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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301988

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301988

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 11 avril 2023, le 11 et

17 mai 2023, M. D C, représenté par Me Balg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration mettant en œuvre le principe du contradictoire préalable ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Balg, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et produit une pièce à l'audience ;

- les observations de M. Aar, assisté de M. E, interprète en langue bengali, qui répond aux questions de la magistrate désignée ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais, né le 5 septembre 1996 à Sylhet (Bangladesh), déclare être entré sur le territoire français le 17 avril 2022. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 26 avril 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 septembre 2022. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande par une décision du 3 février 2023. Par un arrêté du

23 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il énonce les éléments de fait sur lesquelles reposent les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, et les décisions assortissant cette décision. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par M. C à l'encontre des décisions contestées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré récemment en France le

17 avril 2022 où il n'a été admis à séjourner que le temps de l'examen de sa demande d'asile. Le requérant est célibataire et sans enfant à charge. De plus, il ne justifie d'aucun lien personnel et familial sur le territoire français. S'il soutient que son père résidant au Bangladesh est décédé, et produit à cet égard son acte de décès, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales autre que son père dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il encourt des risques en cas de retour au Bangladesh, dès lors qu'il aurait fait l'objet de rétorsion de la part de membres de la ligue Awami, ces circonstances sont inopérantes à l'appui des conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français qui n'ont ni pour objet, ni pour effet de fixer le pays à destination duquel les étrangers sont renvoyés en cas d'exécution d'office. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

7. M. C soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées. Il se prévaut notamment à cet égard des risques qu'il encourt en raison de son opposition et de l'engagement militant de son père, à l'encontre des membres de la ligue Awami. L'intéressé allègue que des membres de la ligue Awami ont illégalement extrait et entreposé du sable de son village et que ces agissements illicites ont porté préjudice aux cultivateurs locaux. Il soutient également que son père, aujourd'hui décédé, et lui-même se sont opposés à ces agissements et auraient subi des agressions et représailles en raison de leur opposition. Le requérant indique également qu'il a été accusé à tort pour des crimes de droit commun et qu'une accusation pour homicide, en cours d'instruction, a été portée à son encontre, ce qui l'aurait conduit à quitter le Bengladesh compte tenu des craintes pour sa sécurité. Il produit notamment à cet égard un mandat d'arrêt en date du 13 octobre 2022 mentionnant des faits d'agression et de meurtre prémédités. Toutefois, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucun élément nouveau et suffisamment probant de nature à établir la réalité et l'actualité des risques ainsi allégués. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 23 mars 2023.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Balg la somme réclamée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la

Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La magistrate désignée,

F. B La greffière,

A. BACH La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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