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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302274

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302274

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 20 et 24 avril 2023, Mme E A, représentée par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes ainsi que l'arrêté du même jour par lequel il l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ou au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de deux arrêtés attaqués

- ils sont entachés d'incompétence de leur signataire ;

S'agissant de l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 5§5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article L. 571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le préfet de la Haute-Garonne s'étant estimé lié par la circonstance que l'Italie pourrait être responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence

- il est entaché d'un défaut de motivation au regard de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de précisions s'agissant de la nécessité et de la proportionnalité de la mesure ;

- il est dépourvu de base légale dans la mesure en raison de l'illégalité qui affecte l'arrêté du même jour portant transfert aux autorités italiennes ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pétri, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- les observations de Me Zemihi, substituant Me Francos et représentant Mme A, qui maintient l'ensemble de ses moyens, produit un certificat médical et soulève des moyens nouveaux ; les moyens dirigés contre l'arrêté du 19 avril 2023 portant transfert aux autorités italiennes sont tirés de la méconnaissance de l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ; il précise que le préfet de la Haute-Garonne aurait dû mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévu par l'article 17 du règlement précité au regard des persécutions que Mme A a subi dans son pays d'origine, de l'accompagnement dont elle bénéficie depuis son arrivée en France, de la circonstance qu'en cas de transfert en Italie, elle se retrouvera démunie et isolée, et qu'il résulte d'une circulaire du ministère de l'intérieur italien en date du 5 décembre 2022 que les transferts vers l'Italie sont suspendus temporairement ; les moyens dirigés contre l'arrêté du 19 avril 2023 portant assignation à résidence sont tirés du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme A, en particulier de sa domiciliation, et de ce qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement vers l'Italie ;

- les observations de Mme A qui répond aux questions de la magistrate désignée.

Le préfet de la Haute-Garonne n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 15 février 1984, déclare être entrée en France le 11 janvier 2023. Lors de l'enregistrement de la demande d'asile qu'elle a formée le 16 janvier 2023, le relevé de ses empreintes digitales a révélé qu'un relevé d'empreintes avait été effectué par les autorités italiennes le 1er novembre 2022. Les autorités italiennes ont été saisies, le 23 janvier 2023, d'une demande de prise en charge et l'ont implicitement acceptée le 24 mars 2023. Par deux arrêtés du 19 avril 2023 dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes et l'a assignée à résidence.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des deux arrêtés attaqués

3. Par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer les arrêtés portant transfert d'un étranger dans le cadre de l'Union européenne ainsi que les arrêtés d'assignation à résidence permettant l'exécution de ces transferts. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés du 19 avril 2023 en litige doit être écarté.

S'agissant de la décision portant transfert aux autorités italiennes

4. En premier lieu, en application de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. La décision attaquée vise les textes dont il est fait application, en particulier le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que Mme A est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 11 janvier 2023, qu'elle s'est présentée le 16 janvier suivant à la préfecture de la Haute-Garonne afin de formuler une demande d'asile et que la consultation du fichier Eurodac a fait apparaître qu'elle a fait l'objet d'un relevé d'empreintes par les autorités italiennes le 1er novembre 2022. La décision indique en outre que les autorités italiennes, saisies le 23 janvier 2023 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ont implicitement accepté cette prise en charge le 24 mars suivant. Elle retranscrit par ailleurs les observations formulées par la requérante dans le cadre de sa demande d'asile. Enfin, elle relève que l'intéressée ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France et qu'il ne ressort des éléments versés au dossier ni qu'elle souffrirait d'une pathologie d'une particulière gravité, ni que l'exécution de son transfert aggraverait de façon irrémédiable son état de santé. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, qui comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement précité doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au premier paragraphe de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

8. Il ressort des pièces du dossier que les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie ') ont été délivrées à Mme A le 16 janvier 2023. Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de ce même article. Ils ont été remis à l'intéressé en langue française, langue qu'elle a déclaré savoir lire et comprendre lors de son entretien individuel, dont elle a signé le résumé. En outre, elle a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre et a coché, sur le résumé de l'entretien mené par la préfecture de la Haute-Garonne, la case indiquant que l'information sur les règlements communautaires lui avait été remise. Les brochures mentionnées ci-dessus lui ont été délivrées dès le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile en France, soit en temps utile avant l'intervention de l'arrêté litigieux. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 7 doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Entretien individuel : 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été reçue en entretien le 16 janvier 2023 et que cet entretien a été conduit par un agent de la préfecture de la Haute-Garonne qualifié en vertu du droit national. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien ne se serait pas tenu dans le respect des prescriptions visées au point 9 ou que la requérante n'aurait pas été mise à même de présenter toutes les observations utiles sur sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.

