lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2302036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CAZANAVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 12, 15 et 17 avril 2023, Mme G B E, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui accorder sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à défaut d'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le fondement des dispositions du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Farges, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Farges,
- les observations de Me Cazanave, représentant Mme B E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de Mme B E, assistée de Mme A, interprète en espagnol,
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
Une note en délibéré pour Mme B E a été enregistrée le 28 mai 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B E, née le 12 septembre 1976 à Caracas (Venezuela), de nationalité vénézuélienne, est entrée sur le territoire français le 18 août 2021. Le 20 septembre 2021 elle sollicite l'asile et par une décision en date du 31 mars 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile dans une décision en date du 30 janvier 2023. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet de la
Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 7 avril 2023, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par sa requête, Mme B E demande l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2023.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B E est entrée récemment en France, le 18 août 2021, soit il y a moins de deux ans à la date de la décision attaquée. La requérante se prévaut de la présence en France de sa fille, de nationalité vénézuélienne, mineure au moment de son arrivée sur le territoire, de sa sœur, de nationalité française et de sa mère ayant obtenu le statut de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 3 octobre 2019. Il ressort cependant des pièces du dossier que sa fille Mme C I B, désormais majeure, a réalisé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fournissant une attestation d'hébergement à Lille, ville où elle est actuellement inscrite en première année de Licence de sciences politiques, alors que la requérante vit à Toulouse. En outre, sa fille a également vu sa demande d'asile être rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans une décision du 31 mars 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 janvier 2023. Ainsi, ces éléments sont insuffisants pour démontrer que la requérante aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et qu'elle serait dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. De plus, l'intéressé ne fait état d'aucun élément particulier d'intégration dans la société française. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, Mme B E n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ".
8. Mme B E soutient qu'elle risquerait d'être exposée à des traitements prohibés par ces stipulations et ces dispositions en cas de retour dans son pays d'origine, le Venezuela, en raison de ses opinions politiques et de la collaboration de son ex-mari, M. H D, avec des opposants au régime maduriste. Elle expose que son mari a engagé une action indemnitaire contre le pouvoir en place et qu'ils ont publiquement dénoncé le pouvoir maduriste. Depuis lors, et selon les déclarations de l'intéressée, elle serait victime de menaces, d'agressions et d'intimidations à son propre domicile. Les agents du C.I.C.P.C, qui l'ont intimé de dénoncer la localisation de son ex-mari parti vivre aux Etats-Unis d'Amérique, ainsi que des membres de milices privées proches du gouvernent continueraient à faire pression sur elle en rodant devant son domicile au Venezuela. Toutefois, ni les éléments déjà produits par la requérante devant les autorités asilaires, ni ses déclarations à l'audience, pas plus que les nouvelles pièces versées dans le cadre de la présente instance, composées notamment de témoignages, de photographies non datées et d'articles de presse de portée générale, ne permettent de tenir pour établies la réalité et l'actualité des risques allégués, alors que la requérante est désormais divorcée de son ex-époux et que, tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que la Cour nationale du droit d'asile, ont rejeté sa demande d'asile. En outre, sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 avril 2023. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations précitées.
9. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 8 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnaît pas le droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 27 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cazanave, la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B E, à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
Le magistrat désigné,
R. FARGES Le greffier,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026