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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302123

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302123

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 avril et 29 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, la mention " salarié ", dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'exercer son pouvoir de régularisation par le travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre suivant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, déclare être entré en France le 13 mai 2018. Il a déposé une demande d'asile le 28 mai 2018 et a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles le 10 septembre 2018, auquel il s'est soustrait. Le 18 novembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié. Après avoir examiné sa demande sur le fondement du 5° de l'article 6 et du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le préfet de la Haute-Garonne, par une décision du 31 mai 2022, a refusé de l'admettre au séjour, que ce soit de droit ou de manière discrétionnaire. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2018, où réside également, sous couvert d'un titre de séjour en cours de validité, la mère de ses enfants dont il est séparé. Il se prévaut également de la présence sur le territoire français de ses quatre filles mineures de nationalité algérienne, âgées de trois à neuf ans, à l'entretien et à l'éducation desquelles il soutient participer. Il produit à cet égard plusieurs témoignages de personnels enseignants et éducatifs attestant de sa présence régulière, sinon quotidienne, auprès de ses enfants, et de son investissement dans leur éducation, en particulier par sa participation à la préparation des devoirs et à la vie éducative. Il joint également à sa requête une attestation du médecin de famille, selon laquelle il accompagne régulièrement ses enfants à leurs rendez-vous médicaux. Il produit en outre plusieurs témoignages de membres de sa famille et de voisins, qui font état de sa présence régulière auprès de ses filles, notamment dans le cadre d'activités de loisirs. La mère des enfants indique à cet égard qu'il les récupère tous les soirs à l'école ou au centre de loisirs tandis qu'elle travaille, qu'il passe du temps avec elles durant les weekends et les vacances scolaires, et témoigne des bonnes relations qu'il entretient avec elles. M. A se prévaut enfin d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité de peintre en bâtiment, et fait valoir que l'exercice de cette activité professionnelle lui permettrait de subvenir davantage aux besoins de ses filles. Dans ces conditions, et alors que la situation du requérant et de son ex-épouse fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer dans leur pays d'origine, il est fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et que le préfet de la Haute-Garonne a ainsi méconnu les stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 31 mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à M. A un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocate peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Tercero, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Haute-Garonne du 31 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Tercero, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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