11. En quatrième lieu, l'article L. 571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Il est procédé à une évaluation de la vulnérabilité des demandeurs mentionnés à l'article L. 571-1, selon les modalités prévues au chapitre II du titre II, afin de déterminer leurs besoins particuliers en matière d'accueil. ". Il ressort de ces dispositions que l'évaluation de la vulnérabilité du demandeur d'asile est prévue afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. L'absence d'une telle évaluation est sans incidence sur la légalité de l'arrêté portant transfert de l'intéressé aux autorités de l'Etat regardé comme responsable de l'examen de sa demande d'asile et des décisions prises en exécution de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas apprécié l'opportunité d'appliquer les clauses discrétionnaires prévues par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et qu'il se serait estimé lié par la compétence des autorités italiennes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ". En vertu de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par cette dernière disposition, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

14. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre, l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

15. D'une part, la requérante doit être regardée comme soutenant que l'Italie connaît des défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile. Toutefois, ce pays est membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions matérielles d'accueil seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure d'emblée, et quelles que soient les circonstances, à l'existence de risques suffisamment réels et concrets pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale, indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel extrême qui porterait atteinte à leur santé physique ou mentale ou les mettrait dans un état de dégradation incompatible avec la dignité humaine, prohibé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. D'autre part, si la requérante soutient qu'en cas de transfert en Italie, elle se retrouverait isolée et démunie alors qu'elle bénéficie d'un accompagnement et d'un logement en France, elle ne produit toutefois aucun élément permettant d'établir qu'elle se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité nécessitant l'instruction de sa demande d'asile en France, ni qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge adaptée en Italie. Par ailleurs, si elle produit un courrier adressé le 5 décembre 2022 aux " unités Dublin " par le ministère de l'intérieur italien annonçant la suspension temporaire des transferts des demandes d'asile vers l'Italie, pour des raisons techniques, ce pays a, postérieurement, implicitement accepté la prise en charge de la requérante, et il n'est pas établi que l'exécution de ce transfert ne pourra pas être organisée. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait dû faire usage de la faculté dérogatoire qu'il tient des dispositions de l'article 3§2 du règlement (UE) règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des clauses discrétionnaires de l'article 17 de ce même règlement doivent être écartés.

17. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence

19. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

20. Mme A soutient que l'exécution de la décision de transfert vers l'Italie dont elle a fait l'objet le 19 avril 2023 ne constitue pas une perspective raisonnable et ne pouvait fonder la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre, dès lors que les autorités italiennes ont suspendu l'exécution des décisions de transfert à destination de leur pays à compter du 5 décembre 2022. Au soutien de ses allégations, il produit un document des autorités italiennes adressé aux " unités Dublin " par lequel ces dernières demandent aux Etats membres de suspendre temporairement, à compter du 6 décembre 2022, les transferts à destination de l'Italie. Le préfet de la Haute-Garonne, qui se borne à produire le constat d'accord implicite des autorités italiennes en date du 24 mars 2023 transmis en réponse à sa demande de prise en charge et à soutenir que " le délai de validité de l'accord des autorités italiennes n'est pas expiré au jour de la mesure ", ne conteste pas que l'exécution des transferts vers l'Italie est toujours suspendue et ne met le tribunal en mesure de considérer qu'il existait, dans les circonstances de l'espèce et à la date de la décision attaquée, une réelle perspective au transfert de Mme A dans le délai d'assignation de quarante-cinq jours prévu par l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, l'intéressée est fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence.

21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre la mesure d'assignation à résidence, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assignée à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

22. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme A.

Sur les frais d'instance :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Francos de la somme de 1 250 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

24. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a assigné Mme A à résidence est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Francos la somme de 1 250 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à son conseil Me Francos et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La magistrate désignée,

M. PÉTRI Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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