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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302186

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302186

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBLONDELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Blondelle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant lié par les critères des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser un délai de départ volontaire ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est privée de base légale car fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle présente des garanties de représentation constituant une circonstance particulière au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et des critères des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Michel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 9 janvier 1996, a déclaré être entrée en France en mars 2022. Elle a sollicité le 16 août 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de citoyenne de l'Union européenne, sur la base d'une carte d'identité italienne. Par un arrêté du 30 mars 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 13 septembre 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

3. L'arrêté litigieux du 30 mars 2023 est signé de Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de l'Hérault, qui bénéficiait d'une délégation de signature pour les matières relevant des attributions du ministère de l'intérieur, notamment toute décision ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français, en vertu de l'arrêté du 28 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 25 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B et l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault a relevé que l'intéressée s'est sciemment prévalue d'une fausse carte d'identité italienne dans le but d'obtenir frauduleusement le titre de séjour sollicité, qu'elle travaille de manière illégale sans autorisation de travail ni titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail, qu'elle ne justifie ni être dépourvue d'attaches au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, ni avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux en France où elle a déclaré être célibataire et sans enfant et qu'il n'est pas porté atteinte à sa vie privée et familiale. La requérante ne fait valoir aucun élément qu'elle aurait porté à la connaissance du préfet et que ce dernier n'aurait pas pris en compte dans son appréciation. Il ne ressort dès lors ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que la décision refusant un délai de départ volontaire serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

7. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à Mme B, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le risque qu'elle se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ainsi que le prévoient les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au soutien du risque de soustraction, le préfet a relevé, en application des 4°, 7° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, qu'elle avait explicitement déclaré son intention de ne pas vouloir se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu'elle avait fait usage de documents d'identité contrefaits, falsifiés en présentant une fausse carte d'identité italienne à son nom et qu'elle ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'elle avait communiqué des renseignements inexacts lors de ses demandes de titre de séjour. Il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Par ailleurs, si la requérante justifie être hébergée et se borne à faire valoir sans l'établir qu'elle serait titulaire d'un passeport marocain en cours de validité et que ses deux sœurs résideraient régulièrement en France, de tels éléments ne suffisent pas à caractériser des circonstances particulières qui auraient justifié qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé. Par suite, le préfet n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Si Mme B produit une attestation d'hébergement à Alès depuis le 1er février 2023 ainsi qu'un contrat de travail à durée déterminée conclu le 23 mars 2023 d'une durée de six mois et fait valoir sans l'établir que ses deux sœurs résideraient régulièrement sur le territoire français, de tels éléments ne sauraient constituer des circonstances humanitaires pouvant faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, pour prononcer l'interdiction contestée, le préfet a relevé que son entrée en France est récente, qu'elle est célibataire, sans enfant et ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, et que son comportement constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'elle a été placée en garde à vue pour des faits de faux et d'obtention frauduleuse de documents administratifs. Aucun des éléments de fait sur lesquels s'est fondé le préfet ne sont contredits par les pièces du dossier. Par suite, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et fixer la durée de cette interdiction à un an.

Sur les autres conclusions :

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Blondelle.

Délibéré après l'audience du 26 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme D, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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