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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302153

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302153

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Becquevort, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 30 mars 2023 du directeur du centre hospitalier Gérard Marchant de Toulouse portant rupture anticipée de son contrat à durée déterminée ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige a pour effet de mettre brutalement fin à ses fonctions dès le 31 mars 2023 et de la laisser sans aucune ressource, l'absence totale de préavis ne lui ayant pas permis de chercher un autre emploi ;

-la nouvelle proposition de contrat de travail qui lui a été faite par le centre hospitalier n'était acceptable ni dans sa durée, ni dans le montant de sa rémunération ;

-la décision en litige met également en péril le service public assuré par le centre hospitalier, qui se trouve de ce fait en sous-effectif pour assurer les consultations de psychiatrie ;

-de surcroît, elle s'est vue contrainte de confier de façon brutale le suivi de ses patients réguliers à ses deux confrères, au préjudice desdits patients dont les pathologies requièrent, pour la plupart, de la sérénité et de la continuité dans le traitement ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la loi n° 2021-502 du 26 avril 2021 ne crée pas un droit de " dénoncer " le contrat de travail ni de s'affranchir de la procédure de licenciement telle que prévue aux articles R. 6152-377 et R. 6152-379 du code de la santé publique, procédure à laquelle sont attachés des droits et garanties, et la décision contestée est dès lors entachée d'un vice substantiel dans la mesure où elle n'a pas été convoquée à un entretien préalable, n'a pas été invitée à formuler une demande de reclassement, n'a pas bénéficié du préavis prévu par son contrat de travail et que ladite décision n'a pas été précédée de la consultation de la commission médicale d'établissement ;

-en fondant la décision contestée sur les dispositions de la loi du 26 avril 2021 alors qu'elles n'étaient pas encore applicables, tant par l'effet de l'instruction ministérielle du 4 novembre 2021 relative au report du contrôle de l'intérim médical dans les établissements publics de santé qu'en raison de l'absence de publication du ou des décrets d'application de cette loi, le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant a commis une erreur de droit ;

-à supposer même que les dispositions de la loi du 26 avril 2021 seraient directement applicables sans décret d'application, l'instruction ministérielle du 17 mars 2023 pose qu'elles n'ont pas vocation à s'appliquer aux contrats en cours.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le centre hospitalier Gérard Marchant de Toulouse, représenté par Me Sérée de Roch, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme A la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

-la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que l'acte attaqué n'est pas une décision faisant grief mais un acte visant seulement à informer la requérante de l'application des dispositions de la loi du 26 avril 2021 à compter du 3 avril 2023, d'autre part, que ledit acte propose sans l'imposer la conclusion d'un contrat mensuel à temps plein, enfin, que la dénonciation de l'avenant du 1er octobre 2023 n'emporte par nature ni licenciement ni rupture du contrat de travail mais seulement la nécessité de réviser l'accord passé, l'acte continuant de produire effet à l'égard des auteurs de la dénonciation jusqu'à l'entrée en vigueur d'un acte de substitution lorsque la dénonciation émane de l'une des parties signataires seulement ;

-dans l'hypothèse où l'acte en cause devait être qualifié de décisoire, il ne fait en réalité pas grief dès lors qu'il n'affecte pas de manière suffisamment immédiate l'ordonnancement juridique, la seule " décision " réellement en cause en l'espèce étant la loi du 26 avril 2021 qu'il ne vient que confirmer ;

-à supposer même que l'acte en cause reçoive la qualification de décision faisant grief, la demande formulée par la requérante n'a désormais plus d'objet, l'ensemble de ses effets s'étant éteints le 3 avril 2023, au moment-même où les services administratifs de l'établissement ont commencé à mettre en œuvre les nouvelles dispositions législatives ;

-au surplus, à la suite de la notification de l'acte querellé, Mme A ne s'est plus présentée à son poste de travail, n'a pas exécuté ses obligations contractuelles et est donc considérée en abandon de poste ;

-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors, d'une part, que si l'application des dispositions de la loi du 26 avril 2021 mettent fin aux rémunérations consenties antérieurement au 3 avril 2023, l'intéressée conserve néanmoins la possibilité d'exercer une activité de vacataire sous les conditions de rémunération prévues par la loi et s'est d'ailleurs vu proposer d'être engagée en qualité de contractuelle pour un temps plein, d'autre part, que la requérante n'établit pas que la baisse de revenu provoquée par l'application des nouvelles dispositions législatives est suffisamment grave pour porter atteinte à ses conditions de vie et à celles de sa famille, ni au demeurant que les revenus en cause étaient ses seuls revenus ;

-s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, la " dénonciation " du contrat de travail invoquée ne signifie nullement la rupture nette de ce contrat, l'intéressée s'étant vu proposer un contrat de travail à temps plein et un éventuel licenciement n'étant susceptible d'intervenir qu'en cas de désaccord sur les modalités de poursuite de l'activité, ce qui n'est actuellement pas le cas ;

