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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302141

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302141

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAGBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2023, M. A C, représenté par Me Agbé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à la suppression de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dès la notification du jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées : elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas réalisé un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas réalisé un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est méconnait les dispositions des article L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Par ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2023 à 12 heures.

Par une décision du 20 septembre 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né le 14 février 1982, M. C est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 12 février 2018. Par un arrêté du 27 octobre 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. A la suite de son interpellation par les services de police le 13 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par le requérant à l'encontre des décisions en litige. En tout état de cause, l'arrêté du 14 avril 2023 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé pour prendre les décisions en litige à l'encontre de M. C. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et suffisant de la situation du requérant. Par suite, le moyen de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. M. C, entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 12 avril 2018, fait valoir qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française, avec laquelle il partage une communauté de vie. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité et la stabilité de cette relation à la date de la décision contestée, alors qu'il s'est déclaré célibataire auprès des services de la préfecture le 12 avril 2023. En outre, il ne justifie pas détenir des liens d'une particulière intensité en France et ne démontre pas, ni même n'allègue, être sans attaches dans son pays d'origine où il a passé la majeure partie de sa vie et où résident, selon ses déclarations, sa mère ainsi que ses frères et sœurs. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a bénéficié d'un droit au maintien sur le territoire que durant le temps de l'examen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mai 2021, et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 27 octobre 2021, qu'il n'a pas exécutée. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire national, alors qu'il ressort de son procès-verbal d'audition qu'il a déclaré être connu des services de police et qu'il a fait l'objet d'une signalisation au fichier automatisé des empreintes digitales, le 25 août 2022, pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de délit de fuite après un accident et de conduite d'un véhicule malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, et, le 11 janvier 2021, sous une autre identité pour des faits de vol aggravé. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale, protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de sa base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas présenté, lors de son interpellation, de document d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. De plus, comme énoncé au point 4 du présent jugement, il ne justifie pas de l'exécution de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Par ailleurs, alors qu'il ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés, et nonobstant l'absence de condamnation à ce jour, sa présence en France doit être regardée comme constitutive d'une menace pour l'ordre public compte tenu des signalements dont il a fait l'objet. Ainsi, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'il y avait lieu de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et suffisant de la situation du requérant. Par suite, le moyen de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. M. C se borne à indiquer que son éloignement vers la Tunisie comporterait un risque pour sa sécurité. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir des menaces pour sa vie ou sa liberté, alors qu'il est constant que sa demande d'asile a été rejetée le 31 mai 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En quatrième lieu, pour les motifs développés au point 4, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant ne justifie ni d'une ancienneté de séjour significative, ni de liens en France, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans méconnaitre les dispositions citées au point 14, prendre à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Agbé et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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