jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301870 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RAMONDENC NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, le département de la Haute-Garonne, représenté par Me Grzelczyk, demande à la juge des référés :
1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la société Kalitec Génie Climatique à lui payer une somme provisionnelle de 591 152,40 euros TTC ;
2°) de mettre à la charge de la société Kalitec Génie Climatique une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en 2013, en sa qualité de maître d'ouvrage, il a lancé une opération de reconstruction du collège G. Chaumeton situé à L'union.
- au terme de la procédure de publicité et de mise en concurrence, le groupement d'entreprises conjoint Kalitec Génie Civil (mandataire solidaire) / INTELEC / INTELEC Industrie a été désigné attributaire du macro-lot n° 6 Electricité courants forts et faibles - chauffage - ventilation - désenfumage - GTC - PBS - équipements salles spécialisées, pour un montant global et forfaitaire de 1 959 962,22 euros HT, soit 2 351 954,66 euros TTC ;
- à compter de la réception des travaux de reconstruction du collège, la société Kalitec Génie Climatique était chargée des opérations de maintenance sur les équipements relatifs au sous-lot 06-02 (chauffage - ventilation - désenfumage - GTC - PBS) pour une durée de 24 mois ;
- après une réception avec réserve, la levée des réserves est intervenue le 15 février 2018 ;
- dès 2019, le département a constaté de nombreuses fuites d'eau de chauffage sur le réseau du bâtiment externat, donnant lieu à diverses interventions ;
- des premières investigations diligentées en 2020 ont permis de confirmer un nombre anormal de traces de corrosion et de micro-fuites sur les réseaux, notamment au niveau des raccords aux panneaux rayonnants ;
- l'hypothèse d'un phénomène de pile électrique a été émise ainsi qu'une mauvaise qualité du liquide caloporteur ;
- sur requête du département, un expert a été désigné par le juge des référés du tribunal administratif, qui a rendu son rapport le 22 juin 2022 ;
- l'expert conclut que l'origine technique du sinistre se situe essentiellement lors de la mise en service puis durant les premières années de fonctionnement du système de chauffage ;
- il retient la responsabilité exclusive de la société Kalitec Génie Climatique ;
- il a chiffré les préjudices à 435 876 euros TTC pour les travaux, 18 000 euros pour les aléas pendant les travaux, 9 000 euros pour la surveillance et le traitement de l'eau, 37 660,80 euros pour la location de salles de classe, soit 500 536,80 euros TTC pour les seuls travaux et 591 152,40 euros TTC en tenant compte des autres préjudices ;
- les dommages engagent la responsabilité décennale de la société Kalitec Génie Climatique ;
- les désordres affectant l'ouvrage sont de nature à rendre le bâtiment impropre à sa destination et à compromettre sa solidité ;
- l'action est engagée avant l'expiration du délai de dix ans à compter de la réception des travaux ;
- par mail du 3 octobre 2022, le conseil de la société Kalitec Génie Climatique informait le département que la SMABTP, en sa qualité d'assureur responsabilité décennale, acceptait de verser une indemnisation mais uniquement à hauteur de 540 892,15 euros ;
- il a adressé le 21 novembre 2022 une contre-proposition à la société Kalitec Génie Climatique acceptant de renoncer à l'indemnisation du préjudice chiffré à 9 600 euros TTC et lié à la mobilisation des techniciens avant et pendant l'expertise, ce qui impliquait le versement par la société Kalitec Génie Climatique de la somme de 581 552,40 euros TTC ;
- toutefois, par mail du 22 décembre 2022, la SMABTP maintenait sa position selon laquelle l'indemnisation ne pouvait excéder 543 891,60 euros TTC, montant calculé comme suit : 591 152,40 euros TTC - (37 660,80 euros TTC + 9 600 euros TTC) ;
- les conclusions de l'expert donnent un fondement non sérieusement contestable à sa créance de 591 152,40 euros TTC ;
- les postes liés à la location de modulaires pendant la durée des travaux et à la mobilisation des techniciens avant et pendant l'expertise étant contestés mais sans aucun argument tangible ;
- compte-tenu des contraintes techniques liées à la réalisation de travaux en site occupé et à l'impératif lié au maintien de l'activité d'enseignement pour les 800 élèves fréquentant le collège, le département a dû procéder à la location de deux modulaires ;
- la mise en place des deux modulaires a permis de restreindre les gênes et les perturbations au sein de l'établissement et de limiter la durée du chantier à huit mois et ainsi ne pas impacter une nouvelle saison de chauffe avec des discontinuités de service liées aux fuites.
La requête a été communiquée à la société Kalitec Génie Climatique, qui n'a pas présenté d'observations.
