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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302280

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302280

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 avril 2023 et le 20 juin 2023, M. D B, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de vice de procédure car il n'a pas été entendu avant qu'intervienne cette mesure ;

- cette mesure d'éloignement est entachée d'erreur de droit car sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait car il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire repose sur une erreur de fait et d'appréciation car il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée des mêmes illégalités ;

- cette mesure est disproportionnée.

La requête de M. B a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud, président, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud, magistrat désigné,

- et les observations de Me Touboul, représentant M. B, qui déclare renoncer au moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu en vertu de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et conclut pour le reste aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 20 juin 1997, est entré en France, selon ses déclarations, au cours de l'année 2017. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié, qui lui a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 août 2019. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 novembre 2020. Par un arrêté du 1er février 2021, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois. M. B a été interpellé le 17 avril 2023 par les services de la police nationale à Montpellier. Par un arrêté du 19 avril 2023, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen d'incompétence soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions que comporte l'arrêté :

4. En premier lieu, par un arrêté du 28 février 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 12-2021-078, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme C A, à l'effet de signer les décisions et arrêtés établis en matière d'éloignement des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault n'aurait pas examiné la situation particulière de M. B avant de décider son éloignement. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'obligation de quitter le territoire français que celle-ci se fonde sur l'absence de preuve d'entrée régulière de M. B sur le territoire français, motif qui justifiait l'édiction d'une telle mesure sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur l'existence d'une menace à l'ordre public émanant du requérant. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant qu'il représentait une telle menace est dès lors inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, s'il dit être entré en France en 2017, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, une présence durable en France avant l'année 2019. Par ailleurs, si le requérant a travaillé au cours de trois de ces années dans le secteur de la restauration, il n'a connu qu'une insertion socioprofessionnelle limitée à l'occupation d'un emploi à temps partiel. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B n'entretient que des liens limités avec son fils, qui réside à Marseille avec sa mère, et qu'il est en voie de séparation avec sa compagne. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a vécu en Guinée jusqu'à l'âge de vingt ans au moins et n'y apparaît pas dépourvu d'attaches familiales. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Les moyens tirés de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé dans le cadre d'une dispute conjugale qui a pu donner lieu à des faits de violence de la part des deux protagonistes, dans des conditions qui ne permettent pas d'établir précisément les faits, de telle sorte que M. B est fondé à soutenir qu'il ne peut être regardé, au vu des éléments ainsi relevés à l'occasion de son interpellation et de sa garde à vue, comme une menace à l'ordre public. Il en résulte qu'ainsi que le soutient le requérant, il ne pouvait lui être refusé un délai de départ volontaire sur le fondement du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Toutefois, d'autre part, cette décision se fonde également sur l'existence d'un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement pour les motifs visés aux 3°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le bien-fondé ressort des pièces du dossier, et il résulte de l'instruction que le préfet de l'Hérault aurait adopté cette même décision en se fondant sur ces seuls motifs, qui suffisaient à fonder une décision privant l'intéressé d'un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En vertu de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. En premier lieu, M. B soutient que cette décision est entachée des mêmes illégalités que l'obligation de quitter le territoire français et la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire. Ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

14. En deuxième lieu, si, ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, M. B ne peut être regardé comme constituant une source de menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il ne résidait en France que depuis quatre à cinq ans en France, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne dispose que d'attaches privées et familiales limitées en France. Il n'est par suite pas fondé à soutenir, alors même que la décision ne pouvait se fonder sur une menace à l'ordre public, que le préfet de l'Hérault a pris une mesure disproportionnée en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 19 avril 2023. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'opposent à ce que la somme réclamée par Me Touboul sur leur fondement soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de l'Hérault et à Me Touboul.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le magistrat désigné,

P. GRIMAUD

La greffière,

V. BRIDET La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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