni même n'allègue, alors qu'il ressort des énonciations du procès-verbal d'audition en garde à vue établi par les services de police en date du 27 février 2023 qu'il a déclaré être en France depuis 3 ou 4 ans et en particulier à Toulouse depuis 6 mois, qu'il satisferait à l'une des conditions posées à l'article L. 233-1 auxquelles est soumis tout citoyen de l'Union européenne pour se voir reconnaître le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. Il y a lieu, dès lors, d'écarter en tout état de cause le moyen.
13. En septième lieu, si M. A soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire supérieur à trente jours pour quitter le territoire, il ne fait état d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant qu'un délai supplémentaire lui soit accordé.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. En se bornant à invoquer, sans apporter la moindre précision, le fait qu'il risque sa vie en cas de retour en Roumanie au motif que des proches l'ont menacé de mort, M. A n'établit pas sérieusement que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.Es A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Gueye.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
M. Zabka, conseiller,
Mme C, magistrate honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
Le président rapporteur,
B. COUTIER
L'assesseur le plus ancien,
N. ZABKA
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026