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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302145

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302145

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2302145 enregistrée le 14 avril 2023, Mme C B, représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de la décision :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la demande de sursis à exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête n° 2302146 enregistrée le 14 avril 2023, M. A E, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de la décision :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision portant refus de titre de séjour prise le 21 septembre 2022 ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pétri, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri,

- les observations de Me Sarasqueta, représentant les requérants, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme B et M. E, qui répondent aux questions de la magistrate.

Le préfet de la Haute-Garonne n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien né le 28 aout 1973, déclare être entré en France le 11 décembre 2021. Il a sollicité l'asile ainsi que son admission au séjour les 27 décembre 2021 et 24 mai 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 19 avril 2022, confirmée le 11 novembre suivant par la Cour nationale du droit d'asile.

2. Mme B, ressortissante géorgienne née le 29 aout 1984, déclare être entrée sur le territoire français le 13 mars 2022. Elle a sollicité l'asile le 22 mars 2022. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 décembre 2022.

3. Par deux arrêtés du 29 mars 2023 dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la jonction :

4. Les requêtes nos 2302145 et 2302146 concernent un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

5. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique prévoit : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme B et de M. E, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la requête n° 2302146 présentée par M. E :

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

7. En l'espèce, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 11 août 2022 que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut bénéficier de manière effective d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant produit un certificat médical établi par un médecin du service de diabétologie de l'hôpital de Rangueil en date du 12 décembre 2022, qui fait état de ce que l'intéressé a été hospitalisé le 26 octobre 2022, postérieurement à l'avis du collège de médecins compétent, qu'il présente un diabète de type 2 découvert en Géorgie six ans auparavant, qu'il s'est fait implanter un pacemaker en 2017, qu'il souffre d'un syndrome d'apnée du sommeil et de problèmes articulaires, que son diabète évolue dans un contexte à très haut risque cardiovasculaire en raison d'une coronaropathie précoce familiale, d'une hypertension artérielle et d'une obésité morbide, et de ce qu'il bénéficie d'un traitement constitué des médicaments Xultophy et Metformine. Il ressort des courriels échangés entre le groupe pharmaceutique Novo Nordisk et le conseil de M. E que le médicament Xultophy n'est pas commercialisé en Géorgie. L'autorité préfectorale n'apporte aucun élément qui permettrait d'établir que ce médicament serait commercialisé par un autre laboratoire ou qu'il pourrait éventuellement être remplacé par un médicament comportant une molécule équivalente. Dans ces circonstances, M. E, qui démontre qu'il n'aura pas effectivement accès au traitement nécessité par son état de santé dans son pays, est fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, celle de la décision du même jour fixant le pays de renvoi.

S'agissant de la requête n° 2302146 présentée par Mme B :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il est constant que M. E et Mme B forment un couple et que le préfet de la Haute-Garonne ne conteste pas l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de leur relation. Dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme B aurait nécessairement pour effet de la séparer de son conjoint, l'intéressée est fondée à soutenir qu'en édictant une telle mesure, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, de la décision du même jour fixant le pays de renvoi.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le paiement de la somme de 1 500 euros à verser au conseil des requérants, sous réserve de leur admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants, la somme de 1 500 euros sera versée à Mme B et M. E sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1 : Mme B et M. E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 29 mars 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi sont annulés.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B et M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Sarasqueta la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé aux requérants, la somme de 1 500 euros leur sera versée sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. A E, à Me Sarasqueta et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La magistrate désignée,

M. PETRI Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef :

Nos 2302145, 2302146

Nos 2302145, 2302146

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