vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. A C, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Vaucluse de procéder à la suppression de son inscription dans le système d'information Schengen sans délai ;
4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la préfète de Vaucluse n'a pas respecté, en amont de l'édiction de l'arrêté litigieux, la procédure contradictoire ; il n'a jamais été informé de la possibilité de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien ; or, il avait des informations à faire valoir, en particulier s'agissant de sa vie personnelle en France et de son intégration ;
- la décision attaquée méconnaît son droit d'être entendu, tiré des principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucune menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société n'est caractérisée ; sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que sa présence en France ne constitue pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;
- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire, fondée sur une décision illégale d'obligation de quitter le territoire, est dépourvue de base légale ;
- l'insuffisante motivation de la décision révèle l'absence de prise en compte de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de Vaucluse ne démontre pas que sa décision serait fondée sur l'urgence, condition requise par ces dispositions ;
En ce qui concerne portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la préfète de Vaucluse n'a pas respecté, en amont de l'édiction de l'arrêté litigieux, la procédure contradictoire ; il n'a jamais été informé de la possibilité de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien ; or, il avait des informations pertinentes à faire valoir ;
- la décision attaquée, fondée sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire sans délai, est dépourvue de base légale ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît son droit d'être entendu, tiré des principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucune menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société n'est caractérisée ;
- la préfète de Vaucluse a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Des pièces transmises par la préfète de Vaucluse ont été enregistrée le 31 mars 2023.
Des pièces présentées par M. C ont été enregistrées le 31 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les observations de Me Msika, substituant Me Laspalles, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève un moyen nouveau tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ; il précise en outre que M. C et sa mère ont quitté la Roumanie il y a environ 15 ans et qu'ils sont tous les deux présents en France depuis 4 à 5 ans, où ils sont travailleurs saisonniers ; la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que la présence de M. C en France ne constitue pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, dès lors qu'il travaille en tant que travailleur saisonnier ; il fait des cueillettes d'avril à octobre ; il perçoit actuellement une indemnité de pôle emploi ; sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ; sa mère a été interpellée avec des objets volés mais M. C était à l'extérieur du magasin et ne savais pas ce qui se passait ; il n'y a pas d'atteinte à un intérêt fondamental de la société ; si la sœur de M. C vit en Roumanie, le reste de sa famille réside à Perpignan ; il vit en France avec sa conjointe et ses deux enfants ; son dernier enfant est né en France ; il loue un appartement ; en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire, le délai d'un mois ne peut être réduit, pour les ressortissants de l'Union Européenne, qu'en cas d'urgence ; l'urgence n'est pas justifiée dans l'arrêté attaqué ; la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'y a pas de menace à l'ordre public ;
- et les observations de M. C, assisté de Mme D, interprète en langue roumaine, qui répond aux questions de la magistrate désignée et explique qu'il n'était pas au courant du vol de sa mère ; il pensait qu'elle faisait des achats ; il n'était pas complice ; s'il s'en va, il n'y aura personne pour subvenir aux besoins de sa famille.
- la préfète de Vaucluse n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant roumain né le 6 avril 2002 à Alexandria (Roumanie), a été interpellé le 27 mars 2023 à Sorgues (Vaucluse). Par un arrêté du 28 mars 2023, la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée d'un an. M. C a été placé au centre de rétention administrative de Cornebarrieu. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2023.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
3. Par un arrêté du 9 décembre 2022 publié le 14 décembre 2022 au recueil des actes administratifs n°84-2022-127, la préfète de Vaucluse a donné délégation à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture du Vaucluse et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. E B, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de Vaucluse, délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux culturels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 235-1, L. 233-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, la décision attaquée mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C. Elle précise en particulier qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes lui permettant de ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale, qu'il a été placé en garde à vue pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, ainsi que des éléments relatifs à sa situation familiale. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédures administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger citoyen de l'Union européenne l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, ainsi que les décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et l'interdit de circuler sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, de même que les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient que les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 de ce code n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations, ne peuvent être utilement invoquées par M. C à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 27 mars 2023, que M. C a été entendu par les services de gendarmerie alors qu'il était placé en garde à vue, préalablement à l'édiction de la décision en litige. Il a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une éventuelle mesure d'éloignement à destination du pays dont il a la nationalité et a été invité présenter des observations. Il a au demeurant déclaré, à cette occasion, qu'il ne souhaitait pas retourner dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure au regard de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. En l'espèce, M. C soutient que son droit d'être entendue a été méconnu. Toutefois, d'une part, ainsi que cela a été mentionné au point 5, il ressort du procès-verbal d'audition du 27 mars 2023 que M. C a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une éventuelle mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine et a été invité à présenter des observations. D'autre part et en tout état de cause, le requérant ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été privé de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen invoqué doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes même de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de prononcer la mesure en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 235-1 de ce code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, () d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV ".
10. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
11. Pour faire obligation à M. C de quitter le territoire le français, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur deux motifs, l'un tenant à l'absence de justification d'un droit au séjour au sens du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autre tenant à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° du même article.
