mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301681 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | POUGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 mars et 11 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Pougault, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet s'est placé à tort dans une situation de compétence liée au regard de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires enregistrés les 31 juillet et 6 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant ghanéen né le 16 mars 1989, déclare être entré en France le 13 février 2021. Suite au rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 1er avril 2022, l'intéressé s'est vu notifier une mesure d'éloignement prise par le préfet de la Haute-Garonne le 20 mai 2022 qu'il n'a pas exécutée. Le 11 octobre 2022, M. A a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. A la suite de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet de la Haute-Garonne a, par une décision du 8 février 2023, refusé de l'admettre au séjour. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne n° 31-2023-041, le préfet de ce département a consenti une délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer notamment les décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. la décision attaquée vise les dispositions textuelles dont elle fait application, et notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Cette décision fait état des circonstances de fait à raison desquelles le préfet de la Haute-Garonne a estimé ne pas devoir faire droit à la demande de M. A de renouvellement de son titre de séjour, tenant notamment en l'avis du collège des médecins de l'OFII du 23 janvier 2023 et en ce que l'intéressé ne justifierait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dont il a besoin dans son pays d'origine. Cette décision, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A et qu'il se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Pour refuser d'admettre M. A au séjour, l'autorité préfectorale s'est notamment fondée sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII le 23 janvier 2023, qui indique que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour remettre en cause l'appréciation portée par l'administration sur son droit à obtenir un séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant, levant le secret médical, fait état de ce qu'il souffre d'une hépatite B chronique, d'une hypertension artérielle, d'un arrachement oculaire gauche, d'une déficience de l'œil droit et d'un syndrome post-traumatique et soutient qu'il bénéficie d'une surveillance hospitalière régulière pour l'hépatite B, d'un traitement médicamenteux pour l'hypertension artérielle, d'un suivi ophtalmologique pour ses yeux et d'un suivi psychologique accompagné d'un traitement médicamenteux pour son syndrome post-traumatique. Il produit à l'appui de ses affirmations le dossier médical confidentiel destiné au collège des médecins de l'OFII, plusieurs certificats médicaux de médecins généralistes et d'une psychologue en date des 15 novembre 2022 et 10 octobre 2023, ainsi qu'un rapport de situation de l'Organisation mondiale de la santé sur la prévention, les soins et le traitement de l'hépatite virale 2016/2021 dans la région africaine et une note sociale du 14 septembre 2023. S'il ressort de ces documents, et n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que les pathologies présentées par M. A nécessitent des suivis et examen médicaux, ils se bornent à faire état, au titre de l'accessibilité aux soins au Ghana, d'une part, de ce que le système de santé public est caractérisé par un sous-financement et que si la majorité des maladies peuvent être soignées, les services restent insuffisants, manquent de spécialistes et les médicaments ne sont pas toujours disponibles, d'autre part, s'agissant spécifiquement des pathologies présentées par M. A, que l'accessibilité à un suivi ophtalmologique ne suit pas les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et n'est pas comparable aux standard européens, que la prise en charge de la maladie hypertensive n'est pas accessible à tous, qu'il existe des difficultés pour le suivi des infections chroniques au virus de l'hépatite B et qu'eu égard au lien thérapeutique construit en France, un retour au pays du requérant ne ferait qu'activer le traumatisme. A ce titre, les documents produits ne suffisent pas à établir, de par leur caractère général et peu circonstancié, que les soins que l'état de santé de M. A requiert lui seraient inaccessibles et en particulier que le traitement qu'il suit ne serait pas commercialisé au Ghana ou que celui-ci ne serait pas substituable, et par suite, ne suffisent pas à infirmer l'appréciation portée par les médecins de l'OFII quant à la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant la décision attaquée. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour.
Sur les autres conclusions de la requête :
10. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Pougault et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La présidente-rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO
La première assesseure,
N. SODDU
La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026