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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302161

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302161

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, M. B A, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 17 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne s'est pas assuré de la régularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; cet avis doit lui être transmis par la préfecture ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 28 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars suivant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2023.

Vu :

- le jugement n° 2303078 du 25 juillet 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, déclare être entré sur le territoire français le 19 juillet 2019, et y a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée le 30 décembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 15 mars 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 7 novembre 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'" étranger malade ". Par une décision du 17 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a, au vu de l'avis émis le 24 janvier 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 6 septembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-041 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, délégation pour signer les décisions et arrêtés entrant dans le champ de compétence de sa direction, notamment les décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, prise sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne l'état civil du requérant, les conditions de son entrée en France et indique le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 24 janvier 2023. Elle précise les motifs du refus du préfet de délivrer un titre de séjour au requérant, à savoir que ce dernier ne justifie pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine et que rien dans sa situation ne justifie de l'admettre au séjour. La décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-13 du même code dispose : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article () ".

7. En l'espèce, d'une part, aucune disposition législative ou règlementaire ou aucun principe n'impose la communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'étranger sollicitant son admission au séjour en raison de son état de santé préalablement à ce qu'une décision lui soit opposée par le préfet. D'autre part, le préfet de la Haute-Garonne a produit, à l'appui de ses écritures, l'avis rendu le 24 janvier 2023 par un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui, sur la base d'un rapport médical établi par un quatrième médecin le 19 janvier 2023, se sont prononcés sur l'état de santé de M. A, la nécessité d'une prise en charge médicale, les conséquences d'un éventuel défaut de soins et la possibilité pour l'intéressé de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Cet avis a été communiqué à M. A dans le cadre de la présente instance, qui n'a pas répliqué. Par suite, en l'absence de toute précision complémentaire apportée par le requérant quant à la nature du vice de procédure dont serait entachée la décision attaquée, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas assuré de la régularité de l'avis précité ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que, pour refuser d'admettre M. A au séjour en qualité d'" étranger malade ", le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 6 du présent jugement que sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus de titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en donnant toute mesure d'instruction utile.

10. Par son avis du 24 janvier 2023 précité, dont le préfet de la Haute-Garonne s'est approprié les motifs, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Turquie, son pays d'origine, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers ce pays.

11. Pour contester cet avis, le requérant, qui souffre de la maladie de Behçet évoluant par poussées et dont la dernière aurait eu lieu en 2022, soutient que le traitement approprié à son état de santé n'est pas disponible en Turquie. Toutefois, le certificat médical établi par le Dr D le 3 avril 2023 n'est pas susceptible, à lui seul, compte tenu de sa rédaction en des termes généraux, de contredire l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En particulier, s'il mentionne que l'accès au traitement par biothérapie est compromis en Turquie et qu'il n'existe pas de médicaments substituables, aucune précision n'est toutefois apportée quant à la nature exacte du traitement prescrit au requérant et qui ne pourrait pas être effectivement poursuivi dans son pays d'origine. En outre, si le requérant soutient qu'en tout état de cause, il ne pourrait avoir accès à un traitement approprié à son état de santé en Turquie compte tenu de sa situation financière et de ses origines kurdes, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, alors que, comme il a été dit précédemment, sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, M. A se prévaut de sa résidence régulière en France depuis le mois de juillet 2019, de ses attaches privées et familiales en la personne de l'un de ses frères chez qui il réside, et de la circonstance qu'il justifie d'un emploi déclaré en qualité de carreleur depuis le 26 avril 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français à l'âge de 41 ans, qu'il ne peut ainsi se prévaloir que de trois années de présence régulière à la date de la décision attaquée, et qu'il ne justifie pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts, alors que son épouse, leurs quatre enfants, ses parents et une partie de ses neufs frères et sœurs résident toujours en Turquie. Il ne justifie en outre d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, et alors même que M. A est titulaire d'un contrat à durée indéterminée, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Brel et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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