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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302204

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302204

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2023, M. B A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes ainsi que l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché de vices de procédure ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet ne justifie pas avoir saisi les autorités italiennes dans les délais imposés par le règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il méconnaît les délais de la procédure de transfert vers l'Italie ;

- l'Italie et la Hongrie n'ont pas étudié sérieusement sa demande d'asile et sa situation de vulnérabilité ;

- la France est compétente pour traiter de sa demande d'asile ;

- il porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté individuelle ;

- il appartenait à l'administration de tenir compte de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité, en application des dispositions de l'article L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté individuelle ;

- il est abusif et contraire aux législations nationales et internationales ;

- il méconnaît l'exigence de la nécessité d'assigner à résidence, dès lors qu'il bénéficie de garanties de représentation effectives et suffisantes, qu'il a satisfait à toutes les convocations qui lui ont été adressées, et qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est dépourvu de base légale du fait de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Gueye, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, né le 20 novembre 1984 à Chuadanga (Bangladesh), déclare être entré sur le territoire français le 20 décembre 2022. Il s'est présenté à la préfecture de la Haute-Garonne le 29 décembre 2022 pour y formuler une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet le même jour, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé que M. A avait fait l'objet d'un contrôle de police en Italie le 14 novembre 2022. Par un arrêté en date du 17 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes. Par un arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le règlement (UE)

n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté mentionne que la consultation du fichier Eurodac a révélé que l'intéressé avait fait l'objet d'un contrôle de police en Italie le 14 novembre 2022, que l'Italie devait être regardée comme l'Etat responsable de sa demande d'asile et que les autorités italiennes ont été destinataires le 22 mars 2022 d'un constat d'accord implicite en date du 7 mars 2023 sur la base de l'article 22-7 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Le préfet indique également que l'ensemble des considérations de fait et de droit caractérisant la situation de M. A ne relève pas des dérogations prévues par les articles 3.2 et 17 de ce règlement.

Le préfet relève ensuite que, dès lors que le requérant ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France, l'arrêté contesté ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect du droit à la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être écarté.

5. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché de plusieurs vices de procédure, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, et doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 relatif à la présentation d'une requête aux fins de prise en charge dispose que : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 1560/2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement () 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne justifie avoir adressé aux autorités italiennes, le 6 janvier 2023, une demande de prise en charge de la demande d'asile de M. A via le réseau de communication " DubliNet ", soit dans le délai de deux mois à compter de la réception du résultat du relevé des empreintes décadactylaires, le 29 décembre 2022, et que les autorités italiennes ont été destinataires, le 22 mars 2023, d'un constat d'accord implicite. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne justifie pas que les autorités italiennes ont été saisies par les autorités françaises dans les délais imposés par le règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () / Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ". Il résulte de ces dispositions que le transfert du demandeur d'asile vers le pays de réadmission doit se faire dans les six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge. Ce délai peut être porté à dix-huit mois si l'intéressé prend la fuite. La notion de fuite doit s'entendre, au sens de ces dispositions, comme visant le cas où le ressortissant étranger non admis au séjour se soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a ordonné le transfert de M. A aux autorités italiennes est intervenu moins de six mois après que les autorités italiennes ont implicitement donné leur accord pour sa prise en charge. Dès lors, et en tout état de cause, le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 susvisé, n'a pas expiré. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des délais de la procédure de transfert vers l'Italie doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la France doit être tenue pour responsable du traitement de sa demande d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, si le requérant soutient que l'Italie et la Hongrie n'ont pas étudié sérieusement sa demande d'asile et sa situation de vulnérabilité, ce moyen ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision de transfert litigieuse et doit, par suite, être écarté.

11. En septième lieu, le moyen tiré de l'atteinte à la liberté d'aller et venir du requérant est inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision de transfert.

12. En huitième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives au schéma national des demandeurs d'asile, est inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision de transfert.

13. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 : " () 2. Lorsqu'aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". En outre, aux termes l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. L'Italie est membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si le requérant mentionne des défaillances systémiques en Italie, il ne produit ou ne cite aucun élément de nature à caractériser l'existence, dans ce pays, de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions matérielles d'accueil seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure d'emblée, et quelles que soient les circonstances, à l'existence de risques suffisamment réels et concrets, pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale, indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel extrême qui porterait atteinte à leur santé physique ou mentale ou les mettrait dans un état de dégradation incompatible avec la dignité humaine, prohibé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il encourt des risques en cas d'éloignement vers le l'Italie car il est menacé par des proches, ses déclarations ne sont pas assorties de précisions suffisantes et il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ou des risques pour sa vie en cas de transfert vers l'Italie. Enfin, si M. A soutient qu'il est dans une situation de vulnérabilité, il n'apporte aucune pièce à l'instance de nature à corroborer ses dires, de sorte qu'il ne démontre pas qu'il serait dans une situation qui imposerait d'instruire sa demande d'asile en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant et de ce qu'elle est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle doivent également être écartés.

15. En dixième et dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui ".

16. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré récemment sur le territoire français en décembre 2022 est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

17. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

18. En deuxième lieu, l'autorité administrative n'a pas porté une atteinte excessive à la liberté d'aller et venir du requérant, en lui interdisant de se déplacer sans autorisation en dehors du département de Tarn-et-Garonne et en l'obligeant à se présenter chaque lundi et mardi à 10 heures aux services de commissariat de police de Montauban, alors qu'il justifie d'une résidence à Montauban. L'intéressé n'a d'ailleurs fait état d'aucune circonstance particulière de nature à l'empêcher de respecter les obligations ainsi prescrites par l'arrêté. Ainsi, la mesure en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté individuelle. Par suite, le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

19. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est abusif et contraire aux législations nationales et internationales, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.

20. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence serait illégale en raison de l'illégalité la décision portant transfert aux autorités italiennes.

21. En cinquième lieu, si M. A soutient que le caractère nécessaire de la décision n'est pas établi dès lors qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé puisqu'il bénéficie de garanties de représentation, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant assignation à résidence fondée sur l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne subordonnent pas son prononcé à l'existence d'un tel risque.

22. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision d'assignation à résidence.

23. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

24. En huitième et dernier lieu, en se bornant à alléguer qu'il est vulnérable, souffre de plusieurs pathologies graves et a des pensées suicidaires, sans fournir aucune preuve au soutien de ses allégations, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite ce moyen doit être écarté

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 17 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Gueye la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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