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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301754

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301754

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 31 mars et 28 novembre 2023, M. E A, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de sa signataire ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de communication par le préfet de la Haute-Garonne de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne lui permettant pas d'en vérifier la régularité ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 juillet 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant centrafricain né le 26 mai 1988, déclare être entré sur le territoire français le 7 février 2017. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision du 22 novembre 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par une décision du 16 juillet 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. A la suite de son interpellation par les services de police le 18 avril 2022, M. A a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 19 avril 2022, portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Cet arrêté, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 17 juin 2022 et par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Toulouse du 10 mars 2023, n'a pas été exécutée. M. A a sollicité son admission au séjour le 4 octobre 2022 en raison de son état de santé. Par une décision du 16 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, et signataire de la décision contestée, bénéficie d'une délégation du préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, n° 31-2023-041, pour signer notamment les décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 16 février 2023 fait état des circonstances de fait à raison desquelles le préfet de la Haute-Garonne a estimé ne pas devoir faire droit à la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour, considérant notamment, au vu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 24 janvier 2023, que l'intéressé ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dont il a besoin dans son pays d'origine. Cette décision, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait qui en constitue le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'une insuffisance de motivation en fait. Il résulte de la motivation même de la décision en litige que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, si M. A soutient que l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 24 janvier 2023 entache d'un vice de procédure la décision attaquée, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à l'autorité préfectorale de communiquer cet avis au requérant. Au demeurant, cet avis, qui a été produit en défense par le préfet de la Haute-Garonne, a été communiqué au requérant dans le cadre de la présente instance. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. A, le préfet de la Haute-Garonne s'est appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 24 janvier 2023, indiquant que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays où il est originaire, pays vers lequel il peut voyager sans risque.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a levé le secret médical, souffre d'une pathologie psychiatrique sévère ayant donné lieu à une hospitalisation d'office pendant plusieurs semaines entre décembre 2021 et janvier 2022. Il ressort également des pièces du dossier et en particulier de certificats médicaux produits établis par une médecin généraliste les 24 mai, 2 novembre 2022, 29 mars 2023, et par un médecin psychiatre le 18 août 2023, dont il n'est pas contesté qu'ils révèlent une situation de fait existante à la date d'édiction de la décision en litige même si certains sont postérieurs, que M. A fait l'objet d'un suivi pluridisciplinaire et d'un traitement antipsychotique par risperidone, lormetazepam et loxapac. Toutefois, ces seuls certificats, qui se bornent à faire état de ce que " la situation en Centre-Afrique ne permet pas d'assurer une continuité de soins ", dès lors que " l'accès au soins et la qualité des services de soins () n'est pas comparable au standard européenne " ne sont pas de nature à établir que le requérant serait astreint à un suivi médicamenteux qui ne serait pas disponible dans son pays d'origine, que ce soit par les médicaments invoqués ou sous la forme de tout autre médicament substituable, ni même qu'il ne pourrait faire l'objet d'un suivi thérapeutique adapté à son état de santé. Si les sources documentaires produites mentionnent un service non optimal du traitement des soins de santé mentale par une équipe médicale exerçant à l'hôpital psychiatrique de Bangui, aggravé par des conflits armés sévissant sur le territoire, ces documents ne suffisent pas, eu égard à leur caractère général, impersonnel et pour certains d'entre eux anciens, à remettre en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, dont le préfet s'est approprié les termes. Enfin, si le requérant soutient qu'il ne disposerait pas des ressources nécessaires pour se procurer ses médicaments, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Si M. A soutient qu'il séjourne en France depuis février 2017, il ressort des pièces du dossier que l'ancienneté de ce séjour est due, après le rejet de sa demande d'asile, au maintien de l'intéressé sur le territoire national en dépit d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par arrêté préfectoral du 19 avril 2022. En outre, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille en France, n'apporte aucun élément permettant d'attester qu'il aurait tissé le moindre lien social en France, ni qu'il y ferait l'objet d'une quelconque intégration. S'il se prévaut de la présence en France de son frère qui l'aiderait dans ses démarches et au domicile duquel il vivrait, il n'apporte aucun élément de nature à justifier de l'intensité des liens dont il se prévaut. A l'inverse, il est constant que M. A dispose toujours d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans et ou y résident toujours ses deux enfants mineurs, nés en 2007 et 2011. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision préfectorale attaquée du 16 février 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au profit de son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Brel et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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