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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302111

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302111

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBARREIRO LÉOPOLDINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires enregistrés les 14 et 24 avril, 10 août et 5 septembre 2023, M. A, Jean-Pierre, Emmanuel C, représenté par Me Barreiro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait ; dès lors que c'est à tort que le préfet a considéré qu'au terme de cinq années d'études supérieures en France, il n'avait obtenu qu'un bachelor au titre de l'année universitaire 2017/2018 et qu'il avait abandonné ses études en 2018/2019 en première année de mastère ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation s'agissant du caractère sérieux de ses études dès lors que le préfet a limité son examen aux réorientations dans son parcours universitaire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle dès lors qu'il réside en France depuis six ans et qu'il n'a plus, en Côte d'Ivoire, d'attache familiale, n'ayant aucun lien avec son père ;

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, par voie de conséquence, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Carotenuto,

- et les observations de Me Barrière représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 20 décembre 1993, est entré en France le 22 septembre 2017, muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", valant titre de séjour du 11 septembre 2017 au 11 septembre 2018. Il a ensuite été titulaire, en qualité d'étudiant, d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans, valable du 12 septembre 2018 au 11 septembre 2020, puis d'une carte séjour, valable du 12 septembre 2020 au 11 septembre 2021. Le 13 décembre 2021, il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 31 mars 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 13 mars 2023 régulièrement publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions en matière de police des étrangers, au nombre desquels figurent les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant ainsi que le retrait des attestations de d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, la circonstance que le préfet a affirmé dans la décision litigieuse que le requérant avait abandonné sa première année de mastère " manager en assurance " de l'établissement Ecoles Vidal à Toulouse, alors qu'il établit avoir validé cette année avant de solliciter son admission au séjour ne saurait être regardée comme une erreur de fait, dès lors, en tout état de cause, que l'intéressé avait expressément indiqué aux services de la préfecture, par une lettre du 8 septembre 2020, avoir été dans l'obligation d'abandonner sa première année de mastère et ne pas l'avoir validée au titre de l'année 2018/2019. D'autre part, si le requérant soutient que le préfet de la Haute-Garonne a considéré, à tort, qu'il avait " abandonné son contrat d'apprentissage " conclu dans le cadre de sa formation " manager de projet " en alternance de l'établissement YellowE à Boulogne-Billancourt, alors que la résiliation du contrat était imputable à l'employeur, il ne justifie pas en avoir informé le préfet lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'erreurs de fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention ''étudiant''. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes du l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () "

5. Il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant est notamment subordonné à la justification, par son titulaire, de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

6. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne a considéré que M. C n'établissait pas le caractère réel et sérieux de ses études, compte tenu de l'absence de progression significative depuis l'obtention de son bachelor européen en gestion du patrimoine, assurance, banque à l'Institut Rousseau à Toulouse au titre de l'année 2017/2018, de ses multiples réorientations qui ne s'inscrivaient pas dans un projet professionnel précis et de son absence de scolarité active entre 2019 et 2022. Il ressort des pièces du dossier que M. C a validé une première année de mastère " manager en assurance " au titre de l'année 2018/2019. Au titre de l'année 2019/2020, le requérant expose qu'il a dû renoncer à s'inscrire en deuxième année de mastère " manager en assurance " en alternance, n'ayant pu parvenir à conclure un contrat d'apprentissage et qu'il a exercé des missions d'intérim au cours des années 2019 à 2021. Puis, le requérant s'est inscrit, au titre de l'année 2021/2022 en première année de mastère " manager de projet " en alternance de l'établissement YellowE à Boulogne-Billancourt, a conclu un contrat d'alternance avec la société Crédit agricole Champagne Bourgogne et le contrat a été résilié, le 31 décembre 2021, dans les quarante-cinq premiers jours d'emploi. Il n'a donc pu terminer cette année. En admettant que les interruptions de formation soient imputables tant aux difficultés financières auxquelles il aurait été confronté pour faire face à ses frais de scolarité, qu'il explique par le décès de sa mère au mois de juin 2020, qu'à l'épidémie de covid-19 ainsi qu'à son échec dans ses recherches de stages en alternance auprès des banques et sociétés d'assurance, il est constant que le requérant n'a obtenu aucun résultat à l'issue des années universitaires 2019/2020 et 2020/2021, pour lesquelles il ne justifie d'aucune inscription à une formation, et 2021/2022. La circonstance que le requérant, dans le cadre de sa réorientation, a validé la formation en alternance " responsable en logistique " au titre de l'année universitaire 2022/2023 au sein de l'école Aftral Isteli à Toulouse et que, dans le cadre de cette formation, il a signé un contrat d'apprentissage avec la société Occitanie Plats Cuisinés et l'établissement Aftral Isteli pour une période du 21 juillet 2022 au 31 juillet 2023, est sans incidence sur le fait qu'il n'a obtenu aucun diplôme ni validé aucune année universitaire durant les trois années universitaires précédentes. Au regard des éléments en sa possession à la date de la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne en estimant que M. C ne pouvait être regardé comme poursuivant sérieusement ses études, n'a donc pas fait une inexacte application des dispositions et stipulations précitées. Il appartient au requérant, s'il s'y croit fondé, de solliciter un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. C ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études. Il est célibataire sans charge de famille sur le territoire français. Il ne justifie ni être dépourvu d'attaches privées et familiales en Côte d'Ivoire, alors même qu'il fait valoir qu'il n'entretient aucun lien avec son père qui y réside, ni être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

9. Ainsi qu'il a été dit aux points 6 et 8, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles, en tout état de cause, relatives aux entiers dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, Jean-Pierre, Emmanuel C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHTLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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