-les dispositions de l'article 33 de la loi du 26 avril 2021, qui sont parfaitement claires et précises, ne nécessitaient pas de mesures d'application et les reports de l'entrée en vigueur de cet article sont uniquement fondées sur des instructions ministérielles, lesquelles ne sont pas opposables et ne constituent qu'une simple tolérance administrative différant la mise en œuvre du contrôle des rémunérations ;

-les critiques de fond adressées par la requérante à la " décision " contestée visent davantage le nouveau dispositif mis en œuvre par la loi que l'application en elle-même de la loi, contestation que le juge administratif ne peut compétemment connaître.

Par un nouveau mémoire enregistré le 4 mai 2023, Mme A demande au juge des référés de donner acte au centre hospitalier Gérard Marchant du retrait de la décision du 30 mars 2023 de son directeur portant rupture anticipée de son contrat à durée déterminée, de dire qu'il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, et maintient ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle expose en outre que :

-la " dénonciation " prononcée par la décision du 30 mars 2023 emporte bien rupture de contrat, à la seule initiative du centre hospitalier et cette décision ne présente pas un simple caractère confirmatif ;

-en tout état de cause, dès lors que le centre hospitalier avance désormais que le contrat de travail n'est pas rompu, il convient de lui donner acte de ce qui équivaut à un retrait implicite de la décision de dénonciation du 30 mars 2023, les conclusions initiales à fin de suspension de son exécution devenant dès lors sans objet.

Par un mémoire enregistré le 5 mai 2023, le centre hospitalier Gérard Marchant conclut aux mêmes fins.

Il observe en outre que :

-le différend portait essentiellement sur les conditions de rémunération et Mme A ne souhaitant pas poursuivre l'exécution de son contrat de travail dans ces conditions, elle a, seule, pris la décision de cesser son activité ;

-la nouvelle demande de la requérante visant à donner acte du retrait de la décision du 30 mars 2023 est sans fondement et sans objet ;

-la réintégration de Mme A dans ses fonctions n'est pas possible en l'e´tat, le service ayant été réorganisé.

Par un dernier mémoire enregistré le 8 mai 2023, Mme A confirme ses précédentes écritures.

Elle ajoute qu'elle n'a jamais accepté le nouveau contrat proposé mais a cherché par tous les moyens de trouver une solution pour le poursuivre jusqu'à son terme et l'abandon de poste invoqué n'a, en lui-même, aucun effet sur ledit contrat.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2302167 enregistrée le 17 avril 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la loi n° 2021-502 du 26 avril 2021 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mai 2023, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

-le rapport de M. B,

-les observations de Me Guerrier, substituant Me Becquevort représentant Mme A, qui a repris ses écritures, en confirmant que l'intéressée s'est présentée sur son lieu de travail ce jour pour reprendre son service et s'est interrogée sur la situation administrative de celle-ci,

-et les observations de Me Sérée de Roch, représentant le centre hospitalier Gérard Marchant de Toulouse, qui a repris ses écritures en confirmant notamment que le service s'étant réorganisé, la reprise de fonction de Mme A n'est pas à l'ordre du jour et qu'en tout état de cause, la question de la rémunération n'est pas réglée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier Gérard Marchant de Toulouse en qualité de praticien contractuel à temps partiel à raison de deux demi-journées par semaine par un contrat de travail conclu le 29 septembre 2022 pour une durée de six mois à compter du 1er octobre 2022. Ce contrat a fait l'objet d'un avenant conclu le 15 février 2023 portant la fin des fonctions au 31 juillet 2023. Par courrier du 30 mars 2023, le directeur du centre hospitalier a confirmé à Mme A l'entrée en vigueur le 3 avril suivant de la loi du 26 avril 2021 visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification et particulièrement de son article 33 réformant la rémunération des praticiens et a dénoncé l'avenant du 15 février 2023. Dans le dernier état de ses écritures, et ainsi qu'il ressort des échanges tenus lors de l'audience, Mme A estime qu'il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à la suspension de l'exécution de cette décision du 30 mars 2023 et doit dès lors être regardée comme se désistant des conclusions qu'elle a présentées en ce sens. Rien ne fait obstacle à ce qu'il soit donné acte de ce désistement partiel.

Sur les frais liés au litige :

2. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier Gérard Marchant et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme A de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 30 mars 2023 du directeur du centre hospitalier Gérard Marchant.

Article 2 : Mme A versera au centre hospitalier Gérard Marchant une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au centre hospitalier Gérard Marchant.

Fait à Toulouse, le 10 mai 2023.

Le juge des référés,

B. B

La greffière,

S. GUERIN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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