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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302122

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302122

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, M. A B, représenté par Me Soulas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de l'admettre au séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de la menace pour l'ordre public que constitue son comportement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 28 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars suivant.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, déclare être entré en France pour la première fois le 8 septembre 1995. Il a bénéficié, en qualité de conjoint d'une ressortissante française, d'une carte de résident d'une durée de dix ans, renouvelée jusqu'au 19 septembre 2015. Le 8 septembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, en faisant valoir l'ancienneté de sa présence en France et celle de ses trois enfants de nationalité française, dont un enfant mineur. Par une décision du 30 mai 2022, dont M. B demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée vise notamment les articles L. 412-5 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne par ailleurs l'état civil de M. B, précise ses conditions d'entrée en France et expose les raisons pour lesquelles le préfet a considéré que sa situation ne justifiait pas son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, alors qu'il n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision, sans que M. B ne puisse utilement en contester les motifs au soutien de son moyen tiré de l'insuffisance de motivation.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Selon l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Si M. B fait valoir que le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation de la menace que constitue son comportement pour l'ordre public, il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que le préfet s'est également fondé sur la circonstance que son admission exceptionnelle au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels. A cet égard, M. B se prévaut de la durée de son séjour en France depuis l'année 1995, de la présence de ses enfants de nationalité française avec lesquels il déclare entretenir des liens réguliers, de la circonstance qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur, de son intégration dans la société française, et notamment de la possibilité pour lui de travailler et de subvenir à ses besoins. Toutefois, M. B ne démontre pas la réalité de sa présence en France entre les mois de janvier 2015 et juin 2021, l'attestation d'hébergement du CCAS jointe à sa requête ne mentionnant pas l'identité de la personne hébergée. En outre, il ne produit aucune pièce de nature à établir sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur. Enfin, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou de perspectives sérieuses à cet égard, ni n'apporte aucun élément démontrant son intégration dans la société française, alors au contraire qu'il s'est rendu coupable de plusieurs délits routiers pour lesquels il a été condamné en 2002, 2008 et 2019 à des peines cumulées de plus de onze mois d'emprisonnement. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a considéré que l'admission au séjour de M. B ne répondait pas à des considérations humanitaires ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels et qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus s'il s'était fondé uniquement sur ce motif.

8. En cinquième et dernier lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Comme il a été dit au point 7 du présent jugement, M. B ne démontre pas la réalité de sa présence en France entre 2015 et 2021, ne justifie ni de l'intensité de ses liens avec ses enfants majeurs présents en France ni de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur, et son comportement ne témoigne pas de son intégration à la société française. Par suite, et quand bien même il est entré en France pour la première fois en 1995, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle, doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Soulas et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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