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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301689

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301689

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, Mme E B, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de procéder à la suppression de son inscription dans le système d'information Schengen sans délai ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la préfète de Vaucluse n'a pas respecté, en amont de l'édiction de l'arrêté litigieux, la procédure contradictoire ; elle n'a jamais été informée de la possibilité de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien ; or, elle avait des informations à faire valoir, en particulier s'agissant de sa vie personnelle en France et de son intégration ;

- la décision attaquée méconnaît son droit d'être entendue, tiré des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucune menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société n'est caractérisée ; sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 et des articles L. 233-1 et L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est arrivée sur le territoire français il y a deux semaines ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire, fondée sur une décision illégale d'obligation de quitter le territoire, est dépourvue de base légale ;

- l'insuffisante motivation de la décision révèle l'absence de prise en compte de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de Vaucluse ne démontre pas que sa décision serait fondée sur l'urgence, condition requise par ces dispositions ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la préfète de Vaucluse n'a pas respecté, en amont de l'édiction de l'arrêté litigieux, la procédure contradictoire ; elle n'a pas été informée de la possibilité de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien ; or, elle avait des informations pertinentes à faire valoir ;

- la décision attaquée, fondée sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire sans délai, est dépourvue de base légale ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît son droit d'être entendue, tiré des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucune menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société n'est caractérisée ;

- la préfète du Vaucluse a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Des pièces transmises par la préfète de Vaucluse ont été enregistrée le 31 mars 2023.

Des pièces présentées par Mme B ont été enregistrées le 31 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Msika, substituant Me Laspalles, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève des moyens nouveaux tirés, d'une part, de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, d'autre part, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que la présence de Mme B en France ne constitue pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, dès lors qu'elle travaille en tant que travailleur saisonnier ; elle fait des cueillettes d'avril à octobre ; il précise en outre que Mme B et son fils ont quitté la Roumanie il y a environ 15 ans et qu'ils sont tous les deux présents en France depuis 4 à 5 ans, où ils sont travailleurs saisonniers ; sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ; elle a été interpellée avec des objets volés mais il s'agit d'un vol simple, sans circonstance aggravante ; il n'y a pas d'atteinte à un intérêt fondamental de la société ; si le grand-père et la fille de Mme B vivent en Roumanie, le reste de sa famille réside à Perpignan ; elle vit en France avec son conjoint, son fils, sa belle-fille et ses deux petits-enfants ; son deuxième petit-fils est né en France ; en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire, le délai d'un mois ne peut être réduit, pour les ressortissants de l'Union Européenne, qu'en cas d'urgence ; l'urgence n'est pas justifiée dans l'arrêté attaqué ; la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'y a pas de menace à l'ordre public ;

- et les observations de Mme B, assistée de Mme C, interprète en langue roumaine, qui répond aux questions de la magistrate désignée et explique qu'elle veut rester sur le territoire français ; elle y a toute sa famille, un travail et des revenus pour subvenir à ses besoins.

- la préfète de Vaucluse n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante roumaine née le 9 octobre 1983 à Calasari (Roumanie), a été interpellée le 27 mars 2023 à Sorgues (Vaucluse). Par un arrêté du 28 mars 2023, la préfète de Vaucluse l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée d'un an. Mme B a été placée au centre de rétention administrative de Cornebarrieu. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2023.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. Par un arrêté du 9 décembre 2022 publié le 14 décembre 2022 au recueil des actes administratifs n°84-2022-127, la préfète de Vaucluse a donné délégation à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D A, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de Vaucluse, délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux culturels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 235-1, L. 233-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, la décision attaquée mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B. Elle précise en particulier qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes lui permettant de ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale, qu'elle a été placée en garde à vue pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, ainsi que des éléments relatifs à sa situation familiale. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédures administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger citoyen de l'Union européenne l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, ainsi que les décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et l'interdit de circuler sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, de même que les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient que les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 de ce code n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations, ne peuvent être utilement invoquées par Mme B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 27 mars 2023, que Mme B a été entendue par les services de gendarmerie alors qu'elle était placée en garde à vue, préalablement à l'édiction de la décision en litige. Elle a été informé de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une éventuelle mesure d'éloignement à destination du pays dont elle a la nationalité et a été invitée présenter des observations. Elle a au demeurant déclaré, à cette occasion, qu'elle ne souhaitait pas retourner dans son pays d'origine, que sa famille était en France et qu'elle avait un contrat pour commencer à travailler le mois prochain. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure au regard de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, Mme B soutient que son droit d'être entendue a été méconnu. Toutefois, d'une part, ainsi que cela a été mentionné au point 5, il ressort du procès-verbal d'audition du 27 mars 2023 que Mme B a été informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une éventuelle mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine et a été invitée à présenter des observations. D'autre part et en tout état de cause, la requérante ne démontre pas qu'elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été privée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes même de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant de prononcer la mesure en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 235-1 de ce code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, () d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV ".

10. Mme B soutient dans sa requête que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 et des articles L. 233-1 et L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est arrivée sur le territoire français il y a deux semaines. Néanmoins, la requérante a indiqué lors de l'audience que ces déclarations étaient erronées et qu'elle était présente sur le territoire français depuis quatre ou cinq ans. Dans ces conditions, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressée sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

12. En l'espèce, pour faire obligation à Mme B de quitter le territoire le français, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur deux motifs, l'un tenant à l'absence de justification d'un droit au séjour au sens du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autre tenant à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° du même article.