Par ordonnance en date du 19 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Le département de la Haute-Garonne a décidé de reconstruire le collège G. Chaumeton à L'union. Le lot n° 6 du marché, Electricité courants forts et faibles - chauffage - ventilation - désenfumage - GTC - PBS - équipements salles spécialisées a été confié au groupement d'entreprises conjoint Kalitec Génie Civil (mandataire solidaire) / INTELEC / INTELEC Industrie. La société Kalitec Génie Climatique a également été chargée des opérations de maintenance sur les équipements relatifs au sous-lot 06-02 (chauffage - ventilation - désenfumage - GTC - PBS) pour une durée de 24 mois. Après une réception des travaux avec réserves, la levée des réserves est intervenue le 15 février 2018. Dès 2019, le département a constaté de nombreuses fuites d'eau de chauffage sur le réseau du bâtiment externat. Sur demande du département, le juge des référés du tribunal de céans a désigné un expert, qui a rendu son rapport le 22 juin 2022. Se fondant sur les conclusions de l'expert, le département de la Haute-Garonne demande au juge des référés de condamner la société Kalitec Génie Climatique à lui payer une somme provisionnelle de 591 152,40 euros TTC.
Sur la provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.
3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
4. Les désordres mis en évidence par l'expert consistent en de nombreuses fuites, dues à de la corrosion interne généralisée, sur les tubes de chauffage de type électrozingués et dans des radiateurs, dont 5 ont déjà été remplacés. L'expert considère que les échangeurs inox des chaudières sont également corrodés. Le vase d'expansion a aussi été remplacé. Le processus de corrosion a résulté de la dissolution d'une couche d'oxyde de cuivre (" vert de gris ") présent dans les tubes de cuivre lors de la mise en eau de l'installation. Ce cuivre, au contact de l'acier, a produit un phénomène d'électrolyse. En l'absence de réducteur d'oxygène, des pustules d'acier (corrosion aérodifférentielle) ont percé les tubes en acier.
5. Ce processus ne peut être interrompu et rend à terme l'installation de chauffage inutilisable. Ces désordres sont en l'espèce de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et sont ainsi susceptibles d'engager la responsabilité décennale des constructeurs.
6. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que les désordres en litige sont exclusivement imputables à la société Kalitec Génie Climatique qui a choisi des canalisations sensibles à la corrosion (faible épaisseur de matière), dans une installation multimatériaux, avec une forte présence de cuivre, n'a pas rincé le réseau lors de la mise en service, ni injecté un produit de traitement d'eau " incomplet " sans réducteur d'oxygène. Si, accessoirement, la société Kalitec Génie Climatique, qui était chargée des opérations de maintenance n'a pas contrôlé la qualité de l'eau du réseau de chauffage, le département de la Haute-Garonne ne peut s'en prévaloir sur le fondement de la garantie décennale.
7. L'expert a chiffré les préjudices à 435 876 euros TTC pour les travaux (remplacement de la totalité des canalisations électrozinguées, mise en place d'un filtre électromagnétique permettant de filtrer les particules en suspensions et de faciliter l'injection des produits de traitement, rinçage des radiateurs pour enlever les particules en suspension, remplacement de 15 radiateurs sur 3 ans), 18 000 euros pour les aléas pendant les travaux, 9 000 euros pour la surveillance et le traitement de l'eau, 37 660,80 euros pour la location de salles de classe, soit 500 536,80 euros TTC pour les seuls travaux et 591 152,40 euros TTC en tenant compte des autres préjudices.
8. La société Kalitec Génie Climatique, qui n'a pas produit d'observations, ne conteste pas cette somme. Antérieurement à l'introduction de la requête, le département de la Haute-Garonne a recherché un accord avec le conseil de la société Kalitec Génie Climatique. Selon les échanges entre les parties, l'entreprise était assurée par la SMABTP lors des travaux, puis postérieurement aux travaux par la compagnie MMA. La SMABTP ne s'opposait pas à dédommager le département à hauteur de 543 891,60 euros, somme excluant le préjudice d'un montant de 37 660,80 euros, correspondant à la location de salles de classe pendant les travaux, pour une durée de 5 mois.
9. Or, il résulte du rapport de l'expert, que les travaux de réparation exigent effectivement que deux salles de classe soient libérées et que la durée des travaux est estimée à 5 mois. Dans ces conditions, et alors que le coût de la location ne fait pas lui-même, l'objet de contestation, il y a lieu d'inclure dans le préjudice subi par le département le coût de la location des salles, soit 37 660,80 euros TTC.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société Kalitec Génie Climatique à payer au département de la Haute-Garonne une somme provisionnelle de 591 152,40 euros TTC.
Sur les frais du litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Kalitec Génie Climatique une somme de 1 500 euros à verser au département de la Haute-Garonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La société Kalitec Génie Climatique est condamnée à payer au département de la Haute-Garonne une somme provisionnelle de 591 152,40 euros.
Article 2 : La société Kalitec Génie Climatique est condamnée à verser au département de la Haute-Garonne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au département de la Haute-Garonne et à la société Kalitec Génie Climatique.
Fait à Toulouse, le 6 juillet 2023.
La juge des référés,
A. WOLF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière.
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