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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301698

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301698

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le rejet de sa demande de carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Le tribunal a jugé que la décision de refus, fondée sur l'absence d'un titre de séjour de cinq ans requis par l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure (issu de la loi du 25 mai 2021), était légale. Il a considéré que cette nouvelle condition légale, entrée en vigueur avant l'examen de sa demande, s'appliquait à sa situation, rendant sans objet son moyen tiré de l'autorisation préalable obtenue antérieurement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, M. B... A..., représenté par Me Broca, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision de la Commission nationale d’agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité portant rejet implicite de son recours contre la décision du 22 décembre 2021 de la commission locale d’agrément et de contrôle du Sud-Ouest refusant de lui délivrer une carte professionnelle ;

2°) d’enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée ou, à tout le moins, qu’il réexamine sa situation, dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que, à la date du dépôt de sa demande de carte professionnelle, les dispositions de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure n’imposaient pas que le ressortissant étranger dispose d’un titre de séjour depuis au moins cinq ans pour obtenir une carte professionnelle ; une autorisation préalable lui a été délivrée le 14 avril 2021.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 1er février 2023.


Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les dispositions nouvelles de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, introduites par la loi n° 2021-646 du 25 mai 2021, sont entrées en vigueur le 27 mai 2021 et s’appliquent aux situations en cours à cette date, sans que les principes de non-rétroactivité et de sécurité juridique ne puissent être valablement invoqués ;
- la circonstance que M. A... s’est vu délivrer une autorisation préalable en application de la législation antérieure est sans incidence sur la légalité de la décision ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.


Par ordonnance du 24 janvier 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 27 février 2025, à 12 heures.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lejeune,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :


Le 25 novembre 2021, M. A... a présenté une demande de carte professionnelle auprès de la commission locale d’agrément et de contrôle du Sud-Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité. Par décision du 22 décembre 2021, cette commission a refusé de délivrer à M. A... une carte professionnelle. Par courrier du 24 février 2022, réceptionné le 28 février suivant, M. A... a présenté un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale des activités privées de sécurité. En l’absence de réponse, une décision implicite de rejet de son recours est née le 28 avril 2022. M. A... conteste cette dernière décision devant le présent tribunal.

Sur le champ du litige :

Aux termes de l’article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : « Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. » Aux termes de l’article R. 633-9 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : « Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission locale d'agrément et de contrôle concernée. »

Aux termes de l’article R. 632-11 du même code : « La Commission nationale d'agrément et de contrôle : / 1° Veille au respect des orientations générales fixées par le collège ainsi qu'à la cohérence des décisions des commissions régionales ou interrégionales ; / 2° Statue sur les recours administratifs préalables formés à l'encontre des décisions des commissions régionales et interrégionales, sur le fondement de l'article L. 633-3. / Elle rend compte de son activité au collège. » Aux termes de l’article R. 632-12 de ce code : « La Commission nationale d'agrément et de contrôle se réunit sur convocation de son président, qui fixe l'ordre du jour. / Elle ne peut valablement délibérer que si, pour la moitié au moins, ses membres sont présents ou représentés à la séance. Si le quorum n'est pas atteint, la commission est à nouveau convoquée sur le même ordre du jour dans un délai de huit jours. Elle délibère alors sans condition de quorum. / Les décisions sont prises à la majorité des membres présents ou représentés. En cas de partage égal des voix, celle du président est prépondérante. / Les membres désignés au 2° de l'article R. 632-9 peuvent donner, par écrit, mandat à un autre membre de la Commission nationale désigné au 1° ou au 2° du même article de les représenter à une séance. Chaque membre ne peut recevoir qu'un seul mandat. / Le président du collège et le délégué ministériel aux partenariats, aux stratégies et aux innovations de sécurité au ministère de l'intérieur assistent aux séances de la Commission nationale d'agrément et de contrôle, hors formation de recours, avec voix consultative. / Le président de la Commission nationale peut appeler le directeur de l'agence centrale des organismes de sécurité sociale ou son représentant à participer aux séances avec voix consultative. »

Aux termes de l’article L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : (…) 2° Lorsque la demande (…) présente le caractère (…) d'un recours administratif. »

En raison des pouvoirs conférés à la commission nationale d’agrément et de contrôle par l’article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent aux décisions des commissions régionales ou interrégionales d’agrément et de contrôle.

Sur la légalité de la décision attaquée :

Aux termes de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable à compter du 1er mai 2022 : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / (…) / 4° Pour un ressortissant étranger, s'il ne dispose pas d'un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité sur le territoire national après consultation des traitements de données à caractère personnel relevant des dispositions des articles R. 142-11 et R. 142-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés ; / 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour / (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que la demande de carte professionnelle présentée par M. A..., de nationalité tchadienne, a été enregistrée par la commission locale d’agrément et de contrôle le 25 novembre 2021. A cette date, il était titulaire d’un titre de séjour en qualité d’étudiant depuis le mois d’octobre 2020. Si, à la date du dépôt de sa demande de délivrance d’une carte professionnelle, les dispositions de l’article L. 612-20 ancien du code de la sécurité intérieure n’exigeaient pas que le ressortissant étranger désirant participer à une activité privée de sécurité soit titulaire d’un titre de séjour depuis au moins cinq ans, les dispositions de l’article L. 612-20 de ce code l’exigent désormais, depuis l’entrée en vigueur de leur modification le 27 mai 2021. Ces dispositions sont applicables aux demandes en cours à la date de leur entrée en vigueur, comme en l’espèce.

Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision qu’il attaque serait entachée d’illégalité au motif qu’à la date de dépôt de sa demande de carte professionnelle il n’était pas soumis à l’obligation de détention d’un titre de séjour depuis au moins cinq années. Il suit de là que les conclusions présentées par M. A... à fin d’annulation de la décision de la Commission nationale d’agrément et de contrôle rejetant implicitement son recours contre la décision du 22 décembre 2021 de la commission locale d’agrément et de contrôle du Sud-Ouest sont rejetées, ainsi que ses conclusions présentées à fin d’injonction.

Sur les frais de l’instance :

L’Etat n’étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n’y a pas lieu de mettre une somme à sa charge au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.B...i A... et au Conseil national des activités privées de sécurité.


Délibéré après l'audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,
Mme Cuny, conseillère,
Mme Lejeune, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.

La rapporteure,

A. LEJEUNE
Le président,

CLEN


La greffière,




F. SOLANA


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière en chef,




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