13. D'une part, la préfète de Vaucluse a estimé que le comportement de Mme B constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, au motif qu'elle avait été interpellée dans le cadre d'une enquête de flagrance et placée en garde à vue pour des faits vol aggravé par deux circonstances. Il ressort du procès-verbal d'investigations joint au dossier que Mme B a été interpellée dans un magasin situé dans une zone commerciale à Sorgues le 27 mars 2023 pour des faits de vol à l'étalage portant sur des produits d'un montant total de 141,10 euros. Par ailleurs, un sac contenant des vêtements et des chaussures provenant d'un magasin situé à proximité, d'un montant total de 291,57 euros et dont les étiquettes avaient été découpées, a été découvert par les gendarmes dans un véhicule garé sur le parking, à l'intérieur duquel le fils de la requérante attendait sa mère. Toutefois, l'infraction de vol à l'étalage n'est pas de nature, à elle seule, alors que Mme B n'avait jamais fait l'objet de condamnation et qu'elle conteste les deux circonstances aggravantes, à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dans ces conditions, en estimant que le comportement de Mme B constituait une telle menace pour décider de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire, la préfète de Vaucluse a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

14. D'autre part, la requérante a déclaré lors de l'audience qu'elle résidait sur le territoire français " depuis quatre ou cinq ans ". Eu égard à ses déclarations, et alors qu'elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de la date exacte de son arrivée sur le territoire français, il est constant que l'intéressée séjournait en France depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué. A cet égard, si la requérante soutient que sa présence en France ne constituerait pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, il ressort néanmoins du procès-verbal d'audition que Mme B, qui a déclaré vivre avec son conjoint, ses deux fils majeurs, sa belle-fille et ses deux petits-enfants mineurs, a précisé qu'elle ne travaillait pas, qu'elle percevait les allocations chômage à hauteur de 550 euros par mois sans toutefois établir la réalité du montant perçu, et qu'elle devait payer un loyer de 620 euros. Si Mme B a par ailleurs indiqué, lors de cette audition, qu'elle " était attendue au travail le mois prochain ", elle ne produit en tout état de cause aucun contrat de travail à l'appui de ses allégations. Il ressort par ailleurs des pièces produites à l'audience que le dernier contrat de travail saisonnier de Mme B, conclu pour des travaux de cueillette de fruits, a pris fin en septembre 2022. Dans ces conditions, la préfète de Vaucluse a pu édicter, à bon droit, une mesure d'éloignement à l'encontre de Mme B sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressée ne justifiait pas d'un droit au séjour en France tel que prévu par l'article L. 233-1 du même code, dès lors qu'elle était sans emploi à la date de l'arrêté attaqué et qu'elle ne disposait pas, pour elle et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Ainsi, si le moyen tiré de l'absence de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société apparaît fondé, il résulte toutefois de l'instruction que la préfète de Vaucluse aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul motif tiré de l'absence de droit au séjour en France tel que prévu par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. En l'espèce, si Mme B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis quatre à cinq ans, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir la durée de son séjour. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme B, qui indique vivre en France avec son conjoint, ses deux fils majeurs, sa belle-fille et ses deux petits-enfants mineurs, n'exerçait plus d'activité professionnelle depuis six mois à la date de la décision attaquée et ne justifie pas de ressources suffisantes pour elle et les membres de sa famille. En outre, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme B se reconstitue avec son conjoint et ses enfants de nationalité roumaine dans son pays d'origine. Par ailleurs, si la requérante fait valoir qu'elle a quitté la Roumanie il y a vingt ans et que sa sœur réside en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Roumanie où vivent notamment sa fille et ses grands-parents. Enfin, Mme B ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, compte tenu des conditions et de la durée de son séjour, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme B n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. En huitième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de Mme B doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

18. Aux termes de l'article 27 de la directive du 29 avril 2004 : " 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union ou d'un membre de sa famille, quelle que soit sa nationalité, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique. Ces raisons ne peuvent être invoquées à des fins économiques ". Aux termes de l'article 30 de cette directive : " 1. Toute décision prise en application de l'article 27, paragraphe 1, est notifiée par écrit à l'intéressé dans des conditions lui permettant d'en saisir le contenu et les effets. / () / La notification comporte l'indication de la juridiction ou de l'autorité administrative devant laquelle l'intéressé peut introduire un recours ainsi que du délai de recours et, le cas échéant, l'indication du délai imparti pour quitter le territoire de l'État membre. Sauf en cas d'urgence dûment justifié, ce délai ne peut être inférieur à un mois à compter de la date de notification ". Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

19. La décision attaquée, par laquelle la préfète de Vaucluse a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B, ne comporte pas les motifs pour lesquels la préfète a considéré qu'une urgence justifiait de réduire le délai de trente jours prévus par les dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué ne fait aucunement mention de l'urgence justifiant la suppression de ce délai. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la préfète de Vaucluse n'a pas satisfait à l'obligation de motivation de la décision portant refus de délai de départ volontaire et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

21. Ainsi que cela a été mentionné au point 13, la préfète de Vaucluse ne pouvait légalement se fonder sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour faire obligation à Mme B de quitter le territoire français, en l'absence de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par voie de conséquence, la décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 28 mars 2023 en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et prononce une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique que la préfète du Vaucluse procède, sans délai à compter de la notification du présent jugement, à l'effacement du signalement de Mme B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Sur les dépens :

24. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, ces conclusions sont sans objet.

Sur les frais liés au litige :

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

DECIDE :

Article 1er : Mme E B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, contenues dans l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 28 mars 2023, sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de procéder à la suppression du signalement de Mme B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai.

Article 4 : L'Etat versera, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros à Me Laspalles, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application desdites dispositions. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : En application des dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à Mme B qu'elle est obligée de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera éventuellement fixé par l'autorité administrative.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à Me Laspalles et à la préfète de Vaucluse.

Lu en audience publique le 31 mars 2023.

La magistrate désignée,

F. NEGRE LE GUILLOU Le greffier

B. GALAND

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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