12. D'une part, la préfète de Vaucluse a estimé que le comportement de M. C constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, au motif qu'il avait été interpellé dans le cadre d'une enquête de flagrance et placé en garde à vue pour des faits vol aggravé par deux circonstances. Il ressort du procès-verbal d'investigation joint au dossier qu'après l'interpellation de la mère de M. C dans un magasin d'une zone commerciale à Sorgues le 27 mars 2023 pour des faits de vol à l'étalage portant sur des produits d'un montant total de 141,10 euros, M. C a été lui-même interpellé par la gendarmerie dans son véhicule, garé sur le parking, où il attendait sa mère. Les gendarmes ont découvert dans le véhicule des vêtements et des chaussures provenant d'un autre magasin situé à proximité, dont les étiquettes avaient été découpées, d'un montant total de 291,57 euros. Néanmoins M. C, qui avait déjà indiqué lors de l'audition du 27 mars 2023 qu'il ne reconnaissait pas le vol en réunion, conteste, dans le cadre de la présente instance, avoir participé aux vols commis par sa mère. En outre, sa participation à l'infraction de vol à l'étalage, à la supposer établie, n'est pas de nature, à elle seule, à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dans ces conditions, en estimant que le comportement de M. C constituait une telle menace pour décider de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire, la préfète de Vaucluse a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
13. D'autre part, le requérant a déclaré lors de l'audience qu'il était présent sur le territoire français " depuis quatre ou cinq ans ". Eu égard à ses déclarations, et alors qu'il n'apporte aucun élément de nature à justifier de la date exacte de son arrivée sur le territoire français, il est constant que l'intéressé séjournait en France depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué. A cet égard, si le requérant soutient que sa présence en France ne constituerait pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, il ressort néanmoins du procès-verbal d'audition que M. C, qui a déclaré vivre avec ses parents, son épouse et ses deux enfants mineurs, a précisé que ses parents ne travaillaient pas et que lui-même et son épouse étaient sans revenu, le couple ayant pour seules ressources des économies à hauteur de 1500 euros et les allocations chômage de M. C d'un montant de 26 euros par jour. M. C a par ailleurs indiqué, lors de cette audition, qu'il n'avait pas travaillé depuis octobre 2022. Il ressort par ailleurs des pièces produites à l'audience que le dernier contrat de travail saisonnier du requérant, conclu pour des travaux de cueillette de fruits, a pris fin le 30 septembre 2022. Dans ces conditions, la préfète de Vaucluse a pu édicter, à bon droit, une mesure d'éloignement à l'encontre de M. C sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'un droit au séjour en France tel que prévu par l'article L. 233-1 du même code, dès lors qu'il était sans emploi à la date de l'arrêté attaqué et qu'il ne disposait pas, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Ainsi, si le moyen tiré de l'absence de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société apparaît fondé, il résulte toutefois de l'instruction que la préfète de Vaucluse aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul motif tiré de l'absence de droit au séjour en France tel que prévu par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. En l'espèce, si M. C se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis quatre à cinq ans, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir la durée de son séjour. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. C, qui indique vivre en France avec son épouse, ses deux enfants mineurs et ses parents, n'exerçait plus d'activité professionnelle depuis six mois à la date de la décision attaquée et ne justifie pas de ressources suffisantes pour lui et les membres de sa famille. M. C soutient que son deuxième enfant, âgé de deux ans, est né en France. Néanmoins, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. C se reconstitue, avec son épouse et ses enfants de nationalité roumaine, dans leur pays d'origine. En outre, si le requérant fait valoir qu'il a quitté la Roumanie à l'âge de cinq ans et que ses quatre oncles vivent à Perpignan, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Roumanie où vivent notamment sa sœur et son beau-frère. Enfin, M. C ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, compte tenu des conditions et de la durée de son séjour, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de M. C doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
17. Aux termes de l'article 27 de la directive du 29 avril 2004 : " 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union ou d'un membre de sa famille, quelle que soit sa nationalité, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique. Ces raisons ne peuvent être invoquées à des fins économiques ". Aux termes de l'article 30 de cette directive : " 1. Toute décision prise en application de l'article 27, paragraphe 1, est notifiée par écrit à l'intéressé dans des conditions lui permettant d'en saisir le contenu et les effets. / () / La notification comporte l'indication de la juridiction ou de l'autorité administrative devant laquelle l'intéressé peut introduire un recours ainsi que du délai de recours et, le cas échéant, l'indication du délai imparti pour quitter le territoire de l'État membre. Sauf en cas d'urgence dûment justifié, ce délai ne peut être inférieur à un mois à compter de la date de notification ". Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
18. La décision attaquée, par laquelle la préfète de Vaucluse a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, ne comporte pas les motifs pour lesquels la préfète a considéré qu'une urgence justifiait de réduire le délai de trente jours prévus par les dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué, qui ne fait aucunement mention de l'urgence, indique au demeurant, de façon contradictoire dans ses motifs, que l'intéressé dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours pour organiser son départ. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse n'a pas satisfait à l'obligation de motivation de la décision portant refus de délai de départ volontaire et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
19. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
20. Ainsi que cela a été mentionné au point 12, la préfète de Vaucluse ne pouvait légalement se fonder sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français, en l'absence de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par voie de conséquence, la décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 28 mars 2023 en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et prononce une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique que la préfète de Vaucluse procède, sans délai à compter de la notification du présent jugement, à l'effacement du signalement de M. C aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur les dépens :
23. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, ces conclusions sont sans objet.
Sur les frais liés au litige :
24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
DECIDE :
Article 1er: M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, contenues dans l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 28 mars 2023, sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de procéder à la suppression du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai.
Article 4 : L'Etat versera, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros à Me Laspalles, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application desdites dispositions. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : En application des dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. C qu'il est obligé de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera éventuellement fixé par l'autorité administrative.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Laspalles et à la préfète de Vaucluse.
Lu en audience publique le 31 mars 2023.
La magistrate désignée,
F. NEGRE LE GUILLOU Le greffier
B. GALAND
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026